LE SOLEIL LEVANT
îe déesse au teint vermeil , Que TOrient révère, } Aurore, fille du Soleil, Qui nais devant ton père , Vien soudain me rendre le jour, Pour voir l'objet de mon amour.
Certes, la nuict a trop duré ; Deaja les cocqs t'appellent :
Remonte sur ion char doré , Que les Heures attellent, Et viens montrer à tous les yeux De quel esmail tu peins les cieux.
Laisse ronfler ton vieux mary
Dessus l'oisive plume, Et pour plaire à ton favory
..Cf. Théophile, le suai», ode. — Mit. i85i,p. 1*7.
194 Le Soleil levaht.
Tes -pli» te*» fe"1 r'allume; 11 t'en conjure i haute voix, En menant son limier au bois.
Houille promptement les guerets
D'une fraische rosée , Afin que la soif de Cerès
En puisse estre appaisée , Et fay qu'on voye en cent façons Pendre tes perles aux buissons.
Hsîjetevoy, douce clarté,
Tu sois la bien Tenue :
Je te voy, céleste beauté,
Paroistresur la nue, Et ton estoile en arrivant Blanchit les costaux dn levant.
Le silence et le morne «7
Des visions funèbres Prennent la fuite devant toy
Avecqus les ténèbres, Et les bybouï qu'on oyt gémir S'en vont chercher place à dormir.
Hais, au contraire,les oyseaux
Qui charment les oreilles Accordent au doux bruit des eaux
Leurs gorges nompareilies, Celebrans les divins apas Du grand astre qui suit tes pas.
La Lune , qui le voit venh-,
En est toute confuse; Sa lueur, preste à se tenyr,
A nos yeux se refuse, Et son visage , à cet abord , Sent comme une espèce de mort.
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Le Soleil levant.
Le voilà sur notre horison
En sa pointe première.
0 que l'Ethiope a raison
D'adorer salumiere!
Et qu'il doit priser la couleur Qui luy vient de cette chaleur !
C'est le dieu sensible aux humains ,
C'est l'œil de la nature ; Sans lu; les œuvres de ses mains
Naislroient àl'advaature.
Ou plustost on verrait périr Tout ce qu'on voit croistre et fleurir. Aussi pleine d'un sainct respect,
Quand le jour se rallume , La Terre, a ce divin aspect,
N'est qu'un autel qui fume, Et qui pousse en haut comme encens Ses sacrifices in
Au vif esclat de ses rayons , Flattés d'un gay lephire ,
Ces monts sur qui nous les voyons Se changent en porphyre,
Et sa splendeur fait de tout l'air
Un long et gracieux escl air.
Bref, la nuict devant ses efforts ,
En ombres séparée, Se cache derrière les corps
De peur d'estre esclairé*, Et diminue ou va croissant, Selon qu'il monte ou qu'il descent.
Le berger, l'ayant révéré
A sa façon ebampestre, En un lieu frais et retiré
196 Le Soleil levant.
Ses brebis même paistre; Et ae plaist à voir ce flambeau Si dur, si serain, et si beau.
L'aigle, dans une aire à l'escart,
Estendant son plumage.
L'observe d'un fixe regard,
Et luy rend humble hommage.
Comme au feu le plus animé Dont son œil puisse estre charmé.
Le chevreuil solitaire et doux ,
Voyant sa clarté pure Briller sur les feuilles des houi
Et dorer leur verdure , Sans nulle crainte de veneur, T arche à luy faire quoique honneur.
Le cygne , joyeui de revoir
De qui tout semble recevoir
Chaque jour nouvelle ame.
Voudrait , pour chanter ce plaisir, Que la Parque le vint saisir.
Le saulmon, dont au renouveau
Thetis est (lespourveue , Mage doucement à fleur d'eau
Pour jouir de sa veua, Et monstre au pescheur indigent Sea riches esnailles d'argent.
L'abeille, pour boire des pleura.
Sort de sa ruche aymée.
Et va sucer l'une des fleura
Dont la plaine est semée ;
Puis de cet aliment du ciel
Elle fait la cire et le miel .
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Le SOLBIL LEVANT.
Le gentil papillon la suit
D'une aisle trémoussante ,
Et , voyant le soleil qui luit ,
Vole de plante en plante,
Pour les ad vei'tir que le jour
En ce climat est de retour.
Là, dans nos jardina embellis
lie mainte rare chose, 11 porte de la part du lys
Un baiser à la rose, Et semble, en messager discret, I.uy dire un amoureux secret.
Au mesme temps, il semble à toit
Qu'en esveillant ses charmes , Ceste belle luj fait soavoir,
Le teint baigné de larmes, Quel ennuy la va consumant D'estre si loing de son amant.
Et mesme elle lu y parle ainsi
En son muet langage ; Helas ! je deviendra^ soucy
Au mal-heur qui m'outrage , Si de ma Bdelle amitié Non fier destin ne prend pitié.
Amour, sur moy comm.
Exerce ses rapines , Et moins en mes bras qu'en mon cœur
Je porte des espines; Nais je ne vivrsy pas longtemps :
C'est le seul bien où je m'attends.
Encore si , pour reconfort ,
Quelques beaux doigts me cueillent Avant que , par un triste sort ,
8 Le Soleil levant.
Tous mes honneurs s'effeuillent, Je n'aura? rien à désirer, Et Bniray sans murmurer.
Reyoe des fleurs, apaise-toi :
Voicy venir Sylvie, Qui t'apporte en elle de quoy
Contenter cette envie , Car sa main de lys a dessein De te loger en son beau sein.
ï uelle odeur sens-je en cette chambre? B Quel doux parfum de musc et d'ambre B Me vient le cerveau resjouir Il tout le cœur espanouir?
Ha ! bon Dieu ! j'en tombe en extase :
Ces belles fleurs qui dans ce vase
Parent le haut de ce buffet
Feroient-elle bien cet effet?
A-tron bruslé de la pastille?
N'est-ce point ce vin qui pétille
Dans le cristal , que l'art humain
A fait pour couronner la main ,
Et d'où sort, quand on en veut boire.
Un air de framboise ' à la gloire
Le Melon.
Du bon terroir qui l'a porté Pour nortre étemelle santé ?
Non , ce n'est rien d'entre ces choses , Non penser, que tu me proposes.
Qu'est-ce donc! Je l'ay descouvert Dans ce panier rempli de vert :
C'est un beloj» , où la nature , Par une admirable structure, A voulu graver à l'entour Mille plaisans chiffres d'amour, Pour claire marque à tout le monde Que d'une amitié sans seconde Elle obérât ce doui manger , Et que, d'unsoucy mesnager, Travaillant aux biens de la terre.
Dans ce beau fruit seul elle enserre Toutes les aymables vertus Dont les autres sont revestus.
Baillez -le- moy, je vous en prie , Que j'en commette idolâtrie:
0 ! quelle odeur ! qu'il est pesant ! Et qu'il me charme en le baisant i Page , un Cousteau , que je l'entame ; Mais qu'auparavant on reclame , Par des soins au devoir instruits, Pomone , qui préside aui Fruits , Afin qu'au goust il se rencontre Aussi bon qui) a belle montre , Et qu'on ne trouve point en lu; Le défaut des gens d'aujourd'huy.
Nostre prière est exaucée.
Elle a reconnu ma pensée :
C'en est bit , le voilà coupé , Et mon espoir n'est point trompé.
0 dieux! que l'esclat qu'il me lance,
Le Melon.
M'en confirme bien l'eicellance !
Qui vil jamais un si beau teint '.
D'un jaune sanguin il se peint ; Il est massif jusque» au centre, 11 a peu de grains dans le ventre.
Et ce peu-là , je pense encor Que ce soient autant de grains d'or ; Il est sec, son escorce est mince ; Bref, c'est un vray manger de prince; Hais, bien que je ne te sois pas.
J'en feray pourtant un repas.
Ha! soustenez-rooy, je me pâma Ce morceau me chatouille lame; Il rend une douce liqueur Qui me va confire le cœur ; Mon appétit se rassasie De pure et nouvelle ambroisie , Et mes sens, par le goust seduils.
Au nombre d'un sont tous réduits.
Non , le cocos , fruit délectable , Qui luy tout seul fournit la table De tous les mets que le désir Puisse imaginer et choisir, Ny les baisers d'une maistresse , Quand elle-mesme nous caresse, Ny ce qu'on tire des roseaux Que Crète nourrit dans ses eaux , Ny le cher abricot , que j'ayme , Ny la fraise avecque la crème, Ny la manne qui vient du ciel Ny le pur aliment du miel , Ny la poire de Tours sacrée, Ny laverie figue sucrée, Ny la prune au jus délicat, Ny mesme le raisin muscat
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Le Melon.
(Parole pour moy bien eatrauge) , No sont qu'amertume et que fange Au prix de ce melon divin , Honneur du climat angevin'.
Que dis-je, d'Anjou? je m'abuse:
C'est un fruit du crû de ma muse, lin fruit en Parnasse eslevé , De l'eau d'Hyppocrene abreuvé , Hont qui, pour les dieux seuls, rapporte D'excelleos fruits do cette sorte, Pour estre proche du soleil, D'où leur vient ce goust nompareil :
Car il ne seroit pas croyable Qu'un lieu commun, quoy qu'agréable , Eust pu produire ainsi pour nous Rien de si bon ni de si dous.
0 vive source de lumière !
Toy dont la route cousturaiere Illumine tout l'univers; Phœbns , dieu des fruits et des vers , Qui tout vois et qui tout embrasses , Icyje te rends humbles grâces D'un cœur d'ingratitude exent, De nous avoir fait ce présent; Et veux , pour quelque récompense , Dire en ce lieu ce que je pense Et de ce me lob et de loy, Suivant les signes que j'en voy.
Hais que taudis , o chère troupe , Chacun laisse en repos la coupe, Car ce que je vous vay chanter Vaut bien qu'on daigne l'es
309 Le Melon.
Après que Jupiter, avecque son tonnerre , Eut fait la petarrade aux enfans de la terre , Et que les dieux , lassez , revindreut du combat Où Pan perdit ses gaads , Apollon son rabat, Mars l'un de ses Bouliers , Pallas une manchette, Hercule, par un trou, l'argent de sa pochette, Mercure une jartiere el Bacchus son cordon , Pour s'est re , dans les coups , jetiez à l'abandon ; Après , dis-je , ce chocq , où lasse de Silène , Aux plus mauvais garçons fit enfin perdre haleine. Par l'extrême frayeur que sa voix leur donna, Dequoy le ciel frémit et l'enfer bourdonna; On dit qu'il fut conclu qu'en signe de victoire Tout le reste dnjoursepasseroit à boire, Et que chacun d'entr'eux, fournissant au banquet, Apporterait son mets troussé comme un pacquet.
Soudain, de touscostez sur l'Olympe se virent Plats deçà, plats delà, que les Nymphes servirent , Le bras nud jusqu'au coude et le sein descouvert , Orné de quelque fleur avec un peu de vert.
Ce dieu qui des premiers autorisa l'inceste , Devant qui les plus grands de la troupe céleste , Plus petits que cirons , de peur de le fascher Noseroieot seulement ny tousser ny cracher ; L'audacieux lupin, pour commencer la dance, Et présenter à l'œil dequoy garnir la pance, Fit apporter pour soy ., dans un bassin de pris, Quantité de gibbier que son aigle avoit pris.
La superbe Junon, qui dans une charrette Que des pans font rouler, fait souvent sa retraite En l^empire incertain des animaux votans, Prit de la main d'Iris un bouquet d'ortolans • Qui fleurissoil de graisse, et convioit la bouche A luy donner des dents une prompte escarmouche, Durant qu'il estoit chaud, et qu'il s'en exhaloit
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Le Melon. ao3
Un gracieux parfum que le nez avaloit.
Le compère Dénia, à la trogne vermeille , Qui veut touejoure ohiffler, mesme quand il sommeille, Rendant de son pouvoir Ganimede eshahy, Voulut que le nectar fat place au vin d'Ay, Dont il fit apporter par ses folles Monades, Qui faisoienl en hurlant mille pantalonnades. Cinquante gros Qaccons remplis jusques aui bords, Pour le plaisir de l'âme, et pour le bien du corps,
La déesse des fours, des moulins et des plaines. Où l'œil du bon Pitaut voit l'espoir de ses peines; Celle qui, s'esclairant de deux flambeaux de pin', A force de trotter usa maint escarpin En cherchant nuit et jour la domicile ravie, Cerés au crin doré, le soustien de la vie , Munit les assistans, au lieu de pain-mollet. De biscuits à l'eau-rose, et de gasteaux au laict.
Celuy qui sur la mer impétueuse et Hère, En son humide main porte une fourche fiera, Dont il rosse les flots quand ils font les mutains, Eicitez par les vents, qui sont leurs vrais lutins, Fit servir devant luy, par la fille de chambre De madame Thetis, un plat dliuietres i l'ambre , Que l'un de ses Tritons, non pas sans en gouster, Du fond de l'Océan luy venoit d'apporter.
Celle qui sur un mont sa chasteté diffame, La princesse des flots, qui comme sage-femme Assiste à ce travail où l'on pisse des os, Et dont elle délivre en disant certains mots1; Diane, au front cornu, de qui l'humeur sauvage Ne se plaist qu'aux forests à faire dii ravage, Fit mettre sur la table un fan de daim rostj, Que d'une sauce à l'ail on avoil assorty.
Le forgeur écloppé qui fait son domicile
ao4 Lb Melon.
Parmy les pets -flambants que lasche la Sicile, Ce beau Bis qui se farde avecque du charbon, Fit porter par Slerope un monstrueux jambon Et su langues de bœuf qui, depuis mainte année En grand pontificat ornoient sa cheminée, Où tout expressément ce patron des cocus Les avoit fait fumer pour donner à Baccus.
La garce qui nasquit de l' excrément de l'onde Pour courir l'esguille tte en tous les lieux du monde , Venus, la bonne cagne aux paillards appétits, Scachaut que ses pigeons avoient eu des petits, En fit faire un pasté, que la grosse Eufrosine,
Elle-mesme apporta plein de culs d'artichaud,
Et de tout ce qui rend celuy de l'homme chaud.
Le boucq qui contraignit la nymphe des quenouilles De se précipiter dans les bras des grenouilles Pour sauver son honneur qu'il vouloit escroquer, En l'ardeur dont Amour l'estott venu pîcquer. Pan, le roy des flusteurs, de qui dans l'Arcadie Les troupeaux de brebis suivent la mélodie , Honora le festin d'un agneau bien lardé , Que des pattes du loup son chien avoit gardé.
Et, bien que l'on eust creu qu'en cet acte rebelle , La vieille au cul crotté, la terrestre Gybelle, Des orgueilleux geans eust tenu le party, Auquel en demeura pourtant le desmenty ; Elle ne laissa pas , quittant Phlegre à main gauche , Comme mère des dieux d'eslre de la débauche , Et de leur apporter, se traisnantau baston, Des champignons nouveaux , cuits au jus de mouton. Avecques de leurs sœurs, d'excellentes morilles, Et des truffes encor, ses véritables filles, Qu'un porc qu'on meine en lesse, éventant d'assez loin,
Le Melon. so5
Fouille pour nostre bouche et renverse du groin'.
Le seigneur des jardins, que les herbes révèrent, Et Vertunme et Pomone ensemble s'y trouvèrent , D'asperges , de pois verds, de salades pourveus, Et des plus rares fhiicts que jamais on eus! veus.
Bref, nul, en ce banquet, horsmis le vieux Saturne, Qui , flatté d'un espoir sanglant et taciturne, Du complot de Typhon avoit esté l'autbeur; Nul , dis-je, horsmis Mars, le grand gladiateur; Nul, horsmis le Thebain qui charge son espaule D'un arbre tout entier en guise d'une gaule ; Nul , horsmis la pucelle aux doigts laborieux , Qui de ceux d'Arachné furent victorieux ; Et nul, horsmis Mercure, en cette illustre bande, Ne vint sans apporter, par manière d'offrande, De quoy faire ripaille , ainsi que l'avoit dit Ccluy qui sur l'Olympe a le plus de crédit. Encore, entre ceux-là, l'histoire représente Que , si de rien fournir Minerve fut exente , C'est pour l'amour du soin qu'elle voulut avoir De mettre le couvert , où la belle fit voir Mainte œuvre de sa main superbement tissue ; Que quand au bon Hercule avecque sa massue , C'est qu'il estait alors , pour garder ses amis , En qualité de suisse à la porte commis ; Que, quant au furibond , au traisneur de rapière. Au soudart thracien , qui d'une ame guerrière Employé à s'habiller enclumes et marteaux , C'est qu'il eut le soucy d'aiguiser les cousteaux; Et que, pour le causeur à la mine subtile,
i. Ce vers et les trois précédents, omis dans toutes les éditions, se trouvent imprimés k part dans la 4° partie, avec cette indication : — Quatre vers i insérer dans le M tien , après a Des champignons ni
3o6 Le Melon.
De qui lu vigilance aux festins est utile ,
Et qui n'entreprend rien dont il ne Tienne à bout,
C'est qu'il s'estoit chargé de donner ordre à tout.
Or, pour venir an poinct que je vous veux déduire*. Où je prie aux bous Dieux qu'ils me veuillent conduire , Voue scaurei, compagnons, que parmy tant démets, Qui furent 1er* meilleurs qu'on mangera jamais, Etparmy tant de fruicts, dont en cette assemblée , Au grand plaisir des sens la table tut comblée , Il ne se trouva rien à l'égal d'un mloh Que Thalie apporta pour son meistre Apollon. Que ne fut-il point dit en célébrant sa gloire ! Et que ne diroil-on encore it s» mémoire T Le Temps , qui frippe tout , ce gourmand immortel , Jure n'avoir rien ven ny rien mangé de tel ! Et ce grand repreneur, qui d'une aigre, censure Touloit que par un trou l'on nous vtst la fressure , Home le mesdisant, fut contraint d'avouer Que sans nulle hyperbole on le pouvoit louer.
Dés qu'il fut sur la nape , un aigu cry de joyu Donna son corps de vent aux oreilles en proye ; Le cceiir en tressaillit , et les plus friands nés D'une si douce odeur furent tous estonnez ; Hais quand ce vint au goust, ce fut bien autre chose : Aussi d'en discourir la muse mesme n'ose; Elle dit seulement qu'en ce divin banquet Il fit cesser pour l'heure aux femmes le caquet.
Pbœbus, qui le tenoit, sentant » fantaisie D'un désir curieux en cet instant saisie , En coupe la moitié , la creuse proprement; Bref, pour finir le conte , en hit un instrument Dont la forme destruit et renverse la fable De ce qu'on a chanté , que jadis sur le sable. Mercure, trouvant mort un certain limaçon. Qui vit par fois en béate et par fois en poisson ,
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Le Melon. 307
Soudain en ramassa la cocque harmonieuse, Avec quoy, d'une main aux arts ingénieuse Aussi bien qu'aux larcins, tout à l'heure qu'il l'eut, Au bord d'une rivière il fit le premier lut.
Ainsi, de celte escorce en beauté sans pareille Fut fabriqué là-haut ce charmeur de l'oreille , D'où sortit lors un son , par accens mesuré , Plus deux que le manger qu'on en avoit tiré. Là maintes cordes d'arc, en grosseur différantes, Sous les doits d'Apollon chantèrent des courantes ; Là mille traits hardis, entremette* d'esclats , Firent caprioller les pintes et les plats ; Le plus grave des Dieux en dansa de la teste , Et le plus beau de tous, pour accomplir la teste, Joignant à ses accords son admirable voit, Desconfit les Titans une seconde (ois.
Voilà, chers auditeurs, l'effet de ma professe; Voilà ce qu'au jardin arrousé du Permesse, Terpsicoreau bon bec, pour qui j'ay de l'amour, En voyant des melons me prosna l'autre jour. J'ay trouvé qu'à propos je pouvois vous l'apprendre , Pour descbarger ma ratte et pour vous faire entendre Que je croy que ce fruit , qui possède nos yeux , Provient de celuy-Ià que briffèrent les dieux : Car leroy d'Helicon, le démon de ma veine, Dans le coin d'un mouchoir en garda de la graine, Afin que tous les ans il en pust replanter, Et d'un soiu libéral nous en faire gouster.
0 manger précieux ! délices de la bouche ! 0 doux reptile herbu , rampant sur une couche ! 0 ! beaucoup mieux que l'or, chef-d'œuvre d'Apollon ! 0 fleur de tous les fruits ! 0 ravissant melon ! Les hommes de la cour seront gens de parolle , Les bordels de Rouen seront francs de verolle. Sans vermine et sans galle on verra les pédante,
ao8 Le Melon.
Les preneurs de petun auront de belles dents.
Les femmes desbadauts ne seront plus croquettes,
Les corps pleins de santé se plairont aux clicquettes1,
Les amoureux transis ne seront plus jalous,
Les paisibles bourgeois hanteront les filous,
Les meilleurs cabarets deviendront soliteres,
Les chantres du Pont -Neuf diront de hauts mystères,
Les pauvres Quinze- Vingts vaudront trois cens argus,
Les esprits doux du temps paroistront fort aigus ,
Maillet fera des vers aussi bien que Malherbe ,
Je haycray Faret, qui se rendra superbe.
Pour amasser des biens avare je seray ,
Pour devenir plus grand mon cœur j'abesseray ,
Bref, 6 mbloh succrin , pour l'accabler de gloire ,
Des faveurs de Margot je perdra y la mémoire
Avant que je t'oublie et que ton goust charmant
Soit biffé jes cahiers du bon gros Saint-Amait.