‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 226 sur 301 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

BOLiNGBROKE. — Fais ce que tu voudras.

(Aumerle 'ferme la porte.)

YORK, en deJiors, — Prends garde, mon souverain ; veille à ta sûreté ; tu as un traître en ta présence.

BOLiNGBROKE, tirant son épée, — Scélérat 1 je vais m'assui*er de toi.

AUMERLE. — Retiens ta main vengeresse ; tu n'as aucun sujet de craindre.

YORK, en dehors.^O\x\Te la porte; prends garde, roi follement téméraire. Ne pourrai-je, au nom de mon attachement, accuser devant toi la trahison? Ouvre la porte, ou je vais la briser.

(Bolingbroke ouvre la porte.) (Entre York.)

BOLINGBROKE. — Qjïj a-t-il, mon oncle? parlez. Reprenez haleine; dites-nous si le danger presse, afin que nous nous armions pour le repousser.

YORK. — Parcours cet écrit, et tu connaîtras la trahison que ma course rapide m'empêche de te développer.

AUMERLE. — Souviens-toi, enlisant, de ta parole donnée. Je suis repentant : ne lis plus mon nom dan^ celte liste; mon cœur n'est point complice de ma main.

YORK. — Traître, il Tétait avant que ta main eût signé. — Roi, je Tai arraché du sein de ce traître : c'est la crainte et non l'amour qui engendre son repentir. Oublie ta pitié pour lui, de peur que ta pitié ne devienne un serpent qui te percera le cœur.

BOLINGBROKE. — 0 conspiratlon odieuse, menaçante et audacieuse 1 0 père loyal d'un fils perfide ! 0 toi, source argentée, pure et immaculée, d'où ce ruisseau a pris son cours à travers des passages fangeux qui Font sali ; comme le surcroît de ta bonté s'est en lui changé en méchanceté, de même cette bonté surabondante excusera la faute mortelle de ton coupable fils.

YORK. — Ainsi ma vertu servira d'entremetteur à ses vices * ; il dépensera mon honneur à réparer sa honte, comme ces fils prodigues qui dépensent l'or amassé par

1 So shall my virtue he his vice's bawd.

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leurs pères. Pour que mon honneur vive, il faut que son déshonneur périsse ; ou bien son déshonneur va couvrir ma vie d'infamie. Tu me tues en lui permettant de vivre : si tu lui laisses le jour, le traître vit et tu mets à mort le sujet fidèle.

LA DUCHESSE d'york, ôu dehovs. — De grâce, mon souverain, pour Tamour de Dieu, laisse-moi entrer.

BOLiNGBROKE. — Quelle suppliante à la voix grêle pousse ces cris empressés?

LA duchess]^d'york.— Une femme, ta tante, grand roi. C'est moi, écoute-moi, aie pitié de moi; ouvre la porte : c'est une mendiante qui mendie sans avoir jamais mendié *, moi qui ne demandai jamais.

BOLINGBROKE. — Voilà uotro scèuc changée : nous passons d'une chose sérieuse à la mendiante avec le roi,— Mon dangereux cousin, faites entrer votre mère : je vois bien qu'elle vient intercéder pour votre odieux forfait.

YORK.— Si tu lui pardonnes, qui que ce soit qui te prie, ce pardon pourra faire germer d'autres crimes. Retranche ce membre corrompu, et tous les autres restent sains. Si tu l'épargnes, il corrompra tout le reste.

(Entre la duchesse d'York.)

LA DUCHESSE d'york. — 0 roi ! ne crois pas cet homme au cœur dur : celui qui ne s'aime pas lui-même ne peut aimer personne.

YORK. —Femme extravagante, que fais-tu ici? Ton sein flétri veut-il une seconde fois nourrir un traître?

LA DUCHESSE d'york. — Cher York, calmez-vous. — Mon gracieux souverain, écoutez-moi.

(EUe se met à genoux.)

BOLINGBROKE. — Lovez-vous, ma bonne tante.

LA DUCHESSE D YORK.— Nou, pas encore^jo t'en conjure:

4 A heggar hegs^ that never begg*d hefore.

C'est sur ce mot beggar que porte la plaisanterie de Bolingbroke.

Our sceiie is alter'd from a serions thmgj And now chang'd to the Beggar and the hing,

The heggar était, comme on l'a déjà fait voir dans les notes de Roméo et Juliette, une ballade alors très-coniiue.

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