‹ Œuvres completes de S. Alphonse de LiguoriChapitre 99 sur 132 · BONHEUR DES RELIGIEUX A LA MORT · texte numérisé non relu

BONHEUR DES RELIGIEUX A LA MORT

Beatimortui qui in Domino moriuntur.^ Quels sont ces morts bienheureux qui meurent dans le Seigneur, sinon les religieux, qui, à la fin de leur vie, se trouvent déjà morts au monde, puisqu’ils se sont détachés du monde et de tous ses biens en faisant leurs vœux ?

Considérez, mon frère, combien vous vous trouverez satisfait, si, ayant suivi votre vocation, vous avez le bonheur de mourir dans la maison de Dieu. — Le démon no manquera pas de vous rep^résenter, que, si vous vous retirez dans la maison du Seigneur, vous aurez peut-être dans la suite â vous repentir d’avoir quitté votre famille, votre

(1) Apoc. 14, 13,

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patrie, et d’avoir privé vos parents des avantages qu’ils pouvaient attendre de vous. Mais dites-vous à vousmême : Au moment de la mort, me repentirai-je ou me féliciterai-je d’avoir exécuté ma résolution ? — Je vous prie donc de vous figurer que vous allez mourir et comparaître au tribunal de Jésus-Christ. Voyez ce que vous préféreriez d’avoir fait, si vous en étiez la: serait-ce peutêtre d’avoir contenté vos parents, d’avoir été utile à votre famille et à votre pays, et de mourir entouré de vos frères, de vos neveux, de vos alliés, après avoir vécu dans voire maison, honoré du titre de curé, de chanoine, d’évêque, de ministre, et n’ayant eu pour règle que votre volonté ? ou bien, ne serait-ce pas de mourir dans la maison de Dieu, au milieu de vos bons frères en religion, qui vous encouragent et vous aident a franchir le grand passage, après avoir vécu de longues années dans la piété, l’humilité, la mortification, le renoncement a tous les biens, loin de vos parents, sans volonté propre, sous l’obéissance, dans un détachement complet des choses de la terre : autant de circonstances qui rendent la mort douce et aimable ?

Quand on est accoutumé à se priver de jouissances mondaines, dit Saint Bernard, on quitte le monde sans aucun regret : Qui consuevit se delectationibus mundi privare, mundum deserere non sentiet. Honorius II, sur le point de mourir, regrettait de n’être pas resté dans son monastère, occupé a laver l’humble vaisselle des religieux, et d’avoir été pape. Philippe II eût voulu, a sa mort, n’avoir été qu’un simple frère lai, servant Dieu dans quelque maison religieuse, plutôt que d’être roi. Philippe III, aussi roi d’Espagne, s’écriait en mourant : « Ah! que n’ai-je été servir Dieu dans un désert au lieu d’être monarque : je comparaîtrais avec plus de confiance au tribunal de Jésus-Christ ! »

P, MOYEN

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Quand donc renfer vous tente d’abandonner votre vocation. pensez h la mort, représentez-vous à ce moment suprême qui doit décider de votre éternité : A r/uo penciet œlernitas. Par ce moyen, vous triompherez de toutes les tentations et vous resterez fidèle a Dieu ; et assurément, loin de vous en repentir a l’heure de la mort, vous en remercierez sans cesse le Seigneur ; vous vivrez et mourrez content. Gérard, frère de Saint Bernard, expira en chantant, joyeux de mourir dans la maison de Dieu.

Le père Suarez, de la Compagnie de Jésus, éprouvait une si grande douceur et une telle consolation de mourir en religion, qu’il disait : Je ne pensais pas qu’il fut si doux de mourir : Non putabam tani dulce esse mori.

Un autre saint religieux de la même Compagnie, voyant approcher son dernier moment, se prit a rire de bon cœur ; et comme on lui demandait ce qui le rendait si gai, il répondit: «Comment ne rirais-je point? Jésus-Christ n’a-t-il pas prgmis le paradis à quiconque renonce a tout pour son amour? n’esl-ce pas lui qui a dit qu’on recevra le centuple de ce qu’on aura quitté pour son nom, et qu’on aura pour héritage la vie éternelle : Centuplum accijnet, et vifam œternam possidébit? ^ J’ai tout abandonné pour Dieu ; or, Dieu est fidèle, il ne peut manquer à ses promesses. Comment donc ne serais-je point joyeux, concluait-il, comment ne rirais-je point, en me voyant assuré du paradis?»

Il y a quelques années, on demandait a un frère lai, qui se trouvait a la mort, ce qu’il souhaitait le plus : « Je ne désire pas autre chose, répondit-il, que de mourir et d’être uni a Dieu. »

(i) Matth. iO. ^9.

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Le père Janvier Sarnelli, un instant avant de mourir, parlait a Dieu en ces termes : « Seigneur ! vous savez que toutes mes actions, que toutes mes pensées, ont été pour votre gloire : maintenant je soupire après le moment où je vous verrai face a face, si tel est votre bon plaisir. » Ensuite il ajouta : « Allons, je vais me livrer à une douce agonie. » 11 se mit aussitôt à faire de tendres entretiens avec le Seigneur, et peu après il expira paisiblement, avec le sourire sur les lèvres. Son corps commença dès lors à rendre une odeur suave, qui, comme l’ont attesté les témoins, remplit pendant plusieurs jours la chambre où il est mort.

Saint Bernard a donc bien raison de s’écrier, en faisant 1 eloge de l’état religieux : O vita secura, ubi absque formidine mors expectatur, immo et exoptatur cum dulcedine, etexcipitur cum devotione!^ Heureuse vie, où l’on attend la mort sans crainte, où même on la désire et on la reçoit avec amour !

Prière.

Mon doux Seigneur Jésus-Christ, vous qui, pour me procurer une bonne mort, avez choisi pour vous-même une mort si douloureuse ! puisque vous m’avez aimé au . point de me destiner, de préférence aux autres, à suivre de plus près les traces de votre sainte vie, afin de me voir plus étroitement uni a votre cœur plein de tendresse, attachez-moi, je vous en conjure, attachez-moi tellement a vous, par les douces chaînes de votre amour, que je ne n)e sépare jamais plus de vous. O mon bien-aimé Rédempteur ! je désire ardemment de vous témoigner ma reconnaissance et de correspondre a une si grande grâce ;

(1] Ad Mil T. c. i.

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mais je crains que ma faiblesse ne me rende infidèle. Ah! ne le permettez pas, mon Jésus ! faites que je meure plutôt que de m’éloigner de vous et d’oublier raffection spéciale que vous avez eue pour moi.

Je vous aime, mon cher Sauveur ! vous êtes et vous serez toujours l’unique Maître de mon cœur et de mon âme. Je renonce a tout, et je vous choisis, vous seul, pour mon trésor, ô Agneau de Dieu, Agneau très-pur et plein d’amour pour moi ! Dilectus meus candiclus et rubicundus, electus ex millibus^ — Loin de moi, viles créatures; mon unique bien, c’est mon Dieu ; il est mon amour, mon tout. — Je vous aime, mon Jésus! Je veux consacrer a votre amour tout mon temps, si court ou si long qu’il soit, tout ce qui me reste de vie. Je vous embrasse, je vous presse sur mon cœur, je veux mourir uni à vous. Voici la grâce que je vous demande, je ne désire pas autre chose : faites que je vive toujours brûlant d’amour pour vous; et quand viendra ma dernière heure, faites que j’expire dans un acte ardent de ce saint amour.

O Vierge Immaculée! obtenez-moi cette grâce; c’est de vous que je l’espère.

IID CONSIDÉRATION.

COMPTE QUE DEVR.V RENDRE A JÉSUS-CHRIST, AU JOUR DU JUGEMENT, CELUI QUI n’oBÉIT POINT A SA VOCATION.

La grâce de la vocation à l’état religieux n’est point une grâce ordinaire ; elle est fort rare, Dieu ne l’accorde qu’a

(!) Cant. gî. 40.

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un petit nombre : iVon fecit taliter omni nationi.^ Oh! qu’il e&t préférable d’être appelé à la vie parfaite et a devenir un des familiers de Dieu, dans sa sainte maison, que d’être appelé a régner sur le plus grand des Etats de la terre! Et quelle comparaison y a-t-il entre un royaume temporel d’ici-bas et le royaume éternel du ciel ?

Mais, plus la grâce accordée est grande, plus le Seigneur sera irrité contre celui qui néglige d’y correspondre, et son jugement sera d’autant plus rigoureux au jour des comptes. Si un roi appelait un pauvre berger dans son palais, pour le servir parmi les grands de sa cour, quelle ne serait pas l’indignation de ce prince, si son sujet refusait une telle faveur pour ne pas quitter sa misérable bergerie et son chétif troupeau! Dieu connaît parfaitement le prix de ses grâces ; c’est pourquoi il châtie avec rigueur quiconque les méprise. 11 est notre souverain Maître; quand il parle, il veut être obéi, et obéi sur-le-champ. Ainsi, lorsqu’il daigne éclairer une âme et l’appeler à la vie parfaite, si elle ne répond pas a sa vocation, il la prive de sa lumière et l’abandonne au milieu des ténèbres. Ah! combien n’en verrons-nous pas, de ces âmes malheureuses, qui seront réprouvées au jour du jugement, pour n’avoir pas voulu obéir a la voix de Dieu !

Remerciez donc le Seigneur de vous avoir invité à le suivre ; mais tremblez, si vous ne correspondez pas â cette grâce privilégiée. Lorsque Dieu vous appelle â le servir de plus près, c’est un signe qu’il veut votre salut ; mais il veut que vous vous sauviez par la seule voie qu’il vous a lui-même indiquée et choisie. Si vous prétendez vous sauver par celle de votre propre choix, vous vous mettez en grand danger de vous perdre ; car, en restant dans le

l'ijPs. /47. ^0.

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siècle tandis que Dieu vous veut en religion, vous serez privé des secours efficaces qu’il vous avait préparés dans sa maison, et, sans ces secours, vous ne vous sauverez point.

Mes brebis entendent ma voix, dit le Seigneur,: Oves meœ vocem meam audiunt.^ Lorsqu’on ferme l’oreille à la voix de Dieu, c’est un signe qu’on n’est pas de son troupeau, et qu’on sera condamné avec les boucs dans la vallée de Josaphat.

Prière.

Seigneur ! vous avez eu l’excessive bonté de me choisir parmi tant d'autres, pour me mettre au nombre de vos serviteurs de prédilection et me faire habiter dans votre sainte maison. Je sais quel est le prix de cette grâce et combien j’en étais indigne. Me voici, ô mon Dieu ! je veux correspondre â tant d’amour, je veux vous obéir. Vous qui vous êtes montré si libéral envers moi, en m’appelant quand je ne vous cherchais pas et que j’étais si ingrat envers vous, ah! ne permettez pas que je tombe maintenant dans un nouvel excès d’ingratitude, en vous abandonnant, vous qui, pour l’amour de moi, avez donné votre sang et votre vie ; et cela pour me livrer au monde qui est mon ennemi, et qui, par le passé, m’a fait perdre tant de fois votre grâce et mon salut ! Puisque vous avez daigné m’appeler, donnez-moi la force de répondre a votre voix. Je vous ai déjà promis d'obéir, je vous le promets de nouveau ; mais, si vous ne m’accordez la grâce de la persévérance, je ne puis vous être fidèlô c’est ce secours que je vous demande, et c’est par vos mérites que je veux et que j’espère l’obtenir. Donnez-moi le courage de vaincre les passions de la chair, par lesquelles le démon prétend

(I) Jo. iO. 27.

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me porter a vous trahir. Je vous aime, mon Jésus! je me consacre entièrement à vous ; déjà je vous appartiens, je veux vous appartenir toujours.

Marie, ma Mère et mon Espérance ! vous êtes la Mère de la persévérance : cette grâce n’est accordée que par votre intercession; obtenez-la-moi, je me confie en vous.

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