ACTE IV, SCÈNE II. S
PEMBROKE. — Voilà Thomme qui était chargé de cette exécution sanglante. Il a montré son ordre à un de mes amis. L'image dô quelque odieuse scélératesse vit dans ses yeux. Son air en dessous porte toutes les apparences d'un cœur bien troublé, et je crains beaucoup que l'acte dont nous avions peur qu'il n'eût été chargé ne soit consommé.
sALisBURY. — Les coulôuTô du roi vont et viennent entre sa conscience et son projet comme les hérauts entre deux terribles armées en présence. Sa passion est mûre ; il faut qu'elle crève.
PEMBROKE. — Et si elle créve^ nous en Verrons sortir, je le crains bien,raffireuse corruption de la mort d'un aimable enfant.
LE ROI JEAN.— 'Nous uo pouvous arrêter le bras inflexible de la mort. Ghers seigneurs, bien que ma volonté d'accorder existe toujours, Tobjet de votre requête est mort. — Il nous apprend qu'Arthur est décédé de cette nuit.
sALisBURY. — ^Nous avious craint, en effet, que son mal ne fût au-dessus de tout remède.
PEMBROKE. — Oui, uous avous su combien sa mort était prochaine, avant même que l'enfant se sentit malade. — Il faudra rendre compte de cela ici ou ailleurs.
LE ROI JEAN.— Pourquoi tournez-vous sur moi de si graves regards? Pensez-vous que j'aie en mes mains les ciseaux de la destinée? Puis-je commander au pouls de la vie ?
SALISBURY. — ^La tricherie est visible, et c'est une honte qu'un roi la laisse si grossièrement apercevoir. Prospérez dans votre jeu : adieu.
PEMBROKE. — Arrête, lord Salisbury; je vais avec toi chercher l'héritage de ce pauvre enfant, ce petit royaume d'un tombeau dans lequel on l'a forcé d'entrer. Troie pieds de terre renferment le cœur à qui appartenait toute .l'étendue de cette lie. — Quel mauvais monde cependant 1— Cela n'est pas supportable; cela éclatera pour notre chagrin à tous , et avant peu, je le crains bien.
LE ROI JEAN.— Ils brûlent d'indignation. Je me repens : on ne peut établir sur le sang aucun fondement solide. On n'assure point sa vie sur la mort des autres. (Entre im messager,) — Tu as Pair effrayé ; où est ce sang que j'ai vu habiter sur tes joues? Un ciel si ténébreux ne s'éclaircit pas sans tempêtes. Fais crever Forage ; comment tout va-t-il en France ?
LE MESSAGER.— Tout va de France en Angleterre : jamais on n'a vu dans le corps d'une nation lever une telle armée pour une expédition étrangère. Ils ont appris à imiter votre diligence ; car au moment où l'on devrait vous apprendre leurs préparatifs, arrive la nouvelle de leur débarquement.
LE ROI JEAN. — Dans quelle ivresse s'est donc trouvée plongée notre vigilance? Qui a pu l'endormir ainsi? Où est Fattention de ma mère que la France ait pu lever une telle armée sans qu'elle en ait entendu parler?
LE MESSAGER. — Mou prlucc, la poussière lui a bouché les oreilles. Votre noble mère est morte le premier jour d'avril; et j'ai entendu dire, seigneur, que la princesse Constance était morte trois jours avant dans un accès de frénésie : mais quant à ceci, je ne le sais que vaguement par le bruit public. Je ne sais si c'est vrai ou faux.
LE ROI JEAN. — Suspends ta rapidité, occasion terrible! Ohl fais un pacte avec moi jusqu'à ce que j'aie satisfait ' mes pairs mécontents. — Quoi! ma mère est morte ! Dans quel désordre sont maintenant nos affaires en France? Et sous le commandement de qui vient cette armée française que tu me dis positivement être entrée en Angleterre?
LE MESSAGER.— Du dauphin.
(Entrent le Bâtard et Pierre de Pomfret.)
LE ROI JEAN.— Tu m'as tout étourdi par ces fâcheuses nouvelles. — Eh bien, que dit le monde de nos procédés? Ne cherchez pas à me farcir encore la tête de mauvaises nouvelles, car elle en est pleine.
LE BATARD. — Mais si vous avez peur d'apprendre le pis, laissez donc ce qu'il y a de pis tomber sur votre tête sans que vous en ayez été averti.