ABUS DE LA DIVINE MISÉRICORDE
1. Dieu use de miséricorde envers celui qui le craint, mais non envers celui qui le méprisé. Offenser Dieu parce qu’il est miséricordieux, c’est le provoquer plus fortement a punir.
De plus, outrager le Seigneur parce qu’il pardonne, c’est vouloir se moquer de lui ; mais on ne le fait point impunément: Deus non irridetur.^
Le démon vous dira : Qui sait? même après ce péché, il se peut encore que tu te sauves. — Mais je réponds qu’en attendant, si vous péchez, vous vous condamnez vous-même à l’enfer.
Qui sait? il se peut encore que vous vous sauviez. — Mais, il se peut aussi, et même plus aisément, que vous vous damniez. Et le salut éternel, est-ce une affaire 'a ris-
(1 Gül. 6. 7.
G. MOYEN
DE LA RETRAITE
quer sur un Qui sait? — En attendant, vous vous placez dans un état de damnation : si la mort vient vous surprendre, ou si Dieu vous abandonne, qu’en sera-t-il de vous?
O mon Dieu ! c’en est assez, je ne veux plus vous offenser. Combien n’en est-il pas actuellement en enfer, qui sont moins coupables que moi ! Je ne veux plus m’appartenir a moi-même, je veux être a vous, et tout a vous : je vous consacre toute ma volonté, toute ma liberté ; sauvez ce qui est a vous : Tuus sum ego y saloum me fac.^ Sauvez-mbi de l’enfer, et avant tout du péché. Je vous aime, mon Jésus ! je ne veux plus vous perdre.
II. Dieu, disent les Saints Pères, a déterminé le nombre des péchés qu’il veut pardonner a chacun; par conséquent, ne connaissant point le nombre fixé pour nous, nous devons toujours craindre, à chaque nouveau péché, que le Seigneur ne nous abandonne. Que la crainte .qu’inspire cette incertitude : Qui sait si Dieu me pardonnera encore? — soit pour nous un frein puissant qui nous empêche de tomber dans de nouvelles offenses ; et ainsi retenus, nous nous sauverons.
Et sachons bien que, plus le Seigneur nous a favorisés de ses lumières et de ses grâces , plus nous avons â craindre cet abandon. Le Docteur Angélique assure que le péché croît en gravité a raison de l’ingratitude du pécheur. Malheur donc au chrétien qui, après avoir reçu de Dieu des grâces abondantes, vient â l’offenser mortellement !
Ah! mon Jésus! j’ai lutté de persistance avec vous: vôus â me combler de miséricordes , et moi â y répondre par des injures ; vous à me faire du bien, et moi â vous
(1) Ps. U8. 94.
DE LA RETRAITE
outrager ! Mais à présent je vous aime de tout mon cœur, et je veux compenser par mon amour tous les déplaisirs que je vous ai donnés. Seigneur ! éclairez-moi et fortifiez-moi.
III. La sœur Marie Strozzi disait : « Le péché d’une personne religieuse fait horreur au ciel, et oblige le Seigneur a ne plus la regarder. »
Celui qui n’a pas une grande crainte du péché mortel, n’est pas loin d’y tomber. Aussi faut-il fuir les mauvaises occasions autant qu’on le peut.
Il faut encore éviter les péchés véniels délibérés. « Les petites fautes volontaires, disait le père Alvarez de Paz, ne tuent point Famé, mais elles la rendent faible ; de sorte que, s’il survient ensuite quelque tentation grave, elle n’a plus la force de résister, et elle tombe. ^ »
On lit dans les écrits de Sainte Thérèse : « Que Dieu nous préserve de tout péché délibéré, si léger qu’il soit! ^ ))La Sainte disait qu’un péché véniel, commis avec connaissance, nous est plus nuisible que tous les démons de l’enfer.
Non, mon Jésus! je ne veux plus vous offenser, ni beaucoup ni peu; vous m’avez trop obligé à vous aimer. J’aime mieux mourir que de vous donner sciemment le moindre déplaisir. Vous ne le méritez point; vous méritez tout mon amour, et je veux vous aimer de toutes mes forces. Seigneur ! assistez-moi.
(1) De Perf. l. d. p. 3. ç. iG. (2j Chem, de la p. ch. 42.
Di: L4 hETR\ITE.
TROISIÈME MÉDITATION