ACTE IV, SCÈNE V
SIMPLE. — J'aurais voulu pouvoir parler à la femme en personne. J'avais d'autres choses à lui demander encore de sa part.
FALSTAFF. — Quelles (Choses? Dites-les-nous.
l'hote. — Oui, allons, sur-le-champ.
SIMPLE. — Je ne peux pas les dissimuler.
FALSTAFF. — Dissimule-lcs, ou tu es mort.
SIMPLE.— Eh bien, monsieur, ce n est pas autre chose que concernant mistriss Anne Page, pour savoir si c*est la destinée de mon maître de l'avoir ou non.
FALSTAFF. — Oui, oui, c'est sa destinée.
SIMPLE. — Quoi, monsieur?
FALSTAFF.— De Tavoir ou non. Allez, rapportez-lui que la vieille femme me l'a dit ainsi.
SIMPLE. — Puis-je prendre la liberté de le lui dire ainsi, monsieur?
FALSTAFF, — Olû , mou garçou * , prenez cette grande 'liberté.
SIMPLE. — Je remercie Votre Seigneurie. Je réjouirai mon maître par ces bonnes nouvelles.
(Simple sort.)
L*HOTE. — Tu es un savant, tu es un savant, sir John. Avais-tu réellement une devineresse chez toi ?
FALSTAFF. — Oui, j'cu avais une, mon hôte, une qui m'a appris plus de choses que je n'en avais su dans toute ma vie, et je n'ai rien payé pour cela : c'est moi qu'on a payé pour apprendre.
(Entre Bardolph.)
BARDOLPH. — Hélas! merci de nous, monsieur; nous sommes volés, volés, en conscience.
l'hote. — Où sont mes chevaux? Rends-moi bon compte de mes chevaux, coquin.
BARDOLPH. — Partis avec les filous. Aussitôt que nous avons dépassé Eton, j'étais en croupe derrière Tun d'eux ; ils me prennent et me jettent dans un fossé plein de boue : tous trois piquent, et les voilà partis comme trois diables allemands, trois docteurs Faust.
* Master tike. Maître tique. Il est impossible de rendre et même de comprendre le sens de ce sobriquet.
l'hote. — Ils ont été à la rencontre de leur duc, coquin; ne dis point qu'ils ont pris la fuiie : les Allemands sont d'honnêtes gens.
(Entre sir Hugh Evans.)
EVANS.— Où est notre hôte?
l'hote. — De quoi s agit-il, monsieur?
EVANS. — Tenez l'œil à vos écots. Un de mes arnis qui vient de se rendre à la ville, m'a dit qu'il y avait trois Allemands * qui ont volé à tous les hôtes de Readings, de Maidenhead et de Colebrook, leurs chevaux et leur argent. Je vous en informe par bonne volonté, voyezvous. Vous êtes prudent, vous êtes rempli de sarcasmes et de plaisanteries pour rire : il ne convient pas que vous soyez dupé. Adieu.
(Il sort.) (Entre Caius.)
CAnis. — Où est mon hôte de la Jarretière ?
l'hote. — ^Le voici, monsieur le docteur, dans la per^ plea^ité, et dans un dilemme fort obscur.
CAros. — Je ne sais pas ce que c'est; mais on me dit que vous faites de grands préparatifs pour un duc de Germanie. Sur ma foi, on ne sait pas à la cour qu'il vienne un duc comme cela. Je vous dis ceci par bonne volonté. Adieu.
[(Il sort.)
l'hote. — Au secours I haro I Cours, traître I — Assistezmoi, chevalier. Je suis ruiné. Cours vite. Crie haro, crie. Traître, je suis ruiné.
(L'hôte etBardolph sortent.)
PALSTAFF, seul. — Jo voudrais que le monde entier fût dupé, puisque je Fai été, moi, et de plus battu. Si l'on venait à savoir à la cour comment j'ai été métamorphosé, et comment dans cette métamorphose j'ai été baigné et bâtonné, ils me feraient fondre ma graisse goutte à goutte pour en huiler les bottes des pêcheurs. Je réponds qu'ils m'assommeraient de leurs bons mots,
* Couzin germwnSf hathavecozened.Jenàemois intraduisible sur cosen (filouter), eosener germans (filous allemands) et Texpression française de cousins germains.