‹ Œuvres complètes de Saint-AmantChapitre 74 sur 86 · EPISTRE DIVERSIFIÉE · texte numérisé non relu

EPISTRE DIVERSIFIÉE

ri Monsieur Desnotebs*, secrétaire des

dément de la Serenisiime reine de Pologne.

g-SS*® e lun des bouts où les hauts Pyrénées8,

■ |S8Ve PorteDS au ciel leurs testes couronnées

1 KJPjKDepiHs, déneige et de vieux chesnes vers,

SJ69 F"00' nnmeslange etd'estez et d'hyvers,

Et dans leurs pieds, qui triomfent des ondes,

Offrent un sein aux planches vagabondes ,

Un sacré port où Venus autrefois

Eut des autels et fit chérir ses lois ,

Je té salue, et de moy je m'eslongne,

Par le souhait, pour te voir en Pologne ,

Cher Des Noyers, aymable et franc amy,

Qui pour mon bien n'es jamais endormy,

Qui des faveurs de nostre auguste reine

Me fais sentir la vertu souveraine,

i . Cette pièce répond assez à l'idée qu'on peut se faire du eoq-tt l'aue, la satire du XVIe siècle.

i. Le secrétaire des commandements de la reine de Pologne ne doit pas Être confondu avec de Nojers, le secrétaire d'Etat, ou des Noyers , le valet de chambre du cardinal de Richelieu. (Voj. Menagisna, Chevneans, et Mrmoires de Marolles.)

3. Cette pièce a esté faite l'an is4T à Colioure, dite partes Espagnols Colibre, eu la comté de Ronssillon. (S.-A.J

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Qui de mes vers lu y parles tous les jours , Qui le premier entames le discours ' De cet ouvrage où ma plume hardie Le grand Moyse a sa gloire dédie , Et qui sans fin excitas ses bontez A n'accabler de generositez ■

Les traits charmans de tes nobles missives M'en font bien voir les grâces excessives ! Ils servent bien d'infaillibles tesmoing Que mon nom règne en tes fidèles soins , Et que l'oubly, ce noir fils de l'absence , N'a peu porter son ingrate licence Jusques an point d'esteindre le flambeau D'une amitié qui doit vivre au tombeau !

Tu m'en promis la douceur perdurable Quand ce bel astre au monde incomparable , Ce rare objet de gloire et de vertu , Ce don du ciel de cent dons revestu , Ce clair prodige où brillent les merveilles Qui désormais exerceront mes veilles , Ce cœur, cette ame, aux doux charmes vainqueurs. Les seuls plaisirs des âmes et des cœurs ; Quand , dis-je enfin, ces beaux yeux nous quittèrent. Et de Paris Paris mesme emportèrent, Laissans la cour en un estât pareil A l'hemisphere au départ du soleil.

Combien alors d'yeux changez en fontaines Firent rouler de larmes incertaines '■ Combien de cris , à double fin aigus, Furent meslez de souspirs ambigus !

11 m'en souvient, nostre perte , et la gloire De cet objet ai cher à la mémoire , Rendent encor mes sentimens douteux , Et ma raison vacille devant eux.

Mais ces propos hors de propos je traça :

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C'est allier l'orage à la bonace ; Nostre interesl doit céder tout au sien , Et oostre mal s'esjoulr du son bien.

Elle est heureuse, et le saint hymenée Fait resplendir sa belle destinée ; Elle est contente, et ce grand roy du Nort En ses liens n'a pas un moindre sort.

Les beaux lauriers qu'en tant d'actes illustres Ce Mars cueillit des ses plus jeunes lustres Prennent plaisir avoir sous l'œil du jour

Ils leur font place en la verte couronne Qui dignement ses temples environne , Et leur esclat est si vif et si doux Que sur son chef l'or mesme en est jaloux.

Ha! cher amy, que je te porte envie, Lorsque je songe au bon-heur de ma vie .' Que la fortune est affable pour loy, Et que les dieux ont beny ton employ ! Tu vois brusler d'une ardeur conjugale Ce noble couple , à qui rien ne a'esgale; Tu vois leur front, où luitla majesté, Comme en un trosne à l'honneur affecté ; Tu vois fleurir l'union de leurs âmes; Tu vois l'accord de leurs pudiques Dames ; Tu vois leur foy, leurs respects mutuels. Leurs saints désirs , leurs biens perpétuels, Leurs doux transports , leurs loyales caresses , Leur amitié, leur grâce, leurs tendresses ; Et moy, chetif , je ne voy rien icy Qui de les voir m'allège le soucy.

Je ne voy rien en ces bords maritimes Osté les cieux , les monts et tes abimes , Que le théâtre ondoyant, vaste et bleu. Du fier Neptune , où maint terrible jeu

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Se représente au dommage des voiles , Qui des enfers sautant jusqu'aux estoiles. Lors que les vents , ces rapides démons , Pour l'agiter grossissent' leurs poulinons , Renversent tout, gagnent de pleine en pleine, Et ne font pas , sous leur bruyante baleine , Transir d'effroj seulement les nochers , Hais les vaisseaux, les Bots et les rochers ; Si qu'on dirait , aux efforts de leur rage , Qu'avec la nef près de faire naufrage , Et qu'en vain l'art essaye i secourir.

Le propre escueil craint mesme de périr. Là quelquefois , quand le paisible calme Sans les combattre a remporté la palme , Et que la nuict n'estale aucun flambeau , Je voy des feux se promener sur l'eau , Des feux rusez , qui de mainte chaloupe Font en des fers luire au dehors la poupe Pour attirer les poissons au trespas , Les aveuglant d'un lumineux appas*.

A ce beau piège , à. l'embusche brillante , Des innocens la presse fourmillante Donne soudain dans le Blet tendu , Et leur plaisir leur est bien cber vendu.

Ainsi voit-on , aux clairs et doubles charmes De deux soleils où l'amour prend ses armes , Les simples cœurs s'engager dans les rets , Et de cent morts subir les durs arrests.

Tantost, des airs prévoyant la colère, En ce rivage aborde une galère, Ou pour mieux dire un enfer de vivants , Une prison qui flotte aux gré des vents , Qui marche et vole , et rampe , et nage , et glisse ,

i. Pesche de sardines au feu, la nuit. (S.-A.)

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Qui bous maint bois , des bras l'aspre supplice , De-hache , rompt , fend le dos de la mer, La pousse au loin , blanchit l'azur amer, Le fait frémir à l'entour de la proue ; L'onde en murmure , et le timon qui joue Voit cent bouillons tournoyer après soy, Comme enragez qu'il donne aux flots la loy.

A l'arriver, les antennes ailées , Par mille mains sont aussy-tost calées; L'ancre s'abîsme, et le salut naval Tonne et s'enfuit au creux d'nn sombre val. D'un mesme ton nostre bronze le paye ; L'echo repart, et mugit et s'effraye , Et tous ces bruits ensemble confondus Etendent bien loin les Triions esperdus.

Au mesme instant cet illustre que j'ayme Jusqu'au degré fraternel et Bupreme , Ce cher Tilly, ce noble gouverneur, Qui dans les coups s'est acquis tant d'honneur, Et qui d'un fort tant soit peu raisonnable Feroit tout seul une place imprenable, Apprend qui c'est, et s'en va recevoir Un bon amy qui s'en vîenFau devoir. L'accueil se fait' d'une ame ouverte et libre , Et tost après, dans ce port de Colibre , Nous allons tous, en un certain batteau , Voir à loisir le mobile chasteau.

' De tous costez les membres s'y remuent , L'argent y siffle , et les forçats qui suent Des durs travaux , et presens et sonffors, Font à ce bruit sonner leurs tristes fers.

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