DES DERNIERS APPRÊTS
I. Si vous deviez mourir aujourd’hui, que ne donneriez-vous pas pour avoir encore un an ou seulement un mois à vivre ! Il faut donc vous résoudre à faire maintenant ce que vous ne pourrez plus faire au moment de la mort. Qui sait si cette année ou ce mois, et peut-être même ce jour n’est pas le dernier pour vous ?
Vous ne voudriez pas mourir dans l’état où vous vous trouvez; et vous oserez continuer de vivre dans cet état? Vous plaignez les personnes mortes subitement, parce quelles n’ont pas eu le temps de se préparer à la mort ;
DE LA RETRAITE
et vous qui avez ce précieux temps, vous ne vous y préparez point?
O mon Dieu ! je ne veux point vous forcer à m’effacer de votre souvenir. Je vous remercie des miséricordes que vous m’avez faites; aidez-moi a changer de vie. Je vois que vous voulez mon salut; et moi, je veux me sauver, afin de vous louer et de vous aimer éternellement.
A la mort, on vous présentera le Crucifix, et on vous dira qu’à cette heure suprême Jésus-Christ doit être votre unique refuge, votre seule consolation. — Pour ceux qui ont peu aimé Jésus crucifié, ce n’est point là un sujet de consolation, mais de crainte. Que cela est consolant, au contraire, pour les âmes qui ont tout quitté pour l’amour de Jésus!
Mon bien-aimé Jésus! vous devez être mon unique amour pendant ma vie et à ma mort : Deus meus, et omnia !
II. Qu’ il est terrible aux moribonds dont la conscience est en mauvais état, d’entendre prononcer le mot d’Eternité ! C’est pour cela qu’ils ne veulent être entretenus que de leurs souffrances, de médecins et de remèdes; si on leur parle de leur âme, aussitôt ils s’ennuient, détournent le discours, et disent : De grâce, laissez-moi en repos.
Quand il sera trop tard, le malheureux mourant s’écriera : Oh ! si j’avais le temps de réformer ma vie ! — Mais il lui sera répondu que le moment du départ est arrivé : Proficiscere de hoc mundo. * — Appelez d’autres médecins, dira-t-il, essayez d’autres remèdes — Quoi! des médecins, des remèdes? l’heure est sonnée, il faut partir et entrer dans l’éternité !
(*) Ce texte et les suivants sont tirés des prières de l’Eglise pour la recommandation de Tàme des mourants.
Le Traducteur.
DE LA RETRAITE
Le Proficiscere, signal du départ, n’effraie point, mais console celui qui aime Dieu ; il pense qu’il va être mis hors de danger de perdre le bien qu’il aime.
Hodie sit inpace locus tuus, et habitatio tua in sancta Sion : Que le lieu que vous allez habiter aujourd’hui soit le séjour de la paix, et que votre demeure soit le paradis!
— Douce parole pour celui qui meurt avec quelque certitude d’être dans la grâce de Dieu !
Ah! mon Jésus! j’espère par votre sang que vous me conduirez dans ce lieu de paix ou je pourrai vous dire : Dieu de mon cœur ! maintenant je ne crains plus de vous perdre.
Miserere^ Domine, gemituum, miserere lacrxjmarum ejiis : Seigneur ! ayez pitié de ses gémissements et de ses larmes.
— O mon Dieu ! je ne veux pas attendre l’heure de ma mort pour pleurer les offenses que je vous ai faites ; dès ce moment je les déteste , je les maudis, je m’en repens de tout mon cœur, je voudrais en mourir de regret, et je vous aime. Bonté infinie! C’est ainsi que je veux 'passer toute ma vie et mourir : en pleurant et en aimant !
Agnosce, Domine, creaturam tuam, non a diis alienis creatam, sed a te solo Deo vivo et vero : Reconnaissez, Seigneur! recevez votre créature. — O Dieu qui m’avez créé pour vous! ne me repoussez pas.loin de vous : si je vous ai méprisé autrefois, maintenant je vous aime plus que moi-même, et je ne veux plus aimer que vous seul.
IH. A la vue du Saint-Viatique, celui qui a peu aimé Jésus-Christ durant sa vie, est saisi de crainte; mais, au contraire, celui qui n’a aimé que Jésus-Christ, est rempli de confiance et d’attendrissement, en voyant son Seigneur venir à lui pour l’accompagner dans le passage de cette vie à l’éternité.
Au moment de l’Extrême- Onction, le démon nous rap-
DE LA RETRAITE
polie tous les péchés que nous avons commis par les sens ; tâchons donc de les expier avant que la mort nous arrive.
Quand le malade a reçu tous les sacrements, ses parents et ses amis se retirent, et il reste seul en présence du Crucifix.
Ah! mon Jésus! quand, â la mort, tous m’auront abandonné, vous ne m’abandonnerez pas ; je mets ma confiance en A'ous : In te, Domine, speravi; non confundar in œternum:^
TROISIÈME MÉDITATION
l’agome. la mort.
I. Voici qu’apparaît la sueur froide ; les yeux s’obscurcissent, le pouls s’arrête, les mains et les pieds se refroidissent, le malade s’étend dans la situation d’un cadavre, et l’agonie commence. Hélas ! le malheureux va passer.
Déjà le souffle lui manque, sa respiration devient plus rare, signes d’une mort prochaine. Alors le confesseur allume le cierge bénit, le met dans la main du mourant, et commence a dire les prières des agonisants. — O cierge mystérieux ! éclaire dès a présents nos âmes ; car ta lumière sert peu, lorsqu’il n’est plus temps de remédier au mal qu’on a fait.
Ah ! qu’à la lueur de ce lugubre flambeau, on voit bien la vanité de ce monde et les fautes dont on est coupable !
Enfin le moribond expire; son dernier soupir est pour lui la fin du temps, le commencement de l’éternité. — O moment décisif, ou d’une éternité de bonheur, ou d’une éternité de misère !
(1) Ps. 30. 2.
DE LA RETRAITE
Mon Jésus! miséricorde : pardonnez-moi, et attachezmoi tellement a vous que je ne me perde pas à mon dernier moment.
IL Après le dernier soupir, le prêtre, se tournant vers les assistants, leur dit : Il est passé à l’éternité. — Il est mort? — Oui, il est mort. — Requicscat in pace : Qu’il repose en paix !
II reposera en paix, s’il est mort dans la paix avec Dieu; mais s’il est mort dans la disgrâce de Dieu, malheur à lui ! il n aura jamais de paix tant que Dieu sera Dieu!
Dès qu’il a rendu l’ame, la nouvelle sen répand au dehors. L’un dit : C’était un homme honnête, mais peu dévot. — Qui sait, dit un autre, s’il ne s’est pas damné ?
— Ses parents et ses amis, craignant de renouveler leur douleur, ne veulent plus en entendre parler; et s'il s’échappe un mot du défunt en leur présence : De grâce, disent-ils, ne prononcez plus son nom.
Voila celui qui faisait l’agrément des sociétés ; maintenant, c’est un objet d’horreur pour tout le monde. Entrez dans sa maison, il n’y est plus; sa chambre, son lit, ses meubles, sont déjà occupés par d’autres; et lui, ou est-il?
— Son corps est dans la tombe, et son âme dans l’éternité.
Si vous voulez le voir, ouvrez cette fosse, et regardez :
ce n’est plus cet homme brillant de santé et ne respirant que la joie ; il est changé en un amas de corruption, où s’engendrent des vers qui vont faire tomber en lambeaux Ses lèvres, ses joues ; de sorte que bientôt il ne restera plus de lui qu’un squelette fétide, lequel, avec le temps, se divisera, la tête se séparant du buste, et les os se détachant les uns des autres.
Voila donc a quoi se réduira un jour ce corps pour lequel nous offensons tant le Seigneur !
G. MOYEN
DE LA RETRAITE
0 Saints du paradis! que vous avez fait preuve de sagesse en mortifiant votre chair ici-bas ! maintenant, vos ossements sacrés sont vénérés sur les autels, et vos âmes glorieuses jouissent de la vue de Dieu, en attendant le dernier jour, ou vos corps viendront prendre part â votre gloire dans le ciel comme ils ont eu part a vos souffrances sur la terre.
III. Si j’étais a présent dans l’éternité, que ne voudrais-je pas avoir fait pour Dieu !
Saint Camille de Lellis, se trouvant près des tombeaux, disait en lui-méme*:. « Si- ces morts revenaient au monde, que ne feraient-ils pas pour la vie éternelle ! et moi, que fais-je pour mon âme? » — Et nous, que faisons-nous?
Seigneur ! ne me réprouvez pas pour mon ingratitude : les autres vous ont offensé dans les ténèbres, et moi, je vous ai offensé en plein jour. Vous m’avez fait voir clairement l’injure que je vous faisais en péchant ; néanmoins, foulant aux pieds toutes vos lumières et toutes vos grâces, je vous ai tourné le dos! Non .sis tu mihi formidini; spes mea tu in die afflictionis : ^ Ah ! mon Jésus! vous qui êtes mon unique espérance, ne soyez point pour moi un sujet d’épouvante au jour de mes angoisses, au jour de ma mort!
QUATRIÈME MÉDITATION