LES BIENS DE CE MONDE SONT DE FAUX BIENS
I. Qüe sert, dit le Sauveur, de gaguer tout Tunivers, si l’on perd son âme ? Quid prodest homini, si mundum universum lucretur, animæ vero suœ detrimentum jjatiatiir?^ Grande maxime, qui a envoyé tant d’âmes au ciel, et donné tant de Saints a l’Eglise ! Que nous resterait-il, si nous avions acquis sans partage ce monde qui finit, et perdu notre âme qui est éternelle ?
Le monde ! qu’est-ce que le monde, sinon une vaine figure, une scène de théâtre, qui ne fait que passer? Prœterit enim figura hujus mundi.'^ La mort arrive, le rideau tombe, le théâtre est fermé, et voila que tout est fini.
Ah ! au dernier moment, ^'a la clarté du flambeau de la mort, sous quel aspect se montrent â un chrétien les choses de ce monde ? que sont les vases précieux, les trésors amassés , les meubles riches et pompeux , quand il faut tout quitter ?
Mon Jésus ! faites que mon âme soit désormais tout â vous; faites que je n aime plus que vous seul. Je veux me détacher de toutes choses, avant que la mort m’en sépare forcément.
(1) Matth. i6, ^6.
(2j /. Cor. 7. Jy.
DE L\ RETRAITE
IL « On ne doit faire aucun cas de ce qui finit, disait Sainte Thérèse. Tâchons donc de nous assurer une fortune qui ne finit pas avec le temps. Que vaut un bonheur de courte durée, supposé qu’on puisse être vraiment heureux sans Dieu , si l’on doit être ensuite malheureux à jamais ?
David nous assure que tous les biens terrestres sont, au lit de la mort, comme un songe au moment du réveil : Velut somnium surgentium.^ Quel n’est pas le désenchantement de celui qui, après avoir rêvé qu’il était roi, se retrouve, en s’év.eillant, misérable comme auparavant!
Mon Dieu ! qui sait si cette méditation que je lis en ce moment, n’est pas le dernier appel que vous me faites ? Accordez-moi la force de détacher mon cœur de toute affection terrestre, avant que je quitte la terre. Faites-moi comprendre la grande injure que je vous ai faite en vous offensant, et en vous abandonnant pour l’amour des créatures. Pater y... non sum digniis vocari filins tuns O mon Père ! j’avoue que je ne suis plus digne d'être appelé votre enfant; — mais je me repens de vous avoir tourné le dos : ah ! ne me rejetez pas maintenant que je reviens a vous.
III. A la mort, ce qui console un chrétien, ce n est pas d’avoir exercé des emplois honorables, mçné grand train, ou possédé des richesses, ni de s’être procuré des divertissements, ni de l’avoir emporté sur les autres : — ce qui le console alors, ce n’est que l’amour qu’il a eu pour Jésus- ‘Christ, et ce qu’il a souftert pour ce bon Sauveur.
Philippe II disait en mourant : « Que n’ai-je été simple frère lai dans un couvent, au lieu d’être roi ! » Philippe III
:l) Ps, 72. ^0,
2) Luc. 'tô. 2/-
DE L\ RETRAITE
s’écriait dans .la même circonstance : « Ah ! que n’ai-je vécu dans un désert ! je comparaîtrais avec plus de confiance au tribunal de Dieu ! » Tel est, 'a l’aspect de la mort, le langage de ceux qui passent pour les plus heureux de la terre.
En somme, la jouissance des biens terrestres n'engendre , à l’heure de la mort, que des peines de conscience, des remords et des terreurs, à la pensée de la damnation éternelle. — Hélas! s’écrie alors le mondain; j’ai reçu tant de lumières qui devaient me détacher du monde, et, malgré toutes ces grâces, j’ai suivi le monde et ses maximes ! et maintenant, quelle sera ma sentence ? — O insensé que j’ai été! se dit-il encore; j’ai eu tant de moyens et tant de facilités pour me sanctifier! je pouvais vivre si heureux dans l’union avec Dieu ! et maintenant, que me reste-t-il de la vie que j’ai menée ? — Mais, quand fait-il ces tristes aveux ? lorsqu’il va quitter la scène présente pour entrer dans réternité ; lorsqu’il est arrivé a cet instant décisif duquel dépend son bonheur ou son désespoir a jamais.
Seigneur! ayez pitié de moi. Jusqu’ici je n’ai point su vous aimer ; mais à l’avenir, vous serez mon unique bien : Deus meus, et omnia. Vous seul méritez tout mon amour ; c’est vous seul que je veux aimer.
DEUXIÈME MÉDITATION