ACTE IV, SCÈNE I
ARTHUR. — Hélas ! qu'avez- vous besoin d'être si rude et si brusque? Je ne me débattrai pas, je resterai immobile comme la pierre. Pour l'amour du ciel, Hubert, que je ne sois pas liél — Écoutez-moi, Hubert, renvoyez ces hommes , et je vais m'asseoir tranquille comme un agneau : je ne remuerai pas, je ne frémirai pas, je ne dirai pas une seule parole, je ne regarderai pas le fer avec colère. Renvoyez seulement ces hommes, et je vous pardonnerai, quelque tourment que vous me fassiez souffrir.
miBERT. — Allez, demeurez là dedans ; laissez-moi seul avec lui.
UN DES SATELLITES. — Je suls bien content d'être dispensé d'une pareille action.
(Sortent les ■atellites.)
ARTmjR. — Hélas! j'ai renvoyé par mes reproches mon ami : il' a l'air sévère, mais le cœur tendre. Laissez-le revenir, afin que sa compassion réveille la vôtre.
HUBERT. — Allons, enfant; préparez-vous.
ARTHUR. — N'y a-t-il plus de remède?
HUBERT. — Pas d'autre que de perdre vos yeux.
ARTHUR. — Oh ciell que n'avez-vous dauas les vôtres seulement un atome, un grain de sable ou de poussière, un moucheron, un cheveu. égaré, quelque chose qui pût offenser cet organe précieux ! Alors, sentant vous-même combien les plus petites choses y sont douloureuses, votre odieux projet vous paraîtrait horrible.
HUBERT. — Est-ce là ce que vous avez promis? Allons, taisez-vous.
ARTHUR. —Hubert, les paroles d'un couple de langues ne seraient pas trop pour plaider la cause d'une paire d'yeux. Ne m'obligez pas à me taire, Hubert, ne m'y obligez pas ; ou bien, Hubert, si vous voulez, coupezmoi la langue, afin que je puisse garder mes yeux. Oh I épargnez mes yeux, quand ils ne devraient plus me servir jamais qu'à vous voir. — Tenez, sur ma parole, le fer est froid, et il ne me ferait aucun mal.
HUBERT. — Je puis le réchauffer, enfant.
ARTHUR. — Non, en bonne foi : le feu, créé pour nous
réconforter, est mort de douleur de se voir employé à des cruautés si peu méritées. Voyez vous-même : il n'y a point de malice dans ce charbon enflammé ; le souffle du ciel en a chassé toute ardeur, et a couvert sa tête des cendres du repentir.
HUBERT. — ^Mais mon souffle peut le ranimer, enfant.
ARTHUR. — Cela ne servirait qu'à le faire rougir et brûler de honte de vos procédés, Hubert : peut-être même qu'il lancerait des étincelles dans vos yeux, et que, comme un dogue qu'on force de combattre, il s'attaquerait à son maître qui le poTisse malgré lui. Tout ce que vous voulez employer pour me faire du mal vous refuse le service. Vous seul n'avez point cette pitié qui s'étend jusqu'au fer cruel et au feu, êtres con&us pour servir aux usages impitoyables.
HUBERT. — ^Eh bien I vois pour vivre * I Je ne toucherais pas à tes yeux pour tous les trésors que possède ton oncle. Cependant j'avais juré, et j'avais résolu, enfant, de te brûler les yeux avec ce fer.
ARTHUR. — Ah ! maintenant vous ressemblez à Hubert ; tout ce temps vous étiez déguisé.
HUBERT.-— Paix I pas un mot de plus; adieu. îl faut que votre oncle vous croie mort. Je vais charger ces farouches espions de rapports trompeurs. Toi, joli enfant, dors sans inquiétude, et sois certain que, pour tous les biens de Tunivers, Hubert ne te fera jamais de mal.
ARTHUR. — Oh ciel ! — Je vous remercie, Hubert.
HUBERT. — Silence I pas un mot ; rentre sans bruit avec moi. Je m'expose pour toi à de grands dangers.
1 See to Uoe. Les commentateurs sont embarrassés sur le sens de cette expression, qui parait suffisamment expliquée par la promesse qu'avait faite Hubert à Jean d'ôter la vie à Arthur, et les détails subséquents à cette scène qui prouvent que c'était bien là son dessein. On voit dans le moyen âge plusieurs de ceux dont les yeux ont été brûlés périr dans ce supplice, ou par ses suites. L'opération devait probablement être faite sur Arthur de manière à avoir ce résultat.