ACTE III, SCÈNE III. 3S
la tête de leur souverain ; car c'est mon cœur qu'ils foulent aux pieds, moi encore vivant; une fois enseveli, pourquoi ne fouleraient-ils pas ma tête? — Aumerle, tu pleures, mon cousin au cœur tendre I De nos larmes méprisées nous susciterons une tempête ; elles et nos soupirs détruiront la moisson de Tété, et amèneront la famine dans cette terre révoltée ; ou bien dous feronsnous un jeu de nos maux, et prendrons-nous nos larmes pour le sujet de quelque joli pari, comme de les faire tomber sur un seul endroit jusqu'à ce qu'elles nous aient creusé deux tombeaux dans la terre, et que là, couchés tous deux, on y ^puisse graver : Là gisent deux parents qui se sont creusé leur tombeau des larmes de leurs yeux? Ce malheur n'aurait-il pas bonne grâce? — Allons, allons, je vois que je parle follement, et que tu te moques de moi . — Très-puissant prince , milord Nor thumberland, que dit le roiBolingbroke ? Sa Majesté veut-elle permettre à Richard de vivre jusqu'à ce que Richard meure? — Vous saluez; c'est-à-dire que Bolingbroke dit oui.
NORTHUMBERLAND. — Scigncur, il VOUS attend dans la cour basse pour conférer avec vous. Yous plaît-il de descendre?
RICHARD.— Je descends! je descends comme le brillant Phaéton hors d'état *de gouverner des coursiers indociles ! (Northumherland se retire vers Bolinghrolm,) Dans la cour basse? c'est une cour basse que celle où les rois s'abaissent jusqu'à obéir à l'appel des traîtres, et à leur faire grâce! Dans la cour basse? Descendons! A bas, cour ! à bas, roi I car les hiboux de la nuit font entendre leurs cris là où l'alouette devrait s'élever en chantant.
(Le roi et les lords se retirent d^es remparts.)
BOLINGBROKE, à NorthumheHand.—Que dit Sa Majesté?
NORTHUMBERLAND. — La tristesso ct le chagrin de son cœur lui font dire des choses insensées comme un homme égaré. Cependant il vient.
(Entrent Richard et sa suite.)
BOLINGBROKE. — Tcuez-vous tous à l'écart^ et montrez im grand respect à Sa Majesté. (Fléchissant tm genou en terre.) — Mon gracieux souverain....
RICHARD. — Beau cousin, vous abaisseîi votre genou de prince, en permettant à la vile terre Torgueil de le baiser. J'aimerais mieux éprouver dans mon cœur l'effet de votre amitié que de sentir mes yeux blessés par vos respects. Levez-vous, cousin, levez-vous : votre cœur s'élève, je le sais, au moins à cette hauteur {portant la main à sa tête)^ bien que vos genoux s'abaissent.
BOLiNGBROKE. — Mou gracicux souverain, je ne viens que pour réclamer mes biens.
RICHARD. — Vos biens sont à vous, et je suis à vous, et tout est à vous I
BOLiNOBROKE. — Soyez à moi, mon très-redouté souverain, autant que mes fidèles services mériteront votre affection.
RICHARD. — Vous avez bien mérité. — Ils méritent de posséder ceux qui connaissent le moyen le plus sûr et le plus énergique d'obtenir. — ^Mon oncle, donnez-moi votre main : allons, séchez vos larmes. Les larmes prouvent l'amitié qui les excite, mais elles manquent du remède. (A Bolingbroke.)'—Gonsiii, je suis trop jeune pour être votre père, quoique vous soyez assez vieux pour être mon héritier. Ce que vous voulez avoir, je vous le donnerai, et même volontairement ; car il faut faire de soi-même ce que la force nous contraint de faire. — Marchons vers Londres. — Le voulez- vous, cousin?
BOLiNGBROKE. — Oui, mou bou seigHOur.
RICHARD.— Alors je ne dois pas dire non.
(Fanfares. — Ils sortent.)