I- CONSIDÉRATION
COMBIEN LE SALUT DE NOTRE AME EST ASSURÉ DANS l’état RELIGIEUX.
Pour comprendre l’importance de notre salut éternel, il suffit d’avoir la foi et de considérer que nous n avons qu'une âme : cette âme perdue, tout est perdu, fût-on maître du monde entier : Quid enim prodest homini, si mundum universum. lucretur^ animœ vero suœ deirirnentum paiiatur ? ^ C’est cette grande maxime de l’Evangile qui a déterminé tant de jeunes gens, soit a se renfermer dans les cloîtres, soit à passer leur vie dans les déserts, soit à la sacrifier pour Jésus-Christ dans le martyre ; ils se sont dit : A quoi bon posséder tout l’univers et jouir de tous les biens d’ici -bas durant la vie présente qui va bientôt finir, si après cela il faut être damné et malheureux dans l’autre vie, qui ne finira jamais ? — Tant de riches, tant de princes, tant de potentats, sont maintenant en enfer I que leur reste-t-il de toutes les jouissances qu’ils ont eues dans le monde, sinon un plus dur tourment, un
(I) Matth. ie. 26,
DU CHOIX d’un état
plus affreux désespoir? Ils pleurent maintenant et ils s’écrient dans leur misère : Hélas! tout est passé pour nous : Transiervnt omnia ilia tanquam umbra.^ Oui, tout est passé pour eux, comme une ombre, comme un songe, et le supplice qui leur reste a subir dure déjà depuis tant d’années et durera toute l’éternité 1
Prœlerit figura Itujus mundi,"^ Ce monde est une scène où tout passe vite : heureux qui sait y remplir son rôle de manière a bien figurer dans cette autre vie qui n’aura jamais de fin! il lui importera peu d’avoir été ici-bas pauvre, méprisé, persécuté, lorsqu’il se verra comblé de bonheur et de gloire, et établi roi du paradis pour toujours, tant que Dieu sera Dieu 1 Si le Seigneur nous a mis au monde et nous fait vivre sur la terre, c’est uniquement pour y gagner, non des biens passagers, mais les biens éternels : Finem vero vilain œternam.'^
Telle est l’unique fin que tout homme doit avoir en cette vie ; mais malheureusement, dans le monde, on ne pense point ou presque point 'a la vie éternelle. Au milieu des ténèbres de cette Egypte, la plupart des hommes ne songent qu’à se procurer des honneurs et des plaisirs ; de là provient la perte d’un si grand nombre d’âmes : Desolatione désolai a est omnis terra, quia nullus est qui recogitet corde. ^ Qu’il en est peu qui s’arrêtent à considérer le moment de la mort où aboutit la scène de notre vie, l’éternité qui nous attend, et ce que Dieu a fait pour notre amour ! De là vient que tant de malheureux vivent en aveugles, loin de Dieu, comme des brutes, les yeux fixés uniquement sur les choses terrestres, sans se souvenir de Dieu, sans désirer son amour, sans penser à l’éter-
(i) Sap. 5. 9. * (2) I. Cor. 7. 5L
(3j Rom. 6. (4; Jer. ii.
ET DE LA VOCATION
nité ! Ils arrivent ainsi à une mort funeste, qui n’est que le commencement d’une mort et d’un malheur éternel ; et la ils ouvrent enfin les yeux, mais ce n’est que pour pleurer a jamais leur folie !
Voici le grand moyen de salut qu’on trouve en religion: c’est qu’on y médite sans cesse les vérités éternelles ; en les méditant, on conserve sûrement la vie de la grâce : Memorare novissima tua, et in œternum non ‘peccabisA Dans toutes les maisons religieuses bien ordonnées cela se pratique chaque jour et plusieurs fois le jour. Aussi, â la vive lumière qu’y répandent continuellement les choses divines, il est moralement impossible de vivre, au moins pendant longtemps, éloigné de Dieu et sans tenir ses comptes en règle pour l’éternité.
Prière.
Mon Dieu I moi qui vous ai offensé plus que les autres et qui méritais plutôt d’être privé de votre divine lumière, quel titre avais-je 'a cette insigne faveur de votre miséricorde, d’être appelé, de préférence à tant d’autres que vous laissez vivre au milieu du siècle, â l’honneur de vous servir de si près dans votre sainte maison? Seigneur ! faites que j’apprécie toute la grandeur de ce bienfait, afin que je ne .cesse jamais de vous en rendre grâces , comme j’ai le bon propos et l’espoir de le faire toujours pendant ma vie et durant toute l’éternité. Ah ! ne permettez pas que je manque à la reconnaissance que je vous dois. Puisque vous m’avez tant favorisé, et que vous avez daigné me préférer aux autres dans votre amour, il est juste que je vous serve avec plus de zèle et d’amour que les autres. Vous me voulez tout à vous, mon Jésus ! je
(\)EcqU, 7. AO.
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me donne h vous sans réserve. Acceptez-moi, et conservez-moi désormais comme clio.se vous appartenant, puisque je ne suis plus h moi. Vous avez commencé, achevez votre ouvrage. Vous m’avez appelé dans votre maison, jiarce que vous voulez me voir sanctifié ; rendezmoi donc tel que vous voulez que je sois. — Faites-le, ô Père éternel ! accordez-moi cette grâce pour l’amour de Jésus-Christ, en qui je mets ma confiance. Je vous aime, mon souverain Seigneur! je vous aime, Bonté infinie! c’est vous seul que j’aime et que je veux toujours aimer.
Marie, mon Espérance ! prêtez-moi votre secours et obtenez-moi la grâce d’être a jamais fidèle et reconnaissant envers mon bon Maître.