‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 9 sur 132 · LA PRIÈRE EST NÉCESSAIRE AU SALUT , DE NÉCESSITÉ DE MOYEN · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE EST NÉCESSAIRE AU SALUT , DE NÉCESSITÉ DE MOYEN

Une des erreurs des pélaglens consistait à prétendre que la Prière n est pas nécessaire pour parvenir au salut. L’impie Pélage, leur maître, disait que l’homme ne se perd que parce qu’il néglige de s’instruire des vérités qu’on doit nécessairement connaître. Mais, chose étonnante! comme le remarque Saint Augustin : Omnia potius disputât [Pelagius], quam ut oret : * Pélage voulait traiter de tout, excepté de la Prière, — qui , ainsi que le pensait et l’enseignait le Saint Docteur, est l’unique moyen pour acquérir la science des saints , selon ce que nous lisons dans TEpître de Saint Jacques : Si quis autem vestrum

(1 ) De Nat. et Grat c. i7.

NÉCESSITÉ DE LA PRIÈRE

incliget sapieîitia, postulet aDeo, qui dat omnibus affluenter , et non improperat. *

Les textes de l’Ecriture, qui prouvent la nécessité où nous sommes de prier , si nous voulons nous sauver, sont extrêmement clairs : Oportet semper orare : ^ Il faut toujours prier. Vigilateet orate , ut non intretis in tentationem Veillez et priez , afin que vous ne tombiez point dans la tentation. Petite , et dabitur vobis Demandez , et il vous sera donné. — Ces termes, comme les entendent communément les théologiens , ont la force d’un précepte, imposent une obligation. WiclefT prétendait que , dans ces textes, il ne s’agit pas de la prière, mais seulement des bonnes œuvres ; en sorte que , dans son sens, prier n’était pas autre chose que bien faire : erreur que l’Eglise a expressément condamnée. C’est pourquoi le savant Léonard Lessius assure qu’on ne peut nier , sans pécher contre la foi, que la prière ne soit nécessaire aux adultes pour se sauver; puisqu’il est évident, d’après les Saintes Ecritures , que la prière est l’unique moyen d’obtenir les secours nécessaires au salut : Fide tenendum est, orationem adultis ad salutem esse necessariam , ut colli^ gitur ex Scripturis ; quia oratio est medium sine quo auxilium ad salutem necessarium obtineri nequit.^

La raison en est claire : sans le secours de la grâce , nous ne pouvons faire aucun bien : Sine me nihil potestis facere.^ Saint Augustin remarque a ce sujet, que Jésus- Christ n’a point dit : Vous ne pouvez rien achever; — mais : Vous ne pouvez rien faire : Non ait : Perficere; sed : FacereJ Notre Sauveur nous fait entendre par Ik que, sans la grâce, nous ne pouvons pas même commen-

{i)Jac, i. 3. (2) Luc, 18, 1. (3) Matth, ^6, 4/.

(4j Matth. 7. 7. (3) De Just, t 2. c, .77. d, 7. (6) Jo. 13, 5,

(7) Contra ep. pel. I. 2. c. 28,

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cer à faire le bien. Il y a plus : d’après F Apôtre , nous ne sommes même pas capables d’en avoir le désir : Non quod sufpcientes simus cogitare aliquid a nubis, quasi ex nobis ; sed sufflcientia nostra ex Deo est."^ Si donc , suivant l’expression de Saint Paul , nous ne pouvons pas même penser au bien , a plus forte raison ne pouvons-nous pas le désirer. C’est ce que l’on voit encore dans beaucoup d’autres passages de l’Ecriture : Deus , qui operatur omnia in omnibus."^ Faciam ut in prœceptis meis ambuletis, et judicia mea custodiatis et operemini.^ Ainsi, com.me le dit le second Concile d’Orange , nous ne faisons aucun autre bien que celui que Dieu nous fait opérer par sa grâce : Nulla facit homo bona, quœ non Deus prœstat ut faciat homo.^ Aussi le Concile de Trente a-t-il frappé d’anathème quiconque dirait que, sans l’inspiration et l’assistance de l’Esprit-Saint, l’homme peut produire un acte de foi , d’espérance , de charité ou de contrition , suffisant pour obtenir la grâce de la justification : Si quis dixerit sine præveniente Spiritus Sancti inspiratione , atque ejus adjutorio , hominem credere , sperare , diligere , aut pœnitereposse, sicut oportet ut ei justificationis gratia conferatur , anathema sit.^

L’auteur de l’Ouvrage imparfait dit, en parlant des animaux , que le Seigneur a donné aux uns la faculté de courir, aux autres des serres ou des ailes, pour la conservation de leur être ; mais qu’il a formé l’homme de telle manière que Dieu lui-même fait toute sa force : Alios munivit cursu , alios unguibus , alios pennis ; hominem autem sic disposait , ut virtus illius ipse sit.^ L’homme est donc tout à fait incapable d’opérer son salut par lui-

(!)//. Cor. 5'. 5. (^) r. Cor. 6.

(3) Ez. 36. .^7. (4) Conc. Araus. 2 cap. 20.

(5) Sess. 6. can. o . f6j Op. imp. in Matth. hom. 'iS.

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même , puisque Dieu a voulu que tout ce qu’il a et peut avoir , lui vînt du seul secours de sa grâce. Mais ce secours , Dieu ne l’accorde , suivant sa providence ordinaire, qu’a celui qui prie , conformément a la célèbre sentence de Gennade : Nul ne vient au salut, s’il n’est appelé de Dieu ; nul ne parvient au salut sans le secours de Dieu ; nul n’obtient ce secours , sinon par la prière : Nullum credimus ad salutem , nisi Deo invitante , venire; nullum invitatum salutem suam, nisi Deo auxiliante, operari; nullum y nisiorantem, auxilium promer eri.^

Puis donc que, d’un côté , nous ne pouvons rien sans le secours de la grâce , et que , de l’autre , Dieu n’accorde ordinairement ce secours qu à celui qui prie , qui ne voit qu’il faut en conclure que la prière nous est absolument nécessaire pour nous sauver? Il est vrai que les premières grâces, qui nous arrivent sans aucune coopération de notre part, comme la vocation à la foi ou 'a la pénitence , Dieu les donne , selon Saint Augustin , même à ceux qui ne prient point; néanmoins, cet illustre Docteur tient pour certain que les autres grâces, spécialement le don de la persévérance, ne sont accordées qu’a ceux qui prient : Constat Deum alla dare etiam non orantihus, sicut initium fîdei ; alia non nisi orantibus prœparasse y sicut usque in finem perseverantiam.'^

De la , les théologiens , d’accord avec Saint Basile , Saint Jean Chrysostôme , Clément d’Alexandrie et d’autres, ainsi qu’avec Saint Augustin, enseignent communément que la prière est nécessaire aux adultes , non-seulement de nécessité de précepte, comme nous l’avons vu, mais encore de nécessité de moyen : c’est-'a-dire que, selon la providence ordinaire , il est impossible à un fidèle de se sauver sans se recommander a Dieu, en lui

(1j De Eccl. Dogm. c. ^0. (2 De dono pers. c. IG.

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demandant les grâces nécessaires au salut. Saint Thomas enseigne la même chose , en disant qu après le baptême , pour entrer au ciel , nous avons besoin d’une prière continuelle afin de résister aux ennemis qui nous restent : Post baptismum autem necessaria est homini jugis oratio, ad hoc quod cœlum introeat ; licet enim per baptismum remittantur peccatajremanet tamen fomes peccati nos impugnans interius , et mundus et dœmones qui impugnant exterius.^ Voici donc, en deux mots, comment le Docteur Angélique prouve la nécessité de la prière : pour nous sauver , nous devons combattre et vaincre , selon ce que dit Saint Paul à Timothée : Quicertat in agonc y non coronatur nisi légitimé certaverit ; d’un autre côté, sans le secours de Dieu , nous ne pouvons résister aux forces d’ennemis si nombreux et si puissants ; or , ce secours ne s’obtient que par la prière ; donc , sans la prière , il n’y a point de salut.

Quanta ce point, que la prière soit l’unique moyen ordinaire pour obtenir les dons de Dieu , c’est ce que le même Saint Docteur affirme plus distinctement dans un autre endroit, où il dit que toutes les grâces que le Seigneur a déterminé, dans ses décrets éternels, de nous accorder, il ne veut nous les donner que par le moyen de la prière ; ^ et cette doctrine est exactement conforme à celle de Saint Grégoire : Homines postulando merentur accipere quod eis Deus ante sœcula disposait donare.^ Ce n’est pas, dit Saint Thomas , qu’il soit nécessaire de prier pour que Dieu connaisse nos besoins ; mais nous sommes obligés de prier, afin que nous comprenions nous-mêmes la nécessité de recourir â Dieu pour recevoir les secours

(1) P. S. q. O 9. a. O. (2j II. Tim. 2, o.

(3) 2. q. 8S. a. 2. (4, Dial. l. I. c. 8.

G. MOYEN

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nécessaires au salut, et que par là nous le reconnaissions pour l’unique auteur de tous les biens que nous avons : Sed ut nos consideremus in his ad divinum auxilium esse recurrendum , . . . et recognoscamus eum esse bonorum nostrorum auctorem.^ Ainsi, comme le Seigneur a voulu que, pour être pourvus de pain et de vin , nous semions du grain et cultivions la vigne , de même il a voulu que nous recevions les grâces nécessaires au salut par le moyen de la prière, lorsqu’il a dit : Petite, et dabitur vobis ; quœrite, et invenietis:^ Demandez, et il vous sera donné; cherchez, et vous trouverez.

Nous ne sommes, en un mot, que de pauvres mendiants ; nous n’avons que ce que Dieu nous donne par aumône : Ego autem mendicus sum et pauper.'^ Le Seigneur, dit Saint Augustin, désire et veut nous dispenser ses grâces, mais à condition qu’on les demande : Deus dare vult , sed non dat nisi petenti.^ Il promet de donner à celui qui demande : Petite , et dabitur vobis; ainsi , conclut Sainte Thérèse, celui qui ne 'demande point ne reçoit point. — Comme l’humidité est nécessaire aux plantes pour se conserver dans un état de vie et de fraîcheur ; de même , selon Saint Jean Ghrysostôme , la prière nous est nécessaire pour nous sauver. Le même Saint avait dit auparavant que, comme l’âme donne la vie au corps, ainsi la prière conserve la vie de l’âme : Sicut corpus sine anima non potest^vivere , sic anima sineoratione mortua est et GRAVITER OLENs.^ Ces deniiers mots signifient que l’âme , sans la prière , exhale une mauvaise odeur comme un cadavre, parce que , dès qu’on cesse de se recommander à Dieu, on ne tarde pas à être infecté de péchés. La prière

(1) Lococit. ad 4. et 2!. (2) Matth. 7. 7. i3l Ps. S9. 18.

(4) In Ps. m. (o; De or. D. l. 1.

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est encore appelée la Nourriture de l’âme , parce que , comme le corps ne peut se soutenir sans nourriture , ainsi notre âme , dit Saint Augustin , ne peut vivre sans prier : Sicut escis alitur caro , ita orationibus homo interior nutritur.^ Toutes ces comparaisons présentées par les Saints Pères nous marquent l’absolue nécessité où nous sommes tous de prier pour obtenir le salut.

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