‹ Œuvres complètes de Saint-AmantChapitre 68 sur 86 · A MONSEIGNEUR LE COMTE D'AHPAJON* ET DE RHODES · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE COMTE D'AHPAJON* ET DE RHODES

MARQUIS DE 8EVERAC

£o>SEIGNEUR,

Encore que ce me soit une espèce de honte de tous présenter un recueil oh il n'y ait rien iToatre gloire, je nelaiss:ra; pas de Tons offrir rettuy-ey , tant pour tesmoîgner en quelque sorte le ressentiment des puissantes obligations que je vous ay que pour me faire justice à moy-mesme , et donner quelques marques h tout le monde de l'ardente et laritnble inclination qui m'a porté toute ma Tie h tous honorer. Si j'estois

I. Delà rcaiion d'Arpajou. originaire du Rouergue : an en Inoib dei Uni dci le XII-, maii lurtout au XIII' rite].. — 11 porUil 4»rtele, eu premier, de gueule É l> croii de Toulon h d'or i ou ictoud, dur B quatre pell de guenie, qui eit Artf On-Serent 1 otj troitierae. de gueule à En harpe d'or, qui et! Àrpejon ; au quatrième-, d'inr É Iroia Henri de lii d'or, qui en de France , un battu d'argent, qui ust Bour -

de Tbéroinei . Gloriaade de Lauiitni; i° Mnie-EUnbtlh de Sini*ne; 1» Catherine -Henriette d'Hawourt de Benvrou. — Il fui ère* due et pair en iflâi, et mourut en 1679 à Sererac,

I, Il fut reçu chevalier de l'ordre du Saint-Eiprit a Ta promotion de tu».

3;6 Epistre.

mi faiseur de panégyriques et que mon talent s'estendint aussi bien sur la prose que peut-estre il se peut vanter par dessus le commun de s'estendre sur les vers , je lascherois , Mokseionkcb, de reparer en ce lieu l'injurieux silence de mes muses; et quand toutes les règles des epistres liminaires s'en devraient plaindre, je tous eu Terris icj une dont le volume serait de beaucoup plus gros que eelnj meame que je vous dédie. La France*, l'Alsace1, la Flandre', la Lorraine, l'Italie* et le Rousaillou", oh vos Tenus héroïques ont éclaté avec tant de succès glorieux, et pour le bien de cet Estât et pour l'honneur propre de cette grande et illustre maison dont vous estes descendu , et dans laquelle tous pouvez conter entre vos ayeux des roys d'Arragon et des comtes de Thoulouze', j fourniraient de superbe théâtre i rostre valeur. Je ferais voir que la pluspart de tous ceux qui commandent aujourd'hui dans nos armées vous ont obey, et tiennent encore à gloire d'avoir este les appreotifs d'un ai digne maistre. Je dirais que le retardement dont on a usé jusques icy à vous conférer le crade militaire' qui tous est dû est plustost une judicieuse considération que l'on fait de son peu de prix à l'esgard de vos services qu'on refus ingrat anx mérites de TOitre personne. Je m'y estendrois sur rostre fameux voyage de Malte 9, et, sans mettre en jeu uy les exagérations, ny les hyperboles, je monstrerois que le seul bruit de rostre nom et la seule crainte qu'eut le

i. An combit de Peliieant. il ref nt nenr blennm. le» ta 1611 sn

11 fui hit maréchal dé camp m eiese de Tonnerai. i.Gon.nrnenrdn Ninciel de le Lorraine , il prit Lnnéiille ■■ [on

le dei Eepagnele à Soi ni- 0 mer.

d» eleri ipi'e la dignité de mire ctail de France : il ne l'obtint leuiii ; lentement, en 1G61, deai (ni iprei celte epitre, Il fut nomma duc et p*ir. a M. d'Arpejûn neuroil décria d'être marecuel de France , el psiU fort quind Gaeiion le fut. n — V. Tellement, IV, t86. 8. En 1645, il partit TolEinUIremtnt pour détend» Malle, ittiqoee

Episïre. 377

Turc de rustre courage, de rostre conduite et de rostre langue expérience au meatier de la guerre , l'empeschereut d'assiéger cette isle-!a , et possible de réduire sous le joug ce ferme et noble rempart de la cbrestienté : de sorte que l'on peut dire, par une réflexion agréable , que rostre propre réputation s'opposa en quelque manière II elle-même , et que la grandeur de «os actions passées vous interdit alors la grandeur de tos actions à Tenir. Permeltez-nioj, s'il lousplaist, Monseignech, que je vous die, sur ce propos, combien je vous suis redevable en mon particulier de cette généreuse entreprise1, et, pour parler en poète, souffrez que je mesle ici quelques uns de mes cyprès purmy tos lauriers.

Je n'avois que deux frères , que les armes des Mah omelans m'ont ravj : le premier* fut tué en un furieux combat qui se donna a l'embouchure de ta mer Rouge, entre un vaisseau malabare qui revenait de la Heqne et un vaisseau françuis qui s'en alloit aux Indes orientales , sur lequel , tous deux poussez de la belle curiosité de voir le monde et de l'honorable ambition d'acquérir de la gloire, ils s'estoi eut embarquez ensemble au sortir des estudcs. Le second3, après avoir receu cinq ou six plaves en ce combat , dans le navire ennem; qu'ils aroient abordé; après avoir fait tout ce qu'on généreux désespoir, ou, pour mieux dire ,

Tant ce que la fanar. meiprjunt tout obitule.

1 l'Ift de lel:

p.. ete lui 1

.. Ce premier S. Ce cadet de Suint ;aic<HiiinuidoillsLfcor

■ ,GoogIe

378 Epistbi.

esloit ; après s'estre reu en mille autres périls devant cpie de revenir d'un vojage si long, si tuuardenx et si pénible ; après aToir «arvj dans la cavalerie sons le renommé comte M»ns~ feld ' ; après avoir eu l'honneur d'eslre eorneite colonelle d'un régiment français sons eet admirable roj de Suéde*, en ses plus fameuses expéditions, et pour qui j'sj fait ces vers, lirez d'une pièce que j'ay perdue :

Embauama et remplit

enfin, dis-je, pour achever ma narration, ce brave el pauvre cadet, dont on me pardonnera bien en ce lieu ce petit mot pour luy servir d'histoire, d'éloge et d'epitapbe, après avoir commande plusieurs campagnes navales un des vaisseaux de nostre puissant monarque LOUIS LE JUSTE, d'immortelle et précieuse mémoire, sous la charge de cet invincible héros , Monseigneur le'eomte de Harcourt, avec qui vous estes lié d'une amitié si parfaite, finit glorieusement ses jours par les mains des Turcs en l'isle de Candie *, il y a deui ans , estant colonel d'uu régiment d'infanterie française an service de la serenissime république de Venise, qui l'a trouvé digne de sas regrets, et qui m'a fait l'honneur de m'en fcire escrire avec des termes et des louanges capables de me consoler de sa mort ; et l'encre illustre qu'elle a daigné employer à cet effet paye avec une usure Iris-avantageuse pour moy et tréa-reconnoissante pour

i. Le «DiM d* MnmfcH . Mi naturel de P. Em«i III, légitima par l'empereur Rodolphe II, de catholique le fil eiWiuiate, el le déclara

i. Gullave-Adolphe.

■3. En iS.',J, lei Tuni, feignant d'atUfloer Halle, MJetèKHt i l'impiDTilte lur Candie et l'en tmp«»»U. Chaaiea. lia la bloquèrent pendant a$ ana. el ne la forcèrent a capituler qu'en 1669- Le papa

A », ...limitation. leiKmacoia partirent en grand nombre ponr la défense dea Venitïena et de Ui foi chrétienne,.

■ ,GoogIe

Epistrb. 379

In; le sang qu'il a respandu pour elle. Hais, Monseigneur, la perle de mes deux frères n'est pas la seule cause qui m'oblige a vous faire cette digression , que la douleur et la nature ne rendent que trop excusable et trop légitime. J'uj encore d'autres raisons de ressentiment à joindre a celle-là. Feu mon père, qui commanda autresfois, par l'espace de vingt-deux années, une escadre des vaisseaux d'Elisabeth, reine d'Angleterre, en fut trois toutes entières prisonnier dans la Tour-Noire à Constantinople ; et, comme s'il y avoit quelque fatalité barbare secrettement affectée S la destruction de nostre famille , peutestre parce qu'elle porte le nom de ce grand Gérard qui fut le célèbre instituteur de ce bel ardre des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ordre si redoutable h ceux qui professent l'infldclle secte de Mahomet, on de mes oncles gémit long-temps sons les cruelles chaisnes des Tores , et deux de mes cousins germains ont perdu la lie en combattant généreusement contre eux. Cela, Monseigneur, n'est-il pas assez remarquable et assez estrange pour estre escriten quelque lieu que ce soit , et surtout b tous, qui aymez les hautes avantnres, et qui les iriez chercher par mer et par terre Jusque* au bout du monde? Et n'ay-je pas sujet de dire encore une fois, en reprenant mon discours de Tostre voyage de Haltfae, combien je vous suis obligé plus que Ions les autres d'avoir entrepris avec tant d'ardeur et tant de resolution la deffence d'une place que menaçaient d'attaquer ceux qui ont persécuté ou fait périr la pluspart de mes parens, et desquels 11 semble que , par un dessein officieux et par un cbasliment anticipé sur le dernier outrage mesme, vous eussiez voulu prendre la vengeance pour mnyf Au reste, le noble gré qu'on vons aient d'une action si pieuse et si esctatante ne s'estendit pas seulement jusques en mon cœur, il passa bien plus avant : il fit naistre au sein du roy de Pologne, du grand et magnanime Ladislas1, une impatiente envie de vous voir, et comme il en eut fait Bous main pressentir quelque chose par deçà. , et que l'on fut bien aise qu'il se

164e. S* iMTt, Loni.e-MnriB de GoaiigDE , prti de ]■ quelle S.iul- Anui nuit le litre de fentilhomme de la chimbre . et t qui 11 dédia ■ûd Moiu, épouu JeiD-Ciiiniir frère d> Ladiilat.

■ .Copule

38o Epistre.

prescntast quelque belle occasion de se revancher des secourt dont cet excellait prince avoit oblige cette couronne, outre que c'est une maxime d 'Estât et nue prudence politique de n'envoyer aux ambassades importantes que des personnes choisies et désirées des princes mesmes à qui on les envoyé , on se servit du prétexte d'une ambassade extraordinaire pour vous envoyer avec plus d'apparat et plus d'honneur auprès de luy, qui vous souhailtoit avecqoe passion , et qui, sans doute , vouloit appuyer sur la solidité de vos graves et hardis conseils le beau projet que l'on lient qu'il avoit coneeu de porter la guerre jusque» dans le siège incarne des Ottomans. Hais, helas ! A Monseigneur! la Mort fit avorter tous ses justes et formidables desseins; elle vous donna le change, et, au lieu de trouver sa royale espouse, ma rare et divine maislresse, dans la pompe et dans la magnificence d'un trosne , vous la trouvantes, sous un voile malheureux el funeste, auprès d'un tombeau; vous la trouvastes dans une maladie que le regret et l'es tonne m ont d'une perle si sensible et d'une séparation si cruelle avoient causée ; vous trouvantes cette chaste tourterelle, cette merveille de vertus, de grâces et de beautez , toute preste h suivre son grand et cher mary, et, sans les remèdes qu'apporta rostre consolation a ses douleurs , la seule fidélité de son amour aurait lait ce que toutes les trahisons de la mort n'ont pu faire. De vous dire icy ce que voue fistes depuis en l'eslection de l'auguste prince Casimir, qui occupe si dignement la place de son prédécesseur, ce serait tomber dans une faute oit tombent presque tous les escrivains : je vous dirais ce que tous sçavei mieux que moy-mesme, et que peu de gens ignorent ; mais ce que je scay mieux que personne , puisque c'est à nous seuls h respoudre de l'intérieur de nostre conscience , c'est que celuy qui vous fait le don de ce livre, sdr lequel je reviens après un assez long destour, est plus que tous les hommes du monde ensemble,

Page 1