ACTE m, SCÈNE IIL
q\)9 UQus gommes al^andonné et dénué d^axnis, sachez que mon maître, le Dieu tout-puissant, assemble dans ses nuages en notre faveur des armées de pestes qui frapperont vos enfants encore à naître, encore non engendrés, parce que vous avez levé vos mains vassales contre ma tête, et menacé la gloire de ma précieuse couronne. Dis à Bolingbroke (car je crois le voir là-bas) que chaque pas qu'il fait dans mes Etats est une dangereuse trahison. Il vient ouvrir le rouge testament de la guerre sanglante : mais avant que la couronne où visent ses regards repose en paix sur sa tête, les couronnes ensanglantées des crânes de dix mille fils de bonnes mères dépareront dans sa fleur la face de l'Angleterre, changeront la blancheur du teint virginal de sa Paix en une rougeur d'indignation, et humecteront l'herbe de ses pâturages du sang des fidèles Anglais.
NORTHUMBERLAND. — Le roi des cieux nous préserve de voir le roi notre maître ainsi assailli par des armes à la fois concitoyennes et ennemies * I Ton trois fois noble cousin Henri Bolingbroke te baise humblement la main ; et il jure par la tombe honorable qui recouvre les os de ton royal aïeul, par la royale noblesse de votre sang à tous deux, ruisseaux sortis d'une seule source très-précieuse, par le bras enseveli du belliqueux Gaunt, par sa propre valeur et son honneur personnel, serment qui comprend toutes les paroles et tous les serments, que son retour dans ce royaume n'a d'autre but que de réclamer son illustre héritage, et de te demander à genoux l'annulation immédiate de son arrêt d'exil. Dès qu'une fois Votre Majesté aura souscrit à sa demande, il abandonnera à la rouille ses armes brillantes, rendra ses chevaux armés en guerre à leurs écuries, et son cœur au fidèle service de Votre Majesté. Voilà ce qu'il jure, et.
i Should so with dvil and uncivil arms
BerusVdupon,
Le jeu de mots entre civil ei uncivil était impossible à reproduire dans le français, qui n'a pas conseryé à incivil son' sens propre.
sur sa foi de prince, il promet de Tobserver : et moi, j'en réponds comme gentilhomme.
RICHARD. — Northumberland , dis-lui : «Voici la réponse du roi : Son noble cousin est le bienvenu ici, et toutes ses justes demandes seront satisfaites sans contradiction; » et dans les termes les plus gracieux que tu possèdes, parle à son affection de mes tendres sentiments. (A AiwnerZe.)— Nous nous abaissons, cousin, n'estil pas -vrai, en montrant tant de faiblesse et en parlant avec tant de douceur? Rappellerons-nous Northumberland, et enverrons-nous un défi au traître, pour mourir ainsi ?
AUMERLE. — Non, mou bon maître; combattons avec de bonnes paroles jusqu'à ce que le temps nous prête des amis, et ces amis le secours de leurs épées.
RiCHARD.—P Dieu, ô Dieu I que ma bouche, qui a prononcé Je terrible arrêt du bannissement contre cet homme hautain, le révoque aujourd'hui par des paroles si douces ! Oh ! que ne suis-je aussi grand que ma douleur, ou moins grand que mon nom I Que ne puis-je oublier ce que j'ai été, ou cesser de me rappeler ce que je suis à présent! Tu te gonfles, cœur superbe? Jeté mettrai en liberté de battre, puisque mes ennemis ont la liberté de battre toi et moi.
AUMERLE. — Voilà Northumborland que Bolingbroke renvoie.
RICHARD. — Que doit faire le roi maintenant? Faut-il qu'il se soumette? le roi se soumettra. Faut-il qu'il soit déposé? le roi y consentira. Lui faut-il perdre le titre de roi? Au nom de Dieu, qu'on me Tôte I Je changerai mes joyaux contre un chapelet, mes palais somptueux contre un ermitage, mes brillants vêtements contre la robe du mendiant, mes coupes ciselées pour un plat de bois, mon sceptre pour un bâton de pèlerin, tous mes sujets pour une couple de saints sculptés, et mon vaste royaume pour un petit tombeau, un petit, petit tombeau, un tombeau obscur ! Ou peut-être serai-je enseveli sur quelque route royale, sur quelque chemin fréquenté où les piedB de mes sujets pourront à toute heure fouler