‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 157 sur 301 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Toujours en Angleterre.— Une salle d'apparat dans le palais.

ErUrerU LE ROI JEAN, couronné; PEMBROKE, SALIS- BURY et autres seigneurs, — Le roi monte sur son trône,

LE ROI JEAN. — ^Nous I10U8 revoyons encore assis dans ce palais, couronné une seconde fois; et nous l'espérons, nous y sommes vu d'im œil joyeux.

PEMBROKE. — Cette seconde fois, n'était qu'il a plu à Votre Majesté que cela fût ainsi, était une fois de trop. Vous aviez été couronné auparavant, et jamais depuis vous n'aviez été dépouillé de la majesté royale ; jamais aucune révolte n'avait donné atteinte à la foi de vos sujets; le pays n'avait été troublé d'aucime atteinte nouvelle, d'aucun désir de changement ou d'un état meilleur.

SALisBURY. — C'est douc une inutile et ridicule surabondance que de vouloir s'entourer d'une double pompe, que de parer un titre déjà précieux, que de dorer l'or fin, de teindre le lis, de parfumer la violette, de polir la glace ou d'ajouter de nouvelles couleurs à Tarc-en-ciel, et de chercher à éclairer l'œil brOlant des cieux.

PEMBROKE. — Si ce u'ost qu'il faut accomplir le bon plaisir de Votre Majesté, cet acte est comme un vieux conte i^it de nouveau et dont la dernière répétition devient fâcheuse lorsqu'elle tombe hors de propos.

SALISBURY. — Il défigure Taspect antique et respectable de nos simples et anciennes formes, comme le vent qui change dans les voiles fait errer le cours des pensées ; il éveille et alarme la réflexion, affaiblit la stabihté des opinions, rend suspect même ce qui est légitime en le couvrant de vêtements d'ime mode si nouvelle.

PEMBROKE. — ^L'ouvrier qui veut faire mieux que bien perd son habileté dans les efforts de son ambition ; et

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souvent en cherchant à excuser une faute, on l'aggrave par Texcuse même , comme une pièce posée sur. une petite déchirure fait un plus mauvais effet en caciiant le défaut, que ne faisait le défaut lui-même avant qu'il fût ainsi rapiécé.

SALTSBURY. — C'est pourquol avant votre nouveau couronnement nous vous avons déclaré notre avis j mais il n'a pas plu à Votre Altesse de l'écouter. Au reste, nous sommes tous satisfaits, puisque nos volontés doivent en tout et en partie s'arrêter devant celle de Votre Altesse.

LB Boi JBAN.— Je vous al fait part de quelques-unes des raisons de ce double couronnement, et je les crois fortds; et lorsque mes craintes seront diminuées, je vous en communiquerai d'autres plus fortes encore. Cependant, indiquez les abus dont vous demandez la réforme, et vous verrez bien avec quel empressement j'écouterai et j'accorderai vos demandes.

PEMBROKE. — Eh bien, comme l'organe de ceux que voici i et pour vous découvrir les pensées de leurs cœurs; pour moi comme pour eux, mais surtout pour votre sûreté i dont eux et moi faisons notre soin le plus cher, je vous demande avec instance la liberté d'Arthur, dont la captivité porte les lèvres du mécontentement, toujours prêtes au murmure, à ce raisonnement dangereux : Si ce que vous possédez en paix vous le possédez ajuste titre, pourquoi donc ces craintes, cottipagnes, dit-on, des pas de l'injustice, vous portent-elles à séquestrer ainsi votre jeune parent? Pourquoi étouffer sa vie sous une ignorance barbare, et priver sa jeimesse de l'avantage précieux d'une bonne éducation? Afin que dans les conjonctures présentes vos ennemis ne puissent armer de ce prétexte les occasions, souffrez que la requête que vous nous avez ordonné de vous présenter soit pour sa liberté. Nous ne vous la demandons point pour notre avantage, si ce n'est que notre intérêt est attaché au vôtre, et que votre intérêt est de le mettre en liberté.

LE ROI JEAN. — Soit, je coufie sa jeunesse à vos soins. (Entre Hv^ert,) — Hubert, quelle nouvelle m'apportezvous?

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