ON A EU TANT DE GRACES POUR SE SAUVER I
I. Quel trait cruel encore, pour le cœur d’un chrétien damné, que le souvenir des lumières, des invitations, et des autres grâces qu’il a reçues de Dieu sur la terre ! il se
DE LA RETRAITE
fait a lui-même ce triste aveu ; Je pouvais me sanctifier et me rendre heureux pour toujours, et voila que je suis k jamais malheureux !
La plus grande peine du réprouvé, c’est de voir qu’il s’est perdu volontairement et par sa propre faute. Eh quoi! s’écrie -t-il, un Dieu est mort pour mon salut, et moi, insensé! j’ai voulu de moi-même me précipiter dans cet abîme de feu, pour y brûler éternellement! O paradis perdu! ô Dieu perdu! que je suis malheureux !
Telles sont et seront à jamais les tristes lamentations des réprouvés.
Mon Dieu que j’ai méprisé et perdu! faites que je vous retrouve maintenant qu’il est encore temps pour moi de vous retrouver. A cet effet, ô mon cher Rédempteur ! rendez-moi participant de la douleur que vous avez ressentie a cause de mes péchés dans le jardin de Gethsémani. Je me repens souverainement de vous avoir offensé ; recevez-moi dans votre grâce, ô mon Jésus ! je proteste que je suis résolu de vous aimer et de n’aimer jamais plus que vous.
II. Représentez-vous un malade qui souffre de violentes douleurs d’entrailles, et à qui personne ne témoigne la moindre compassion ; au contraire, ceux qui l’entourent l’injurient, lui reprochent ses désordres, ou le maltraitent avec fureur :1e damné, dans fenfer, est traité bien plus durement encore ; il est en proie â tous les tourments, et personne ne compatit à ses souffrances.
Si du moins ce malheureux pouvait, dans cette horrible fournaise, aimer son Dieu qui le châtie avec justice ! Mais non, en même temps qu’il reconnaît Dieu comme l’être infiniment aimable, il se voit contraint de le haïr; et c’est là proprement le supplice de l’enfer, de ne pouvoir plus aimer le souverain bien qui est Dieu.
DE L\ HETRAITE.
Si le damné pouvait se résigner a la volonté divine, comme l’âme fidèle le fait en souffrant sur la terre, l’enfer ne serait plus un enfer. Mais, au contraire, il enrage comme un serpent sous le fouet de la justice divine, et sa rage ne sert qu’a accroître son tourment.
Ainsi, mon Jésus ! si j’étais en enfer, je ne pourrais plus vous aimer, et je devrais vous haïr éternellement! Mais, quel mal m’avez-vous donc fait pour que j’eusse a vous haïr? Vous m’avez créé, vous êtes mort pour moi, vous m’avez comblé de grâces particulières : tel est le mal que vous m’avez fait. Ah ! châtiez-moi comme il vous plaît, mais ne me privez point de la faculté de vous aimer : je vous aime, mon Jésus! et je veux vous aimer toujours.
III, Considérez l’horreur qui saisit une âme à son entrée dans l’enfer. — Hélas! s’écrie-t-elle, me voila donc damnée! me voila perdue! — La malheureuse cherche s’il y a quelque remède à son malheur; et elle voit qu’il est â jamais irréparable.
Il se passera plus de millions de siècles qu’il n’y a de gouttes d’eau dans la mer, de grains de sable sur la terre, de feuilles sur les arbres, et l’enfer du réprouvé sera toujours a son commencement. S’il pouvait du moins, le malheureux, se faire quelque illusion, et se dire : Qui sait si un jour cet enfer ne finira pas pour moi? — Hélas! il n’y a point de Qui sait? dans l’enfer : le damné est certain que, toutes les peines qu’il endure a chaque instant, il doit les endurer pendant toute l’éternité. — Eh quoi ! les hommes croient a l’enfer, et il y en a qui pèchent?
Le supplice éternel est plus grand pour ceux qui, après avoir plusieurs fois considéré l’enfer, s’y condamnent ensuite eux-mêmes en se livrant au péché.
Ah ! ne perdons point de temps, quittons tout et attachons-nous a Jésus-Christ. Quoi que nous fassions, c’est
DE LA RETRAITE
toujours peu quand il s’agit d’éviter l’enfer. Soyons-en persuadés et tremblons, celui qui ne tremble point, ne se sauvera point.
O mon Jésus ! votre sang, votre mort, voila mon espérance. Que tous m’abandonnent, pourvu que vous ne m’abandonniez point. Je vois que vous ne m’avez pas abandonné, puisque vous m’invitez au pardon , si je veux me repentir de mes péchés, et que vous m’offrez votre grâce et votre amour, si je veux vous aimer. Oui, mon Jésus, ma Vie, mon Trésor, mon Amour! je veux pleurer sans cesse les offenses que je vous ai faites, et je veux vous aimer de tout mon cœur. Si je vous ai perdu, ô mon Dieu! je suis résolu de ne plus vous perdre a l’avenir. Dites-moi ce que vous exigez de moi, je veux vous contenter en tout. Faites-moi vivre et mourir dans votre grâce, puis disposez de moi comme il vous plaît.
O Marie, mon Espérance! tenez-moi toujours sous votre manteau, et ne permettez pas que j’aie encore le malheur de perdre Dieu.