ON SE DAMNE POUR SI PEU DE CHOSE
I. Dans l’enfer, le damné porte en lui-même le plus grand des tourments; c’est le remords de sa conscience. Vermis eorum non moritur.^ Ce ver dont le Seigneur
(1) Marc. 9. 47.
DE LA UETRAITE.
menace le coupable, ver qui ne meurt point, n’est autre que le remords éternel des damnés en enfer.
Oh! quel ver cruel pour le chrétien qui se damne, de penser qu’il s’est perdu pour si peul — Ainsi, se dira-til éternellement, c’est pour quelques satisfactions passagères et empoisonnées que j’ai perdu le paradis et Dieu, et que je me suis condamné à cette prison, à ce lieu de tourments, pour toujours! J’ai eu l’avantage de recevoir la vraie foi; mais ensuite, pour avoir abandonné Dieu, j’ai passé une vie malheureuse qui m’a conduit a une autre vie plus malheureuse encore dans cet abîme de feu ! Dieu m’a donné tant de lumières, tant de moyens pour me sauver, et moi, malheureux, j’ai voulu me damner!
Ah! mon Jésus! tels sont donc les reproches que je me ferais aujourd’hui en enfer, si vous m'aviez fait mourir le jour oii j’étais en état de péché. Je vous remercie de la miséricorde dont vous avez usé envers moi,, et je déteste toutes les offenses que je vous ai faites. Si j’étais en enfer, je ne pourrais’ plus vous aimer ; mais, puisque j’ai encore le bonheur de pouvoir vous aimer, je veux vous aimer de tout mon cœur. Oui, je vous aime, mon Dieu, mon Amour, mon Tout!
II. A présent, que sont à nos yeux les années que nous avons déjà passées en cette vie, sinon un songe, un moment? Que seront donc aux yeux du damné les quarante ou cinquante ans qu’il aura vécu sur la terre, lorsqu’il aura déjà gémi des millions de siècles en enfer, et qu’il verra qu’après cela son éternité malheureuse ne fait que de commencer !
Que seront alors à ses yeux les misérables plaisirs pour lesquels il se sera perdu ? — Ainsi, se dira-t-il, pour ces maudites voluptés, aussitôt évanouies que goûtées, me
DE LA RETRAlTi:. 365
voici condamné a brûler dans cette fournaise, abandonné de tout le monde, pendant toute l’éternité !
IIL Un autre remords qui tourmente cruellement le damné, c’est de penser au peu qu’il avait à faire pour se sauver. — Hélas! s’écrie-t-il, si j’avais pardonné cette injure, si j’avais vaincu ce respect humain, si j’avais fui cette occasion, je ne me serais point perdu !
Que m’en coûtait-il de m’éloigner de cette société, de me priver de ce plaisir maudit, de renoncer à cette prétention? Eh! m’en eût-il coûté beaucoup, je devais tout sacrifier pour me sauver. Mais je ne l’ai point fait, et maintenant il n’y a plus de remède a ma ruine éternelle !
Sij’ avais fréquenté les sacrements, si je n’avais point négligé l’oraison, si je m’étais recommandé à Dieu, je ne serais point retombé. J’ai souvent pris la résolution de le faire, mais je ne l’ai point fait; j’ai quelquefois commencé, mais je n’ai point continué : voilà comment je me suis damné !
O Dieu de mon âme! que de fois je vous ai promis de vous aimer, et puis je vous ai de nouveau tourné le dos ! Je vous en conjure par cette tendresse avec laquelle vous m’avez aimé en mourant pour moi sur la croix, donnezmoi la douleur de mes péchés, donnez-moi votre amour, et donnez-moi la grâce de ne jamais manquer de recourir à vous quand je serai tenté.
DEUXIÈME MÉDITATION