‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 253 sur 301 · ACTE II, SCÈNE H · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE H

d'emmener le cheval de Falstaff, et il est là de colère à crever comme xm velours gommé.

HENRI. — Serre-toi contre moi.

(Entre Falstaff.)

FALSTAFF. — Poins ! Poins ! One le diable emporte Poins ! HENRI.— Paix, maudit sac à lard : quel vacarme fais-tu donc là?

FALSTAFF. — Hal, OÙ CSt PoiUS?

HENRI.— Il est monté jusqu'au haut de la colline ; je vais te Taller chercher.

(Il feint d'7 aller.)

FALSTAFF.— Il faut que je sois maudit pour toujours voler en compagnie de ce filou-là. Le scélérat a emmené mon cheval et Ta attaché je ne sais où. Si j^avance seulement sur mes jambes de quatre pieds carrés je vais perdre haleine. Allons, je ne doute plus que malgré tout je De meure de ma belle mort, si j'échappe la corde pour avoir tué ce Mpon-l'à. Il y a vingt-deux ans que je jure tous les jours et à toutes les heures, de renoncer à sa compagnie, et cependant je suis ensorcelé à ne pouvoir le quitter; oui, je veux être pendu, si le scélérat ne m'a pas donné quelques drogues qui me forcent à Taimer, cela ne peut être autrement, j'aurai pris quelque drogue. Poins ! Hal ! — Peste soit de vous deux.— Bardolph I Peto ! — Je mourrai plutôt de faim que de faire un pas de plus pour voler. S'il n'est pas vrai que j^aimerais autant devenir honnête homme et quitter ces drôles-là, que de boire un verre de vin, je veux être le plus fiefifé maraud qui ait jamais mâché avec une dent. Huit toises de chemin raboteux sont autant pour moi que soixante et dix milles ; et ces scélérats au cœur de pierre le savent bien ! C'est une malédiction quand les voleurs ne savent pas se garder fidélité les uns aux autres. (On siffle, il répond.) La peste vous crève tous tant que vous êtes ; donnezmoi mon cheval et allez vous faire pendre.

HENRI. — ^Tais-toi, grosse bedaine ; couche-toi là, colle ton oreille à la terre et écoute si tu n'entends pas le trot de quelques voyageurs qui s'approchent.

FALSTAFF. — Avez-vous ici des leviers pour me relever

quand je serai par terre? Ventrebleu! je ne charrierais pas une autre fois ma pauvre viande si loin à pied pour tout l*or qui est dans le trésor de ton père. Que diable prétends-tu en me tenant de la sorte le bec dans Teau?

HENRI. — Tu ne sais pas ce que tu dis ; on ne te tient pas le bec dans Teau, mais le pied à terre*.

FALSTAFF.— Je t'en prie, mon bon prince Hal, aide-moi à ravoir mon cheval, mon cher fils de roi.

HENRI. — Laissez-moi donc tranquille, maraud. Suis-je votre palefrenier?

FALSTAFF. — ^Va-t'eu to peudro, toi, avec ta jarretière d'héritier présomptif ^ Va, si je suis pris, je te chargerai pour la peine. — Si je ne fais pas faire sur vous tous des ballades qu'on chantera sur les airs du coin, je veux qu'un verre de vin d'Espagne me serve de poison. Quand on pousse la plaisanterie si loin, et à pied encore, je la déteste.

(Entre Gadshill.)

GADSHiLL. — Arrête là.

FALSTAFF. — Aussifais-jc, dont bien me fâche. POiNS. — Oh ! c'est notre chien d'arrêt ; je reconnais sa voix.

(Entre Bardolph.)

BARDOLPH. — Quelles nouvelles?

GADSHILL. — Enveloppez-vous, enveloppez- vous ; vite , mettez vos masques : voilà l'argent du roi qui descend la montagne et qui va au trésor royal.

FALSTAFF. — ^Tu en as menti, maraud ; il va à la taverne du roi.

GADSHILL. — n y en a assez pour nous remonter tous tant que nous sommes.

FALSTAFF. — ^A la potencc.

1 FALSTAFF. Whot aplague meanye, to coli me thus?

LE PRiNCB. Thou liesty thou art not coltedf thouariuncoUed, To coït signifie berner, jouer; to uncoU, désarçonner. II a fallu s'écarter du sens pour en conserver un à la plaisanterie du prince, qui n'existe en anglais que par le jeu de mots.

• Il peut se pendre avec ses jarretières^ expression proverbiale en anglais, pour désigner un coquin.

Page 1