ACTE I, SCÈNE II
LA DUCHESSE DE Gi.ocESTER. — A qui donc, hélasl puisje porter ma plainte?
GAUNT. — Au ciel, qui est le champion et le défenseur de la veuve.
LA DUCHESSE DE GLOCESTER. — Eh bien ! je me plaindrai à lui. Adieu, vieux Gaunt. Tu vas à Goventry pour voir le combat de notre cousin d'Hereford et du perfide Mowbray . Oh ! fais peser sur la lance d'Hereford les injures de mon mari, afin qu'elle entre dans le cœur de l'assassin Mowbray ; ^u si, par un malheur, elle manquait la première passe, que les crimes de Mowbray surchargent tellement son sein que les reins de son coursier écumant en soient rompus et que le cavalier tombe la tête la première dans l'arène, lâche, tremblant, à la merci de mon cousin d'Hereford î Adieu, vieux Gaunt : celle qui fut un jour la femme de ton frère finira sa vie avec sa compagne, la douleur.
GAUNT. — Adieu, ma sœur ; il faut que je me rende à Goventry. Que tout le bien que je te souhaite m'accompagne !
LA DUCHESSE DE GLOCESTER. — Un mot eucore. La douleur, en tombant, rebondit non par le vide, mais par le poids. Je prends congé de toi avant que je t'aie encore rien dit, car le chagrin ne finit pas là où il semble fini : rappelle-moi au souvenir de mon frère York. . . . Oui, voilà tout.... Mais non, ne pars pas encore ainsi ; quoique ce soit tout, ne t'en va pas si vite.... Je puis me rappeler autre chose. Prie-le.... oh! de quoi?.... de se hâter de venir me voir à Plashy. Hélas ! que viendra-t-il y voir, ce bon vieux York, que des appartements déserts, des murailles dépouillées, des cuisines dépeuplées, un pavé qu'on ne foule plus. Et pour sa bienvenue, quelle autre réception Irouvera-t-il que mes gémissements? Rappellemoi donc seulement à son souvenir; qu'il ne vienne pas chercher en ce lieu la tristesse qui habite partout: désolée, désolée je m'en irai d'ici et je mourrai. Mes yeux en pleurs te disent le dernier adieu,
(Us sortent.)
306 SICBARD II.