DES PÉCHÉS VÉNIELS
I. C’est a tort que le péché véniel est appelé un mal léger: comment peut-on dire léger,, un mal qui offense Dieu?
Celui qui commet des péchés véniels sans retenue, dit ; Il suffit que je me sauve. — Mais je lui réponds : En continuant à vivre ainsi, vous ne vous sauverez point. « L’âme ne reste pas, dit Saint Grégoire, ou elle est tombée, mais elle tombe toujours plus bas. » Saint Isidore^ assure que, lorsqu’on ne tient pas compte des péchés véniels, Dieu permet qu’on tombe dans des péchés mortels, en punition du peu d’amour qu’on lui porte. Le Seigneur a dit lui-même au Bienheureux Henri Suson que, les âmes qui n’ont pas horreur des fautes vénielles, sont en plus grand danger quelles ne le croient; car, ajoutat-il, en vivant ainsi, il leur est fort difficile de persévérer dans l’état de grâce.
Le Concile de Trente^ enseigne que nous ne pouvons persévérer dans l’état de grâce sans un secours spécial du Seigneur ; mais on se rend trop indigne de ce secours spécial, lorsqu’on offense Dieu par le péché véniel délibéré, sans penser â s’en corriger.
Ah! Seigneur! ne me châtiez point comme je fai mérité. Daignez oublier les déplaisirs sans nombre que je vous ai donnés, et ne me privez pas de votre lumière ni de votre secours. Je prends la résolution de me corriger et de me donnera vous. O Dieu tout-puissant! recevez-moi et changez-moi ; j’espère que vous ne me refuserez pas cette grâce.
(! ' Sent. l. c. 19.
(â) Sess. O can.
DE LA RETRAITE
II. Le Seigneur a dit un jour à la Bienheureuse Angèle de Foligni : « Ceux que j’éclaire pour les faire marcher dans la voie de la perfection, et qui, dégradant leur âme, veulent suivre la voie commune, seront abandonnés de moi. »
Ceux qui servent Dieu, mais qui ne craignent point de l’offenser véniellement pour se satisfaire eux-mêmes, donnent a entendre que Dieu ne mérite pas d’être servi avec plus d’attention. Ils déclarent, en un mot, que Dieu n’est pas assez digne d’amour pour que nous soyons obligés de préférer son bon plaisir à nos propres satisfactions.
Les péchés véniels d’habitude, dit Saint Augustin,^ sont une sorte de lèpre qui rend l’âme tellement hideuse aux yeux de Dieu qu’il lui refuse ses embrassements.
Seigneur! je vois que vous ne m’avez pas encore abandonné comme je le méritais ; donnez-moi donc la force de sortir de ma tiédeur. Je suis résolu de ne plus vous offenser de propos délibéré ; je veux vous aimer de toute mon âme. Mon Jésus 1 aidez-moi, je me confie en vous.
III. Selon Saint François, un artifice du démon consiste â lier les âmes d’abord avec un cheveu, pour parvenir ensuite à les enchaîner et â les rendre esclaves. Gardonsnous donc bien de nous attacher â quelque passion que ce soit : une âme attachée â une passion quelconque, ou est déjà perdue, ou est près de se perdre.
Voici comment la mère Marie-Victoire Strada exprimait la même vérité : « Quand le démon ne peut avoir le beaucoup, il se contente du peu; mais avec ce peu, il obtient ensuite le beaucoup. »
Le Seigneur déclare que les âmes tièdes seront vomies de sa bouche : Quia tepidus es,... inclpiam te evomereeæ
Serm. Soi. E. B.
DE LA RETRAITE
ore meo.^ Le vomissement signifie l’abandon de Dieu: car, ce qu’on a une fois vomi, en a horreur de le reprendre.
La tiédeur est une espèce d’étisie, que d’abord on aperçoit à peine, mais qui conduit inévitablement à la mort; car elle rend l’âme insensible aux remords de la conscience.
Par pitié, mon Jésus ! ne me vomissez pas comme je le mérite; ne regardez pas mon ingratitude, mais souvenezvous de ce que vous avez souffert pour moi. Je me repens de tous les déplaisirs que je vous ai donnés. Je vous aime, mon Dieu ! désormais, je veux faire tout ce que je puis pour vous être agréable. O Amour de mon âme! si je vous ai offensé beaucoup, faites que je vous aime beaucoup durant le reste de mes jours. — O Marie, mon Espérance! secoLirez-moi par Votre intercession.