‹ Œuvres complètes de Saint-AmantChapitre 79 sur 86 · LES NOBLES TRIOLETS · texte numérisé non relu

LES NOBLES TRIOLETS

JBPSSSï our construire un bon triolet, $È WM " 'aul obserTer ces tro's choses, SK ï&l) Sçavoir : que l'air en soitfolet, îGbStiiKK Pour construire un bon triolet; Qu'il l'entio bien dans le rolet , Et qu'il tombe au vray lieu des pauses; Pour construire un bon triolet Il faut observer ces trois choses,

Ceux d'Albiran m'ont chatouillé , J'en ay la ratte espanouye ; Jusqu'en mon timbre tout brouillé Ceux d'Albiran m'ont chatouillé ; D'en ii uy me voilà despouillé Par leur gentillesse inoùye ; Ceux d'Albiran m'ont chatouillé J'en ay la ratte espanouye.

Puis qu'il n'est point de mardy-gras Il ne sera point de caresme ; Je n'en feray jonr en mes dras Puis qu'il n'est point de mardy-gras ; Je veux me refaire le bras , En deust crever le jeusne mesme ; Puis qu'il n'est point de mardy-gras, Il ne sera point de caresme.

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Les nobles Triolets.

La rivière, avec sa hauteur, A fait un désordre incroyable; Tout craint, en son cours destructeur, La rivière avec sa hauteur; Et j'en voy, d'un œil scrutateur, Le pont Bouge et quelqu'un au diable ; La rivière, avec sa hauteur, A fait un desordre incroyable.

On a veu noyer des poissons , Ce m'a dit Perrette la fauve ; Ouy, dans sa rue en cent façons On aveu noyer des poissons; 11 s'en est pris sans hameçons Qui semblaient crier : Sauve ! sauve ! On a veu noyer des poissons , Ce m'a dit Perrette la fauve.

A force d'estre soufre teux, Les quatre mendiants nous manquent; Plusieurs oui l'air maigre et honteux A force d'estre soufre teux.

Voire en ce temps calamiteux Les Celestins mesmes s'esflanquent; A force d'estre soufreteui, Les quatre mendiants nous manquent.

I) n'est n; figue ny raisin, 11 n'est amande ny noizette; Chés l'espicier nostre voisin 11 n'est ny figue ny raisin,- On avuidé le magasin.

Quoy qu'en rapporte la Gazette , Il n'est ny figue ny raisin , 11 n'est amande ny noisette.

Du ris , helas ! il n'en est plus ,

446 Les nobles

Soit avec on sans équivoque ; Pois, febve et lentille ont (kit Sus.

Du ris, helas ! il n'en est pins; J'en voy pleurer jusqu'aux reclus.

Se croyez pu que je me moque.

Du ris , helas I il D'en est plus , Soit avec ou sans équivoque.

Foin et paille sont achevez , On n'en trouve pas pour un double ; D'avoine nous sommes privez.

Foin et paille sont achevez ; lies chevaux s'en août mal trouvez.

Cela me despite et me trouble.

Foin et paille sont achevez.

On n'en trouve pas pour un double.

On pourra manger de la chair, Les curez l'ont permis au prosne ; Cela fait rire le boucher, On pourra manger de la chair ; Dieu acait comme il la vendra cher Quand il se verra sur son trosne !

On pourra" manger de la chair.

Les curei Font permis au prosne.

Del'asne du catholicon* Revivra peul-eslro l'histoire ; On en rira sur le bacon * De l'asne du catholicon , Et l'on vuidera le flacon Se rafraischiesant la mémoire.

De l'asne du catholicon Revivra peut-estre l'histoire.

i. Voy. Sut. Mialfftt, Rattsb., 171», t. 1*', p. ,,5. i. Bacon , vieux mol qui signifie du lard (orne. (S^-i.)

Triolets.

Un pain qui couste deux escus I Ha! ma foy, c'est un mauvais ordre.

La peste crevé le blocus !

Un pain qui couste deux escus !

Récompensons-nous aurBacchus, Puis qu'à Cerès on n'ose mordre.

Un pain qui couste deux escus 1 Ha ! ma foy, c'est un mauvais ordre.

Dès qull vient du grain au marché , IL est aussy-lost invisible; Pour le grand tout est ensaché Dès qu'il vient du grain au marcha ; Et, comme à tout autre péché, A luxure tout est loisible, Dès qu'il vient du grain au marché , Il est aussy tost invisible.

Les commissaires d es quartiers Ontpartàlaregraterie; Ils font leur bourse des setiers, Les commissaires des quartiers ; Les orfèvres sont leurs pintiers ; Ils ont de bonne argenterie.

Les commissaires des quartiers Ont part à la regraterie.

Quelque chose qu'on m'en eust dit.

Je a'aurois jamais creu ce siège ; Hon cœur en est tout interdit , Quelque chose qu'on men eust dit.

Je n'y donnois point de crédit ; Cependant je suis pris au piège.

Quelque chose qu'on m'en eust dit, Je n'aurois jamais creu ce siège.

Si j'avois esté bon devin

448 Les nobles

J'eusse bien- t os t plié bagage ; Je humerois l'air poitevin Si j'avois esté boa devin, Et, pour avoir et pain et vin, Mes gregues a yroient pas en gage.

Si j'avois esté bon devin J'eusse bien-tost plié bagage.

Ce gouverneur que j'ayme tant Au point du jour troussa ses quilles ; 11 ne me put voir eu partant.

Ce gouverneur que j'ayme tant; Or près de l'onde, au sein flottant.

Je croy qu'il cherche des coquilles.

Ce gouverneur que j'ayme tant Au point du jour troussa ses quilles.

Le diable emporte les tambours Qui m'estourdisseut la cervelle !

Dans la ville et dans les fauibours, Le diable emporte les tambours!

Ces maraux font tout à rebours Avec leur main sotte et nouvelle. Le diable emporte les tambours Qui m'estourdisseut la cervelle !

Ouy, je voudrais estre au Japon Quand j'entens tout ce tintamarre -, Ce n'est pas parler en fripon, Ouy, je voudrais estre au Japon.

Mon boste eu renasque en jupon , Et sa femme en hurle en simarre.

Ouy, je voudrais estre au Japon Quand j'entens tout ce tintamare.

Au lieu de prier à l'autel.

On caquette à langue affilée;

Triolets. 449

On chapitre monsieur un tel Au lieu de prier à l'autel ; Et de ce temps aspre et mortel Cbascune dit sa râtelée.

Au lieu de prier à l'autel , On caquette & langue affilée.

Le cas se met sur le tapis

Dès que deux badauts sont ensemble ;

Soyent debout ou soyent accroupis ,

Le cas se met sur le tapis ;

L'un dit : Tant mieux; l'autre : Tant pis ;

Et moyje dy ce qu'il me semble.

Le cas se met sur le lapis

Dès que deux badauts sont ensemble.

L'espoir nous en est donc osté1 De la foire et de ses négoces !

On perdradonc cette beauté!

L'espoir nous en est donc osté 1 Et l'on verra d'un seul costé Charlatans et bestes féroces !

L'espoir nous en est donc osté De la foire et de ses négoces !

i . La foire Saint-Germain ouiroit le S février et durcit jusqu'au dimanche des Rameaux. Elle se tenait sous des halles que l'on pourroit comparer aui halles actuelles du Temple ; dans l'enceinte se trouvoient deux rues tirées au cordeau qui se coupoient à angle droit et lapartageoient en vingv-quatre parties. Ces allées étaient garnies de marchands de toutes sortes d'objets, excepté de livres et d'armes. La foire était franche, et les marchands du dehors, comme les marchands do l'intérieur, même qui n'étoient pas maîtres, y étaient reçus. Dames et gentilshommes s'y rendoient h l'emi , et l'on s'y faisoit des cadeaux. Voj. les Mémoires de M"' de Moatpensier, elle Routai iomoeoii (Bibliothèque elzevirienne).

■ ,Googk

in Les nobles

Chacou h trouve pris uns vert En cette estrenge conjoncture.

De Januts le temple est ouvert; Chacun se trouve pris sons vert.

C'est jouera qui gaigue pert Exposant tout à l'adventure.

Chacun se trouve pris sans vert En cette estrange conjoncture.

Les partisans sont es tonnez , Ainsj que des Tondeurs de cloches; De se voir partout malmenez Les partisans sont estonnez ; A bon droit , Us sont condamnez De rendre gorge par les poches.

Les partisans sont estonnez Ainsi que des Tondeurs de cloches.

Pour m'erigeren amiral, J'entens en amiratd'eau douce, L'ordre a bien esté libéral Pour m 'ériger en amiral.

J en rendrais grâce au gênerai ; Hais on n'a pas joué du pouce Pour m'erigeren amiral, J'eotens en amiral d'eau douce.

11 se voit en ce regne-cy Bien des sottises d'importance .' J'en suis tout confus et tr ansy ; Il se voit en ce regne-cy , Bi astre Destin leveutainsj Pour exercer dame Constance, Il se voit en ce regne-cy Bien (les sottises d'importance.

Que n'en disent les estranger»

Triolets. 45i

De nostre horrible tripotage î Se peut-il voir plus de dangers Que n'en disent les estrangers?

Ha! François! Ha! monstres légers!

Hais n'en disons pas davantage Que n'en disent les eslrangers De nostre horrible tripotage.

Aux armes, 0 pauvres bourgeois !

On trouve cent sujets de larmes; On meurt de froid au bout des doigts:

Aux armes , û pauvres bourgeois !

EtMars mesme, en son propre mois, Met par force la main aux armes.

Aux armes, A pauvres bourgeois!

On trouve cent sujets de larmes.

Par la mort de nos bons soudars Nostre party souffre une injure; Nous replions nosestendars Par la mort de nos bons soudars; Hais fussions-nous percez de dars, Il ne faut pas pourtant qu'on jure :

Parla mort de nos bons soudars Noslre part; souffre une injure.

Lors que l'on parle de Clanleu*, Chascun aux plaintes je convie :

Quelle pitié de dire feu Lors que l'on parle de Clanleu !

Il perdit la main etle jeu, Et je voudrais perdre la vie.

i. Le marquis de Clanleu périt lors de l'attaque de Cnarenton par le prince de Condé , qui alors soutenoit le parti de Mazariu. — Voy. les détails dans les Mém. ithto, i, 3o3, éd. de Genève.

45i Les nobles

Lots qu» l'ou parie de Clanleu r Cbascon aux plaintes je convie.

La fin du brave Chastillon1 A mon grand regret nous en paye ; Elle est dure à maint bataillon La fin du brave Chastillon , Et sa belle, en noir cotillon *, Lu pleure a Saint-Germain-en-Laye.

La fin du brave Chastillon A mon grand regret noua en paye .

Cette rare et triste beauté An désespoir s'en abandonne ; Elle en est dans l'impiété Cette rare et triste beauté.

Et non plus qu'au sort délesté A Boy-mosrRo elle ne pardonne.

Cette rare et triste beauté An desespoir s'en abandonne.

Pardonne-raoy pourtant, lecteur»

Si contre mes règles je pèche ; Ces vers sentent le grave autheur; Pardonne moy pourtant , lecteur.

i. Le duc de ChJtillon, qui combattait dans l'armée de Condé, toi tué a ce même combat de Chsrenton. En lui s'éteignit la branche aînée de Colignj. — 9 terrier i6j9.

1. La duchesse de ChHîllon était belle comme on ange, disent les Mémoires de MëéemtUiite, qui lui est assez peu favorable. Après In mort de son mari , elle fit la coquette avec le prince de Lorraine , .qui la dédaigna. On trouve son portrait par elle-même à la fin des Mémoires de Mademoitelle , Haestricht, 1776, t. 8, p. Siri. Elle se donne un singulier éloge : ■ On ne peut pas, dit-elle, f"'~ ' bile qne je l'ai, ni le pied m

Triolets.

le suis un habile docteur, A mon propre mur je fay brèche.

Pardonne -moy pourtant, lecteur, Si contre mes règles je pèche.

Je n offense ny Dieu, ny roy, Car devant eux je m'humilie ; Peu le diront, comme je croy.

Je n'offence ny Dieu, ny roy; Je suis sage en despit de moy Au beau milieu de ma folie ; Je n'offence ny Dieu, ny roy, Car devant eux je m'humilia.

Je ne ne vante point ycy D'estre homme, et grec, et philosophe; . Quoy que plein d'un noble soucy, Je ne me vante point ycy; Je me connoy bien, Dïeumercy :

Si je ne suis de bonne estoffe, Je ne me vante point ycy D'estre homme, et grec, et philosophe.

Qu'un chascun l'imite eu ses pas , Le digne prélat de Corinthe1 ; Bien que chez luy plu s de repas , Qu'un chascun limite en ses pas ; Son fil ne noua manquera pas Pour sortir de ce labyrinthe .

Qu'un chascun l'imite en ses pas , Le digne prélat de Corinthe.

S! l'hyver nous estoit plus dons , L'estat courroit bien plus de risque ;

i. Le cardinal de Retz, Suint-Amant a'tloit ait

454 l'ES NOBLES

Leopolde1 fond r oit sur noua Si l'hyver nous estai! plus dons , Ou du moins, nous testant le pous.

Sur un fort il prendrait sa bisque.

Si l'hy ver uous estoii plus dous , L 'estât courroil bien plus de risque.

La neige conserve le» lys, Leur blancheur ommuna.la touche ; En nos jardins ensevelis La neige conserve les lys; Ils n'en seront pas moins jolis.

J'en ay tousjours ces mots en bouche:

La neige conserve les lys , Leur blancheur commune la touche.

Courage! voycy des convois* Et de la Beauce , et de la Brie !

Cela tonne de vois en vois.

Courage! voycy des convois!

Voisin, compère, tu le vois.

Enfin le bon Dieu nous abrie.

Courage ! voycy des convois Et de la Beauce , et de la Brie î

Il vient avecques force veaux , Force asnes chargez de farine , Des choux , des oignons , des naveaux ; Il vient avecques force veaux.

Ce nous seront des fruits nouveaux, Dit une bonne pèlerine.

i. L'archiduc Léopold , généralissime de l'année des lmpérjaui depuis i6t,o.

i. La Gatelte burlesque rie la guerre de Paris donne h chaque page des détails sur ces convois sans cesse attaquas , disputes ,

Il vient avecques force veaux , Force asn.es chargez de farine.

On voit entrer de toutes pars Quantité de bestes à. corne; Porcs et moutons , aux champs espars , On voit entrer de toutes pars ; On en dance sur nos rempars.

Il ne faut donc plus estre morne :

On voit entrer de toutes pars Quantité de bestes à corne.

Le capitaine , en les voyant , Saute et rit sous son beau pennache ; 11 en a l'œil tout flamboyant.

Le capitaine , en les voyant , Est d'an appétit foudroyant ; Il dit : Bon , bon pour ma ganache.

Le capitaine, en les voyant, Saute et rit sous Bon beau pennache.

Les braves Nonnans sont pour nous , Ils ne s'en veulent point desdire ; Ne craignons plus tigres ny lous , Les braves Nonnans sont pour nous.

On en boira du sidre dous A la grandeur de nostre sire.

Les braves Nonnans sont pour nous , Us ne s'en veulent point desdire.

Les rares chansons du Pont-Neuf Espousent les rares libelles.

On les oit entre huit et neuf, Les rares chansons du Pont-Neuf; Leur papier est moins blanc qu'un œuf, Mais mon laquais les trouve belles.

456 Les NOBLES

Les rares chanson l du Pont- Neuf Eppousont les rares libelles.

Pour maintenir sa liberté.

Paria souffre ses propres ebaisnea ; . Il se porte à l'extrémité Pour maintenir sa liberté ; Et, respectant la Majesté , A sa bouche il lasebe le» resnes.

Pour maintenir sa liberté , Paris souffre ses propres ebaisnea.

Par ce juste et sage moyen Aux Hasaniels1 on fait la nique Le chanoine ronfle en doyen Par ce juste et sage moyen ; Et chez le riche citoyen On berne la terreur panique; Par ce juste et sage moyen Aux Masaniels on fait la nique.

Quand on amené un espion*, On croît avoir fait des merveilles ; On dit : Le vaillant champion !

Quand on amené un espion; C'est donner eschec d'un pion , C'est mériter mille bouteilles.

Quand on amené un espion, On croit avoir fait des merveilles.

Un courrier d'Espagne est venu',

i. Masaniels , S cause de Masauréto, anthrur des premiffl mouvemens do Naples. (S.-A.)

a. i a plus importante de ces arrestations fut celle du partisan La Ralliera , 16 janvier. — Voy. Gaulle forlufw.

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