‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 67 sur 132 · HUITIÈME JOUR · texte numérisé non relu

HUITIÈME JOUR

PE l’amour envers Jésus crucifié.

PREMIÈRE MÉDITATION

NOTRE INGR.ATITÜDE ENVERS JÉSUS CRUCIFIÉ.

I. O mon Jésus ! quelle plus grande preuve pouviez-vous me donner de l’amour que vous me portez, que de sacrifier votre vie sur un gibet infâme, sur la croix, pour expier mes péchés et me conduire avec vous en paradis ?

DE LA RETRAITE

HumiliavU semetipsum, facius ohediens usque ad mortem, mortem autem crucis:^ Oui, le Fils de Dieu, par amour pour les hommes, obéissant a son Père éternel qui voulait qu’il mourût pour notre salut, s’est humilié jusqu’à mourir, et jusqu’à mourir crucifié! — et il se trouvera des hommes qui croient cette vérité, et qui n’aiment point ce Dieu?

Ah ! mon Sauveur ! qu’il vous en a coûté pour me faire comprendre que vous m’aimez beaucoup! et moi, ingrat, j’ai répondu a tant de bienfaits par des injures! Ayez pitié de moi, souffrez que je vous aime maintenant, je ne veux plus abuser de votre amour. Je vous aime, mon souverain Bien! je suis résolu de vous aimer toujours. Ah ! faites que je n’oublie jamais les peines que vous, avez endurées pour moi, afin que je pense sans cesse a l’amour que je vous dois.

II. Chose étrange ! il en est qui parlent de la passion de Jésus-Christ, ou qui en entendent parler, sans aucun sentiment d’amour ou de reconnaissance, comme s’il s’agissait d’une fable ou de la mort d’une personne qui nous est inconnue et indifférente !

O hommes ! pourquoi donc n’aimez-vous point Jésus- Christ? Dites-moi : qu’est-ce que notre divin Rédempteur pouvait faire de plus, pour gagner notre amour, que de mourir dans un océan d’humiliations et de douleurs?

Si le dernier des hommes avait souffert pour nous les tourments que Jésus-Christa endurés, pourrions-nous nous dispenser de lui porter de l’affection et de lui témoigner toute notre reconnaissance?

Mais, mon Jésus! pourquoi parlé-je aux autres, et non à moi-même? quelle a été jusqu’ici ma reconnaissance

(IJ Phil. s.

DE LA RETRAITE

envers vous? Malheureux que je suis, je n’ai répondu à votre amour que par le mépris et par les déplaisirs que je vous ai causés! Ah ! pardonnez-moi ; dorénavant je veux vous aimer, et vous aimer beaucoup. Je serais bien ingrat, si, après tant de marques de votre bonté et de votre miséricorde , je vous aimais faiblement !

111. Considérons que cet homme de douleurs, cloué sur (*e bois d’ignominie, est vraiment notre Dieu, et qu il n est la, souffrant et mourant, pour aucune autre cause que pour l’amour de nous.

Nous croyons donc que Jésus crucifié est notre Dieu et qu’il meurt pour nous, et nous pouvons aimer autre chose que Jésus crucifié ?

O belles flammes d’amour, qui avez consumé la vie de mon Sauveur sur le Calvaire ! venez consumer en moi toutes les affections terrestres ; faites-moi brûler sans cesse d’amour pour ce Dieu, qui, par amour pour moi, a voulu mourir et se sacrifier entièrement lui-même.

Quel spectacle pour les Anges de voir le Verbe divin attaché à la croix et mourant pour nous sauver, nous ses misérables créatures !

O mon Sauveur! vous ne m’avez pas refusé votre sang ni votre vie, et moi, je vous refuserais l’affection de mon cœur? je vous refuserais quelque chose que vous me demandez? Non, mon Jésus! vous vous êtes donné tout entier a moi, je me donne à vous tout entier, sans réserve.

DEUXIÈME MÉDITATION

l’amour de JÉSUS DEMANDE NOTRE AMOUR.

1. O mon âme ! regarde sur le Calvaire ton Dieu crucifié et mourant ; vois combien il souffre, et dis-lui :

DE LA RETRAITE

Mon Jésus ! c est donc parce que vous m’avez trop aimé, que vous endurez cette affliction et ces tourments sur la croix? votre peine serait moins grande, si vous m’aviez moins aimé.

Ah ! mon cher Rédempteur ! quelle multitude de douleurs, d’ignominies et d’afflictions, vous accablent extérieurement sur cette croix! votre sacré corps, suspendu et fixé par trois clous qui déchirent vos mains et vos pieds, ne repose que sur ses plaies ; tandis que les gens qui vous entourent, vous insultent de leurs dérisions et de leurs blasphèmes. Cependant, à Tintérieur, votre belle âme est encore bien plus affligée que votre corps !

Dites-moi, mon Jésus! pourquoi soufirez-vous ainsi? — Vous me répondez : Je souffre tous ces tourments pour ton amour; souviens-toi donc de raffection que je t’ai portée, et aime-moi.

Oui, mon Sauveur ! je veux vous aimer : qui donc voudrais-je aimer, si je n’aimais pas un Dieu mort pour moi ? Par le passé, ô mon Amour! je vous ai méprisé; mais aujourd’hui, je n’ai point de plus grande peine que le souvenir des déplaisirs que je vous ai donnés, et je ne désire autre chose que d’être tout a vous. Ah! mon Jésus ! pardonnez-moi, et attirez mon cœur à vous; enchaînez-le, blessez -le, enflammez -le tout entier de votre saint amour.

IL Considérons avec quel sentiment de tendresse Jésus- Christ présenta ses mains et ses pieds pour être cloué â la croix, offrant en ce moment sa vie divine â son Père éternel pour notre salut.

Mon bien-aimé Sauveur ! quand je pense à tout ce que mon âme vous a coûté, je ne puis désespérer de mon pardon. Quelque grands et quelque multipliés que soient mes

DK LA RETRAITE.

péchés, je ne puis perdre l’espoir de me sauver, puisque vous avez déjà surabondamment satisfait pour moi. O Jésus, mon Espérance et mon Amour ! autant je vous ai offensé, autant je veux vous aimer : je vous ai offensé beaucoup, je veux vous aimer beaucoup; vous qui me donnez ce désir, donnez-moi votre secours.

Père éternel 1 Respice in faciem Christl tui: ^ Regardez votre divin Fils mourant sur la croix ; voyez ce visage livide, cette tête couronnée d’épines , ces mains percées, ces chairs déchirées : voilà la victime immolée pour moi, je vous la présente, ayez pitié de moi.

III. Dileocit nos, et lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo:^^ Il nous a aimés jusqu’à nous laver de nos péchés dans son sang. — Avons-nous encore à craindre que nos péchés ne soient un obstacle à notre sanctification, si notre Sauveur nous a fait un bain de son sang divin , pour purifier nos âmes? Il suffit que nous nous repentions et que nous soyons résolus de nous corriger.

Etant sur la croix, Jésus pensait à nous, et de là il préparait toutes les miséricordes et toutesles grâces qu’il nous a prodiguées depuis, avec autant d’amour que s’il n’avait eu à sauver que l’âme de chacun de nous en particulier.

Ainsi, mon doux Sauveur ! sur la croix, vous voyiez déjà les offenses que je vous ferais pendant ma vie, et, au lieu de châtiments, vous me prépariez des lumières, des invitations pleines d’amour, et le pardon. Ah! mon Jésus! me verrez-vous encore, après tant de grâces, retourner au péché et me séparer de vous? Non, Seigneur ! ne le permettez point ; si je dois cesser de vous aimer, faites-moi plutôt mourir. Je vous dirai avec Saint François de Sales: (( Ou mourir, ou aimer! ou aimer, ou mourir! ^ »

(1) Ps. 83, 10. (2) Apoc. 1, 5, (3) Am. de D. 1. 12. ch. 13.

CANTIQUE

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