‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 229 sur 301 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Pomfret. — La prison du château.

RICHARD seul.

Je me suis occupé à étudier comment je pourrais comparer cette prison, où je vis, avec le monde; mais comme le monde est peuplé d'hommes, et qu'ici il a'y a pas une créature excepté moi, je ne puis y réussir. — Cependant il faut que j'en vienne à bout. Ma cervelle deviendra la femelle de mon âme ; mon âme sera le père : à eux deux ils engendreront une génération d'idées sans cesse productives, et toutes ces idées peupleront ce petit monde, et le peupleront d'inconséquences, comme en est peuplé l'univers ; car il n'est point de pensée qui se satisfasse. Dans la meilleure es-

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pèce de toutes, les pensées des choses divines, il se rencontre des embarras, et elles mettent la parole en opposition avec la parole; comme -^ venez à moi, petits; et ailleurs : il est aussi difficile de venir qu'il l^est à un chameau d'enfiler Ventrée du trou d'une aiguille \ Les pensées ambitieuses cherchent à combiner des prodiges invraisemblables, comme de parvenir, avec ces mauvais petits clous, à ouvrir un passage à travers les flancs pierreux de ce monde st-dur, des murs rocailleux de ma prison; et comme elles ne peuvent réussir, elles meurent de leur propre orgueil. Les pensées qui s'attachent au contentement flattent l'homme de cette considération qu'il n'est pas le premier esclave dé la fortune, et qu'il ne sera pas le dernier; comme ces misérables mendiants qui, assis dans les ceps, cherchent pour refuge contre la honte la pensée que d'autres s'y sont assis, et que bien d'autres encore s'y assiéront, et trouvent dans cette pensée une espèce d'aisance, portant ainsi leur opprobre sur le dos de ceux qui avant eux en ont subi un semblable. De cette manière je représente à moi seul bien des personnages dont aucun n'est content. Quelquefois je suis le roi; et alors la trahison me fait souhaiter d'être un mendiant, et je me fais mendiant. Mais alors l'accablante indigence me persuade que j'étais mieux quand j'étais roi, et je redeviens roi. Mais peu à peu je viens à songer que je suis détrôné par Bolingbroke, et aussitôt je ne suis plus rien. Mais quoi que je sois, ni moi, ni aucun homme, n'étant qu'un homme, ne sera jamais satisfait de rien, jusqu'à ce qu'il soit soulagé en n'étant plus rien. {On entend de la musique,) — Est-ce de la musique que j'entends? — La, la.... en mesure. — Que la musique la plus mélodieuse est désagréable dès que la mesure est rompue et que les temps ne sont pas observés I C'est la même chose dans la musique de la vie

1 C'est ainsi qu'est rendu ce passage dans les anciennes versions des livres saints. Les versions modernes lisant xa(i.CXo; au lieu de xà(i,Y)Xo; disent un câhle au lieu d'un chameau, ce qui parait beaucoup plus vraisemblable.

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