D0 DÉBAUCHÉ
Cent raille aortes de postures, Pensent voir comme la parroy Les plus grotesques aventures De Dom-Quicbote en bel arroy.
Là l'on voit en des lieux fumant Curé, barbier, niepce et nourrice, Exécuter sur les romans Les semences de leur caprice.
Certes , si l'on traitloit ainsi Les sots livres qu'on fait icy , Dont à son dam la France abonde , Je croy qu'en cet embrasement On Terrait sans la fin du monde Un petit jour du jugement.
Là, ce guidon de carnaval Choque un moine à bride abattue , Hais , n'en desplaise A son cheval , C'est-à-dire en pas de tortue ; Icy, trenchant du Fierabras, Certain moulin avec ses bras Luy fait faire en l'air une roue, Et le laisse en fort piteux train Dans un grand fossé plein de boue Aussi moulu comme le grain.
Là, les innocentes brebis, Qu'il prend pour gensdarmes superbes, Font de leur sang voir des rubis Sur les esmsraudes des herbes ; Là , les bergers au mesme lieu Sondent à beaux cailloux de Dieu Ses costes presque deschamées, Luy raflant en ces accidents Ce qu'un catherre et les années Soufîroienl qu'il luy restât de dents.
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(8 La Chambre
Le bon Sancbe j semble accourir Aux doléances de son maistre , Et , comme s'il allolt mourir , Luy faire un office de prestre.
Là dessus , panché sur le groin De ce beau chevalier de foin, Il luy visite la maschoire, Quand l'autre lu y renarde aux yeux Le baume qu'ils venoient de boire Pour se le rendre à qui mieux mieux.
Un peu plus loing on l'apperçoit Sur son rossignol d'Arcadie , Dont à la mine qui déçoit On pense ouyr la mélodie.
Proche delà, le pauvre sot Est contraint de payer l'escot Eu espèces de capriolles1, Allant conter au firmament Qu'on peut bien dancer sans violles Quand la berne sert d'instrument.
Là , blond et beau comme un Hedor , Le plat à laver de sainct Cosme ' Passe pour demy-casque d'or Sur le chef de nostre fantasme ; Là, l'escuyer tout transporté Baigne ses yeux dans la clarté De cent ducats qu'il accumule , Et , riant comme un farfadet , Se console auprès d'une mule De la perle de son baudet.
Là se bit voir, quenouille en main ,
DU DEBAUCHB. '4$
Comme une Parque de village , Dulcinée , au cœur trop humain Pour refuser un pucelage; Icy mouvant le xpoûiriov Repaire de maint p4pir<o»
Ses bras font un mestier pénible.
Où , par un juste contrepoids , Elle s'exerce avec un crible A passer le temps et des pois.
Là, Rocinante, tout gaillard,
S'émancipe à courre la bague , Et , piqué d'un désir paillard , Veut dearouiller' sa vieille dague.
Quelqu'un parmy cette rumeur L'accoste en fort mauvaise humeur, Qui vous luy taille des croupières , Et qui, pour en faire un jouet , Croyant qu'il n'ait point d'estrivieres , Vous l'eu fournit à coups de Fouet.
Vais c'est assez Quichotisô , Et si quelque bourru critique Ne dit aussi-tost sottise le n'entens rien à la pratique.
Cependant un tel repreneur Dans la lice du point d'honneur Pourroït bien gister sans litière , Et sentir sur son hocqueton Que je suis en cette matière Très asseuré de mon bas ton.
Laissant donc peter le renard Au nez delà hargneuse envie , Fust-elle chez ce vieni penard Qui blasme nostre douce rie.
De 1 "inventai ro « Tenvoycr la pièce complette , Et la jouant ur mon rebec , N'y laisser rien digne d'emplette Qui ne reçoive un coup de bec.
Noatre amj, propre en escholier, Quoy qu'il n'entra jamais en cluse , Fait d'un flacon un chandelier , Et d'un pot de chambre une tasse ; Sa longue rapière an vieux clou , Terreur de maint et maint fikra , Luy eert le pins souvent de broche, Et parfois dessin le tréteau Elle joue aussi sans reproche Le personnage du couteau.
Sa cheminée a sur les bords Quantité d'assez belles nippes Qui feroient bien toutes en corps Fagot de boots de vieilles pippet ; L'odeur du tabac allumé Y passe en l'air tout entamé Pour cassolette et pour pastille.
Si bien que dans les salles treox Des noirs cachots de la Bastille Le nez ne sent ris» de plus deux.
Quant i la vertu , trois beau dez Sont ses livres d'arithmétique.
Par lesquels maints points sont vuidex Touchant 1» nombre d'or mystique.
Il est plein de dévotion.
Dont la bonne application Se fait voir en cette manière :
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A l'usage du
Quant à du linge, en cet endroit La toillc n'est point espargnée :
11 en a plus qu'il n'en voudrait, liais cela s'entend d'araignée.
Et ^nant à l'attirail de nuit.
Sa nonchalance le réduit Au vray déshabiller d'un page.
Où leluie, mishorsd'arçon, Ne monstre pour tout esquipage Qu'un peigne dedans un chausson.
Encore ce peigne est-il fait D'un aresto de solie fritte Qu'il trouva dessous un buffet , Monstrant les dents à la marmitte.
Cendre luj vaut poudre ■d'iris'.
Dont , pour ragouster sa Cloris , Le goinfre s'espice la bure ; , Sa Cloris , s'entend sa Margot ,
i . C'était alors un jeu de valets. Il passa de l'tiulkhambre a la salle. Le curieux manuel de jeux intitulé la Maison académique (Paris , 1 654) n'en daigne pas parler ; mais les chansons de Coolanges, achevées d'imprimer pour la première fois le ii 1 - - i,dîsent(t. 3, p. 4):
i5ï La Chambre do débauché.
Où , quand Priape l'en conjure , I] s'en va dauber du gigot.
II se sert aussi quelquefois De decrotoire au lieu de brosse ; Ses ongles, plus longs que ses doits , Luy sont des curedents d'Escosse.
Pour chenet il n'a qu'un pavé , D'une botte il fait un privé , D'un boussin4 d'ail une pistache, D'une seringue un pistolet, D'un compas un fer à moustache, Et d'une rotonde un collet.
Puis quand , pour prendre son repos , Las, et non soûl de la débauche.
Il donne le bon soir aux pots - En faisant dem y-tour à gauche , De sa nappe il fait son linceul , Un six qui se plaint d'estre sent Luy fournit de couche et de table , La muraille y sert de rideau , Bref, cette chambre est une «stable Où la peste a tenu bordean,
Toutesfois, nous ne laissons pas , k Trinquans et briffans comme drôles , . D'y faire un aussi bon repas Qu'on puisse faire entre deux pôles ; Nous ybeuvonsè ta santé Du meilleur qu'ait jamais vanté François Paumier, ce grand y vrongne , Sans nul soucy de l'advenir.
Si ce n'est de revoir ta trongne Et de vivre en
i. Mot gascon ; an morceau.
C.OO^IC