‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 61 sur 132 · MORT DES JUSTES · texte numérisé non relu

MORT DES JUSTES

I. Pretiosa. . . mors sanctorum.'^ Selon Saint Bernard, la mort des justes est appelée précieuse, parce quelle est la fin des travaux et l’entrée de la vie : Pretiosa tamquam

(I) Jer. i1. 41.

(2) P5. Mo, 45.

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finis laborum et tntœ janua.^ La mort est pour les saints un avantage : c’est le terme des souffrances, des tentations, des combats, et de toute crainte de perdre Dieu.

Ce Profciscere qui tourmente les mondains, n’afflige aucunement les saints : ce n’est point pour eux une peine de quitter les biens terrestres, puisque Dieu seul a été leur richesse ; ni les honneurs, puisqu’ils les ont méprisés ; ni leurs parents, puisqu’ils ne les ont aimés que pour Dieu. Ainsi, comme ils ont passé toute leur vie en disant : Mon Dieu et mon Tout : Deus meus, et omnia; ils le répètent avec encore plus de joie en mourant.

Ils ne s’affligent même pas des douleurs que cause la mort; ils sont plutôt heureux d’offrir à Dieu ces derniers restes de leur existence ici-bas, en signe de leur amour ; ils unissent le sacrifice de leur vie au sacrifice que Jésus- Christ a fait de lui-même en mourant pour leur amour.

II. Oh ! quel contentement éprouvent les saints en voyant arriver le moment où ils seront délivrés du danger de pécher et de perdre Dieu ! quelle est leur joie de pouvoir dire alors en embrassant le Crucifix : In pace, in idipsum, dormiam et requiescam Je vais maintenant reposer en paix !

Il est vrai que le démon s’efforcera de nous inquiéter alors, en nous représentant nos péchés ; mais si nous les avons pleurés, et si nous avons sincèrement aimé Jésus- Christ, ce bon Sauveur ne manquera pas de nous rassurer. Dieu tient plus a notre salut que le démon à notre perte.

En outre, la mort est la porte de la vie. Dieu est fidèle ; dans ce moment suprême, il sait bien consoler les âmes qui l’ont aimé : même au milieu des angoisses de -la

()) In Tr. Mal. s. 1.

(2) Ps. A. 9.

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mort, il leur fait éprouver un certain avant-goût du paradis. En produisant des actes de confiance et d’amour envers Dieu, de désir de le voir bientôt, elles commencent à goûter cette paix céleste dont elles vont jouir éternellement. Quelle allégresse procure surtout le Saint-Viatique a celui qui, en l’apercevant, peut s’écrier avec Saint Philippe de Néri : « Voici mon amour! voici mon amour! »

III. Nous devons donc craindre, non la mort, mais le péché, qui rend la mort malheureuse. Un grand serviteur de Dieu, le père La Colombière, disait : « Il est moralement impossible que, celui qui est fidèle a Dieu durant sa vie, fasse une mauvaise mort, »

Celui qui aime Dieu, désire sincèrement la mort, par laquelle il est uni à Dieu pour l’éternité. C’est une marque de peu d’amour envers Dieu que de n’avoir point le désir de le voir bientôt.

Acceptons dès a présent la mort, en nous détachant de tous les objets terrestres : maintenant, nous le ferons avec mérite; plus tard, ce serait forcément et au péril de notre salut. Vivons comme si chaque jour était le dernier de notre vie : oh! qu’on vit bien, lorsqu’on vit sans jamais perdre la mort de vue!

Ah ! mon Dieu ! quand viendra ce jour ou je vous aimerai en vous voyant face a face? Je suis indigne de ce bonheur; mais, je vous le dis avec Saint Bernard, ô mon Rédempteur ! vos plaies sacrées sont mon espérance : Vulnera tua, mérita mea. C’est pourquoi je prends encore la confiance de vous dire avec Saint Augustin : Eia, Domine! moriar, ut te videam : ^ Mon Dieu! faites-moi mourir bientôt, pour que bientôt je vous voie et me jette

(I) Sol. an. c. i.

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entre vos bras, avec l’assurance de n’être jamais plus séparé de vous.

O Marie, ma Mère ! c est d’abord par le sang de Jésus- Christ, et ensuite par votre intercession, que j’espère me sauver et aller en paradis, pour vous louer, vous remercier, et vous aimer éternellement.

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