LES BIENS DE CE MONDE ONT PEU DE DUREE
1. O grands du monde ! â présent que vous êtesen enfer, qu’y retrouvez-vous de vos richesses et de vos honneurs? — Rien , absolument rien, répondent-ils en gémissant ; il ne nous en reste que des tourments et des sujets de déses-
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poir. Tout est passé pour nous, excepté notre peine, qui ne doit jamais finir!
Ces malheureux disent alors : Quid nobis profuit superbia? aut divitiarum jactanîia quid contulit nobis? Transierunt omnia ilia tamquam umbra: ^ A quoi nous a servi l’ambition de dominer, la vanité d’être riches? Tout cela s’est évanoui comme une ombre ; il ne nous en reste que des tourments éternels. — Ah! certes, quand la mort arrive, le souvenir des biens dont on a joui durant la vie, loin d’inspirer des sentiments de confiance, ne produit dans l’âme que crainte et confusion.
Malheureux que je suis ! depuis tant d’années que je suis au monde, qu’ai-je fait pour Dieu ? — Seigneur ! ayez pitié de moi ; ne me rejetez point de devant votre face : Ne projicias me a fade tua.^
La mort est le temps de la vérité : alors on reconnaît les choses terrestres pour ce quelles sont en effet, vanité, fumée, cendre et poussière.
O mon Dieu! que de fois je vous ai échangé pour un néant ! Je n’oserais pas espérer mon pardon , si je ne savais que vous êtes mort pour me pardonner. A présent je vous aime par-dessus toutes choses, et je préfère votre grâce à tous les royaumes du monde.
II. La mort est appelée un Larron : Dies ilia tamquam fur.^ En effet, elle nous enlève tout, richesses, dignités, parents, beauté, et jusqu’à notre peau.
Le jour de la mort est aussi appelé le Jour des pertes : Dies perditionis,^ Nous perdons en ce jour tout ce que nous avons acquis et toutes nos espérances de ce monde. — O Jésus! je ne me soucie aucunement de perdre les
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G. MOYEN
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biens de la terre; c’est assez que je ne vous perde pas, vous qui êtes un bien infini.
Quoil nous louons les Saints d’avoir méprisé les choses d’ici-bas pour l’amour de Jésus-Christ, et nous voudrions y demeurer attachés avec un si grand péril pour notre salut?
Nous qui aimons tant les avantages temporels, comment faisons-nous si peu de cas des avantages éternels ?
Mon Dieu ! éclairez-moi ; faites-moi connaître le néant des créatures et le souverain Tout que vous êtes, ô Bien infini ! Faites que je quitte tout autre objet, pour vous gagner et ne posséder que vous. Mon Dieu! mon Dieu I je ne veux que vous, vous seul, et rien de plus.
III. Sainte Thérèse disait que toutes nos fautes, toutes nos attaches aux biens de la terre, proviennent d’un manque de foi : ranimons donc notre foi sur cette vérité, qu’un jour nous devons tout quitter et entrer dans l’éternité ; et sachons quitter aujourd’hui avec mérite ce qu’un jour il nous faudra quitter de force. Quoi ! des richesses, des honneurs, des parents ? — Dieu ! Dieu ! ne cherchons que Dieu, et Dieu nous tiendra lieu de tout.
Une illustre servante de Dieu, la sœur Marguerite de Sainte- Anne, fille de l’empereur Rodolphe II et carmélite déchaussée, disait : « A quoi bon les royaumes a l’heure de la mort? »
La mort de l’impératrice Isabelle fit prendre à Saint François de Borgia la résolution de renoncer au monde et de se donner tout a Dieu. A la vue du cadavre de cette princesse, il s’écria : « Voila donc où aboutissent les grandeurs et les couronnes d'ici-basl »
O mon Dieu! que ne vous ai-je toujours aimé! Faites que je sois tout à vous avant que la mort m’arrive.
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TROISIÈME MÉDITATION
LA MORT DÉCCÜVRE LA VANITÉ Dü MONDE.
ï. Grand secret de la mort ! comme elle fait évanouir tous les désirs mondains ! comme elle fait voir que toutes les grandeurs terrestres ne sont que fumée et illusion ! Les objets les plus séduisants perdent tout leur éclat, quand on les regarde du lit de la mort. L’ombre de la mort obscurcit toutes les beautés d’ici-bas.
Que valent les richesses pour celui qui n’aura bientôt plus qu’un pauvre linceul pour couvrir son cadavre? Qu’est-ce que la beauté du corps, quand on va devenir la proie des vers? Que sert d’avoir exercé l’autorité sur les autres, lorsqu’on arrive au bord de la tombe où l’on doit être jeté et oublié du monde entier ?
Perge ad sepulchrmn, contemplare pulverem, vermes, et suspira : ^ Approchez d’une fosse, dit Saint Jean Chrysostôme, considérez ce squelette rongé par les vers et tombant en poussière, et dites en soupirant : Voila ce que je dois devenir un jour moi-même, et je n’y pense pas! et je ne me donne pas à Dieu ! — Eh quoi! ces réflexions que je lis en ce moment sont peut-être pour moi la dernière invitation de la grâce !
Mon doux Rédempteur ! j’accepte la mort, et je l’accepte telle qu’il vous plaira de me l’envoyer ; mais, je vous en prie, avant que vous veniez me juger, donnez-moi le temps de pleurer les offenses que je vous ai faites. Je vous aime, mon Jésus! et je me repens de vous avoir méprisé.
IL Ah! que de malheureux ont perdu leur âme pour (1) Ad Theod. parœn. i.
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quelque objet terrestre, pour un plaisir, une vanité, et, en perdant leur âme, ont tout perdu !
Croyons-nous, oui ou non, que nous devons mourir, et que nous ne mourrons qu’une fois? Si nous le croyons, pourquoi ne laissons-nous pas tout le reste , pour nous assurer une bonne mort ? Quittons tout pour mettre en sûreté ce qui est tout.
Comment peut-on mener une vie désordonnée, quand on sait que le souvenir d’une vie ainsi passée nous causera, à la mort, une peine insupportable?
Mon Dieu ! je vous remercie des lumières que vous me donnez. Mais, Seigneur! qu’avez-vous fait ? j’ai accru le nombre de mes péchés, et vous avez augmenté celui de vos grâces ! Malheur à moi , si je ne sais pas en profiter!
On se détache aisément du monde, quand on songe qu’il en faudra bientôt sortir.
Oh ! dans quelle paix vivent et meurent ces personnes qui, ayant renoncé atout, s’écrient avec joie : Deus meuSy et omnia : Mon Dieu et mon Tout!
Salomon disait que tous les biens d’ici-bas ne sont que vanité et affliction d’esprit : en effet, plus on est riche, plus on a a souffrir.
Saint Philippe de Néri traitait d’insensés ceux dont le cœur est attaché au monde : insensés, puisque, même sur la terre, ils mènent une vie malheureuse.
O mon Dieu ! que me reste-t-il de tant d’offenses que je vous ai faites, sinon des peines et des remords qui me tourmentent, et qui me tourmenteront bien davantage au moment de la mort? Ah ! pardonnez-moi sans délai. Vous me voulez tout pour vous; et moi, je veux être tout â vous : me voici, dès ce moment je me donne â vous sans réserve. Je ne demande de vous que vous-même.
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III. Ah! ne pensons pas qu’on ait une existence malheureuse, lorsqu’on vit détaché de tout et sans aimer autre chose que Dieu. Qui, en effet, jouit ici-bas dun contentement plus parfait qu’une âme qui aime sincèrement Jésus-Christ? Qu on cherche entre tous les princes de la terre une personne plus heureuse qu’une âme qui s’est donnée a Dieu sans réserve.
O mon âme ! si tu devais partir de ce monde â l’instant, serais-tu contente de la vie que tu as menée? Qu’attendstu donc? attends-tu que les traits de lumière que tu reçois en ce moment même de la miséricorde du Seigneur, ne servent qu’k justifier les reproches d’ingratitude qui te seront faits au jour des comptes ?
Mon Jésus 1 je renonce a tout, pour me donner tout â vous. Vous m’avez cherché quand je vous fuyais ; ne me repoussez pas maintenant que je vous cherche. Vous m’avez aimé quand je ne vous aimais pas et que je ne me souciais guère d’être aimé de vous; ne me refusez pas cette faveur maintenant que tout mon désir est de vous aimer et d’être aimé de vous. Mon doux Sauveur ! je vois que vous voulez mon salut; je veux me sauver pour vous plaire. Je renonce a tout, et je me donne tout a vous. — Marie, Mère de Dieu ! priez Jésus pour moi.
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