‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 59 sur 132 · Il faut mourir ; tôt ou tard, il faut mourir · texte numérisé non relu

Il faut mourir ; tôt ou tard, il faut mourir

A chaque siècle, les maisons, les villes, sont occupées par de nouveaux habitants; leurs devanciers sont descendus dans la tombe.

Nous naissons tous la cordé au cou, c’est-â-dire, con-

(1) Âpoc. S. i6.

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damnés à mourir. Quelque longue que soit notre vie, il doit venir un jour, et, dans ce jour, une heure qui sera pour nous la dernière: cette heure est déjà fixée.

Mon Dieu! je vous remercie de la patience que vous avez eue de me supporter jusqu’à présent. Oh ! que ne suis-je mort avant de vous avoir offensé ! Puisque vous me donnez le temps de réparer le mal que j’ai fait, Seigneur ! dites ce que vous exigez de moi, je veux vous obéir en tout.

Dans peu d’années, ni moi qui écris, ni vous qui lisez, nous ne serons plus de ce monde. Gomme nous avons entendu sonner les cloches à la mort des autres, de môme un jour, d’autres entendront sonner les cloches pour nous ; comme nous lisons le nom de nos devanciers dans le livre des décès, de même on lira un jour notre nom inscrit dans le même livre.

En un mot, c’est une chose inévitable, il faut mourir; et ce qu’il y a de plus terrible, c’est qu’on ne meurt qu’une seule fois : cette affaire une fois manquée, est manquée pour toujours.

Quelle ne sera pas votre épouvante, quand on viendra vous avertir que vous devez recevoir les sacrements, qu’il n’y a plus de temps à perdre ! Vous verrez alors qu’on fera sortir de votre chambre vos parents, vos amis ; il n’y restera que votre confesseur et les personnes nécessaires pour vous assister dans vos derniers moments.

O mon Jésus ! je ne veux pas attendre le moment de la mort pour me donner à vous. Vous avez dit que vous ne savez point repousser une âme qui vous cherche : Quœrite, et invenieiis.^ Maintenant que je vous cherche, permettez que je vous trouve. Je vous aime, Bonté infinie! je ne désire que vous, rien de plus.

(1) Matth. 1. 7.

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II. Quand un malade, au milieu de ses entreprises et de ses projets mondains, s’entend dire : Mon frère, vous êtes mal, préparez-vous à la mort; — il voudrait bien, alors, mettre ses comptes en ordre; mais, hélas 1 dans l’horreur et le trouble qu’il éprouve, il n’est plus capable de rien faire !

Tout ce qu’il voit ou qu’il entend, est pour lui un sujet de peine et de terreur. Les avantages mondains se changent alors en épines qui le déchirent de toutes parts : épines, les plaisirs qu’il a goûtés , les succès qu’il a obtenus, les vanités qu’il a étalées ; épines, les amis qui l’ont détourné de Dieu ; épines, les vaines parures; épines enfin en toutes choses.

Quel saisissement a cette pensée : Dans peu, je ne serai plus en vie, et je ne sais si l’éternité qui m’attend sera heureuse ou malheureuse 1 — Quelle horreur n’éprouvent pas alors les malheureux mondains aux seuls mots de jugement, d’enfer, d’éternité !

Mon divin Rédempteur! je crois fermement que vous êtes mort pour moi. Votre sang me fait espérer que je serai sauvé. Je vous aime. Bonté infinie ! et je me repens de vous avoir offensée. O Jésus, mon Espérance, mon Amour ! ayez pitié de moi.

III. V oyez ce mondain atteint de sa dernière maladie : naguère il allait par la ville, se faisant craindre des autres par son ambition, ses médisances, ses moqueries; le voici en un instant tout abattu, sans forces, sans mouvement ; il ne parle plus, il ne voit plus, il n’entend plus.

Maintenant le malheureux ne pense plus a ses projets, a ses vanités ; ce qu’il a devant les yeux, ce qui l’occupe, c’est le compte qu’il doit rendre a Dieu. Autour de lui sont ses parentS; dont les uns pleurent ou soupirent, les autres

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gardent le silence; le confesseur est là pour l’assister; les médecins se consultent : autant de sujets de terreur.

Le malade en cet état ne rit plus, ne songe plus à se divertir ; il ne pense qu’à la triste nouvelle que tout lui annonce, c’est-à-dire, que son mal est mortel.

II n’y a donc plus moyen d’échapper; c’est au milieu de cette confusion, dans ce. mélange de souffrances, d’afflictions, de craintes, qu’il faut se disposer à partir de ce monde. — Mais comment se disposer au terrible passage, quand le temps est si court, et qu’on a l’esprit si troublé? — N’importe , il n’y a pas de remède, il faut partir : ce qui est fait, est fait !

Mon Dieu! quelle sera ma fin? Ah! je ne veux point mourir dans cette terrible incertitude de mon salut; je suis décidé à changer de vie. Mon Jésus! prêtez-moi votre secours ; je prends la résolution de vous aimer dorénavant de tout mon cœur. De grâce, attachez-moi à votre amour, et ne permettez plus que je m’éloigne de vous.

DEUXIÈME MÉDITATION

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