MALICE DU PÉCHÉ MORTEL
I. Qu’est-ce que le péché mortel? — C’est, répond Saint Thomas avec Saint Augustin, c’est l’action de tourner le dos à Dieu : Est aversio a Deo. C’est un mépris qu’on fait de sa grâce et de son amour; c’est une injure qu’on lui fait en face, en lui disant : Je refuse de vous servir ; je veux agir comme il me plaît ; peu m’importe que vous en soyez offensé et que vous me priviez de votre amitié.
Pour comprendre la malice du péché mortel, il faudrait comprendre ce que c’est que Dieu, et ce que c’est que l’homme qui outrage ce Dieu par le péché. — Devant Dieu, les Anges et les Saints ne sont que néant ; et un ver de terre a faudace d’insulter Dieu !
Bien plus, l’homme, en péchant, outrage, non-seulement un Dieu d’une majesté infinie, mais un Dieu qui Ta
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aimé jusqu’à mourir pour lui. Ainsi, pour expier un seul péché mortel , l’éternité ne suffirait pas.
Celui qui commet ce péché, que fait-il? — Il déshonore Dieu, en lui préférant une fumée, un mouvement de colère, une misérable satisfaction : un Dieu si grand! un Dieu si bon I
Seigneur! si je ne vous voyais pas immolé sur la croix pour mon amour-, je perdrais toute espérance de pardon ; mais votre mort me donne confiance : In manus tuas commendo spiritum meum ; redemisti me, Domine : ^ Je vous recommande cette âme pour laquelle vous avez sacrifié votre sang et votre vie; — faites quelle vous aime et quelle ne vous perde plus. Je vous aime, ô Jésus, mon Amour et mon Espérance ! Comment, après que vous m’avez fait connaître votre amour pour moi, comment pourrais-je encore me séparer de vous, ô mon unique Bien !
II. Quelle peine n’éprouverions- nous pas de nous voir offensés par une personne comblée de nos bienfaits! Dieu n’est point capable de souffrir ; mais s’il l’était, il mourrait de tristesse et de douleur, en se voyant outragé par une créature qu’il a aimée au point de donner sa vie pour elle.
O malheureux péchés! je vous déteste et vous maudis mille fois : c’est par vous que j’ai causé tant de déplaisir à mon divin Rédempteur, qui m’a tant aimé !
Ames à jamais perdues, qui brûlez dans les enfers! vous qui, en cette vie, prétendiez que le péché n’est point un grand mal, hélas ! vous reconnaissez maintenant que tout votre supplice est encore au-dessous de ce que vous méritez.
(1) Ps. 30. 6.
Dt LA RETRAITE.
Il faut convenir que le péché est un mal énorme, puis* que Dieu, qui est la miséricorde même, est obligé de le punir par un enfer éternel. Bien plus, pour satisfaire a la divine justice offensée par le péché, il a fallu qu’un Dieu sacrifiât sa propre vie!
Eh quoi ! nous savons que l’enfer est le plus horrible des châtiments, et nous n’avons pas horreur du péché, qui peut nous conduire en enfer? nous savons qu’un Dieu a versé son sang afin de pouvoir nous pardonner nos péchés, et nous nous livrons encore au péché?
La perte d’un bien terrestre de peu de valeur nous rend tristes et inquiets, et la perte de Dieu, suite de notre péché, ne nous remplira pas de regret et de douleur durant toute notre vie?
Seigneur! je vous remercie de ce que vous me donnez le temps de pleurer les amertumes que je vous ai causées. O mon Jésus! je les déteste souverainement : daignez augmenter encore ma douleur et mon amour, afin que je pleure mes péchés, non pas tant pour la peine que j’ai méritée que pour l’offense que je vous ai faite, a vous qui êtes mon Dieu, un Dieu infiniment aimable!
III. Quelle n’est point l’inquiétude, le trouble d’un courtisan, lorsqu’il craint d’avoir déplu au prince qu’il sert! Et nous qui sommes certains d’avoir offensé Dieu et d’avoir perdu, au moins pendant quelque temps, son amitié, nous vivrons tranquilles, sans en ressentir une douleur continuelle ?
Quelles précautions ne prend-on pas pour éviter le poison, qui ne tue que le corps! Et on sera si négligent, quand il s’agit d’éviter le poison du péché, qui tue l’àme et qui fait perdre Dieu?
Gardons-nous du piège que le démon nous tend, en
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nous faisant dire : Je m’en confesserai. — Ahl que de malheureux, ainsi trompés par l’ennemi, sont a cette heure en enfer !
O mon Dieu ! depuis combien d’années n’ai-je pas mérité d’y être moi-même! Vous m’avez attendu, afin que je bénisse 'a jamais votre miséricorde et que je vous aime. Oui, mon Jésus! je vous bénis et je vous aime ; et j’espère par vos mérites de ne plus me séparer de votre amour. Si, après tant de grâces, je venais encore 'a vous offenser, comment puis-je me flatter que vous ne m’abandonneriez pas et que vous me pardonneriez de nouveau? Ah ! Seigneur! ne permettez pas que ce malheur m’arrive.
DEUXIÈME MÉDITATION