‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 193 sur 301 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

YORK. — Je n'en serai pas témoin. Adieu, mon souverain.— Personne ne peut dire quelles seront les suites de ceci : mais d'injustes actions donnent lieu de présumer que leurs suites ne peuvent jamais être heureuses.

(H sort.)

RICHARD. — Bushy, allez sans délai trouver le comte de Wiltshire*; dites-lui de se rendre auprès de nous à Ely- House, pour voir à cette affaire. Demain nous partons pour l'Irlande, et je crois qu'il en est bien temps. Nous créons notre oncle York lord gouverneur de l'Angleterre en notre absence, car c'est un homme juste et qui nous a toujours tendrement aimé. — Venez, ma reine; demain il faudra nous séparer : réjouissons-nous, car nous n'avons que peu de temps à passer ensemble.

(Fanfares.— Sortent le roi, la reine, Bushy, Aumerle, Green et Bagot.)

NORTHUMBERLAND. — Eh bien, scigueur, le duc de Lancastre est donc mort?

ROSS. — Et vivant, car maintenant son flls est duc.

wiLLouGHBY. — Dé uom seulement, mais non quant au revenu.

NORTHUMBERLAND. — Il Serait riche en titre et en fortune si la justice avait ses droits.

ROSS. — Mon cœur est grand, mais il rompra sous le silence avant que je donne à mes paroles la liberté de le décharger.

NORTHUMBERLAND.— Allons, dis ce quo tu penses, et que la parole soit interdite pour jamais à celui qui répétera les tiennes pour te nuire !

WILLOUGHBY.— Ce que tu veux dire intéresse- t-il le duc d'Hereford? S'il en est ainsi, parle hardiment, ami : j'ai l'oreille fine pour entendre ce qui lui est bon.

ROSS. — Je ne puis lui être bon à rien du tout, à moins que vous n'appeliez^ lui être bon à quelque chose de le plaindre en le voyant ainsi dépouillé et mutilé ' dans son patrimoine.

1 Ce fut, selon le bruit qui en courut alors, au comte de Wiltshire, à Bushj, à Green et à Bagot que le roi afferma son royaume. « Gelded.

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NORTHUMBERLAND. — Par le ciel, c'est une honte de souffrir dans ce royaume en décadence qu'on lui fasse de semblables injustices, à lui prince du sang royal, et à tant d'autres de noble race. Le roi n'est plus lui-même \ il se laisse lâchement gouverner par des flatteurs; et tout ce qu'ils voudront raconter par pure haine contre chacun de nous tous, le roi le poursuivra avec rigueur contre nous, notre vie, nos enfants et nos héritiers.

ROSS. — Il a ruiné les communes par des taxes accablantes, et il a tout à fait perdu leurs cœurs : il a, pour de vieilles querelles, condamné les nobles à des amendes, et il a aussi perdu leurs cœurs.

wiLLOuGHBY. — Et chaquo jour on invente de nouvelles exactions, comme blancs seings^ dons gratuits, et je ne sais pas quoi. Mais, au nom de Dieu, que devient tout cela?

NORTHUMBERLAND. — Ce u'cst pas la guerro qui l'a consumé, car il n'a point fait la guerre : il a honteusement livré pat contrat ce que ses ancêtres avaient conquis à force de coupa : il a plus dépensé dans la paix qu'ils n'ont fait dans toutes leurs guerres.

ROSS. — Le comte de Wiltshire tient le royaume à ferme.

wiLLOUGHBT. — Le Toi s'est fait banqueroutier, comme un homme ruiné.

NORTHUMBERLA.ND. — L'opprobrc et la destruction sont suspendus sur sa tête.

ROSS. — Malgré ses lourdes taxes, il n'aura point d'argent poul* ces guerres d'Irlande, s'il ne le vole au duc banni.

NORTHUMBERLAND. — Son uoblo parcut ! — 0 roi dégénéré ! — Mais, railords, nous entendons siffler cette horrible tempête, et nous ne cherchons aucun abri contre l'orage. Nous voyons les vents serrer de près nos voiles, et, sans songer à les carguer, nous nous laissons tranquillement périr.

ROSS. — ^Nous voyons le naufrage qui nous attend, et le danger est inévitable maintenant, parce que nou& avons trop supporté les causes de notre perte.

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