CONCLUSION
En résumé, quiconque veut embrasser l’état religieux, doit prendre la résolution de se sanctifier, et de souffrir toutes les peines extérieures et intérieures pour être fidèle a Dieu et ne jamais abandonner sa vocation. Si cette résolution lui manque, je l’engage a ne pas tromper les supérieurs, en se trompant lui-même, et par conséquent a ne pas entrer en religion ; car, c’est un signe qu’il n’y est point appelé, ou qu’il ne veut point correspondre a sa vocation comme il le doit, ce qui est un plus grand mal. Tant qu’on n’est pas convenablement disposé, le mieux est d’attendre, pour tâcher de se disposer comme il faut, en s’armant du ferme propos de se donner tout à Dieu et de souffrir tout pour Dieu. En agissant autrement, on se fait tort a soimême ainsi qu’a l’institut dans lequel on entre ; car on se met en grand danger d'en sortir, et alors, outre le discrédit qu’on encourt aux yeux du monde, on reste coupable devant Dieu d’une plus grande infidélité â sa vocation, et on perd la confiance de pouvoir désormais avancer dans la voie du bien ; et Dieu sait quels dommages et quelles chutes doivent suivre cette première disgrâce !
D’un autre côté, qu’il est beau de voir en communauté des âmes consacrées â Dieu sans réserve, vivant dans le monde, mais comme hors du monde, sans autre pensée que de plaire au Seigneur !
Dans l’état religieux, chacun ne doit vivre que pour la vie éternelle. Oh! quel bonheur pour nous, si nous donnons âDieu ce peu de jours que nous avons â passer sur la terre ! c’est ce que doivent faire surtout ceux qui ont
ET DE LA VOCATION
déjà perdu dans le monde une bonne partie de leur vie. Mettons-nous devant les yeux l’éternité, et alors nous serons prêts a tout souffrir avec résignation et même avec joie.
Rendons grâces au Seigneur, qui nous prodigue tant de lumières et tant de secours pour l’aimer parfaitement : il a daigné nous choisir parmi tant d’autres, pour le servir dans la vie religieuse, en nous faisant le don de son saint amour ! Livrons-nous donc avec zèle â la pratique des vertus, afin de nous rendre agréables à ses yeux; pensons, comme Sainte Thérèse le disait a ses filles, qu’en tournant le dos au monde et â tous les biens terrestres, nous avons peut-être déjà fait, par la grâce de Dieu, le pas le plus difficile pour parvenir a la sainteté ; c’est le plus facile qui nous reste â faire maintenant pour nous sanctifier. Je tiens pour certain que Jésus-Christ a préparé une place élevée dans le ciel pour ceux qui meurent en religion. Ici-bas, nous serons pauvres, méprisés, traités comme des niais et des insensés; mais dans l’autre vie tout sera changé.
Recommandons-nous sans cesse à notre très-aimant Rédempteur, caché dans le Sacrement de l’autel, ainsi qu’a la Très-Sainte Vierge, puisque, comme religieux, nous devons professer un amour tout spécial envers Jésus au Saint-Sacrement et envers Marie Immaculée ; après cela, ayons beaucoup de confiance. Le Seigneur nous a choisis pour être les grands de sa cour, ainsi que nous pouvons le conclure évidemment de la protection qu’il accorde â ses instituts religieux et â chaque frère qui en fait partie : qu’avons-nous doncâ craindre? Dominus illuminafio mea et salus mea : quem timebo
Seigneur ! achevez votre ouvrage : faites pour votre
(i ; Ps. ^6. /.
DU CHOIX d’un État, ktc.
gloire, que nous soyons enlièroment a vous ; en sorte que tous les sujets de vos instituts religieux, jusqu au jour du jugement, aient le bonheur de vous plaire en toutes choses et de vous gagner un grand nombre d’âmes. Amen, Amen,