‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 254 sur 301 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

HENRI.-— Vous quatre, vous les attaquerez dans la petite ruelle. Ned, Poins et moi, nous allons nous placer plus bas ; s'ils vous échappent, alors ils tomberont dans nos mains.

PETO. — Mais combien sont-ils ?

GADSHiLL. — Environ huit ou dix.

FALSTAFF. — Morbleul ne sera-ce pas eux qui nous voleront ?

HENRI. — Quoi ! si poltron que cela, sir Jean de la Panse ?

FALSTAïT.— A la vérité, je ne suis pas Jean de Gaunt *, votre grand-père ; mais je ne suis pas poltron non plus, Hal.

HENRI. — On le verra à l'épreuve.

POINS. — Ami Jack, ton cheval est derrière la haie ; quand tu le voudras, tu le trouveras là ; adieu, et tiens ferme.

FALSTAFF. — A préscut, jc u'ai plus le cœur de le tuer, quand je devrais être pendu.

HENRI. — Ned, où sont nos déguisements?

poiNs. — Ici tout près : écartons-nous.

FALSTAFF. — Maintenant, mes maîtres, c'est au plus heureux à se faire sa part : chacun à sa besogne.

^Entrent les voyageurs.)

LES VOYAGEURS. — AUous, voisin ; le garçon conduira nos chevaux en descendant la colline, et nous irons à pied quelque temps pour nous dégourdir les jambes.

LES VOLEURS. — Arrête !

LES VOYAGEURS.— Jésus, ayez pitié de nous !

FALSTAFF. — Frappez, jetez-les sur le carreau, coupez la gorge à ces coquins-là. Ah! infâmes fils de chenilles, maudits mangeurs de jambons ! Ils nous détestent, mes enfants ; terrassez-les ; dépouillez-les de Jeur toison.

LES VOYAGEURS. — Oh ! Hous sommes ruinés, perdus sans ressource, nous et tout ce que nous avons.

FALSTAFF. — Lo diable soit de vous, gros coquins ; vous, ruinés! non, gros balourds. Je voudrais bien que tout

' John of gaunt : on se rappelle que gaunt veut dire maigre.

votre argent fût ici. Allons, pièces de lard, marchons. Comment, drôles, ne faut-il pas que les jeunes gens vivent? Vous êtes grands jurés, n'est-ce pas? Nous allons vous faire jurer, sur ma foi.

(Sortent Falstaff et autres, chassant les voyageurs devant eux.)

(Reptrent le prince Henri et Peins.)

HENRI.— Ce sont les voleurs qui ont lié les honnêtes gens : à présent, si nous pouvions à nous deux voler les voleurs et nous en aller ensuite joyeusement à Londres, il y aurait matière à se divertir pour une semaine, de quoi rire un mois, et plaisanter à tout jamais.

poiNS. — Tenez-vous coi, je les entends venir.

(Rentrent les voleurs.)

FALSTAFF. — AUous, mes maltres, faisons le partage, et puis remontons à cheval avant qu'il soit jour. — Si le prince et Poins ne sont pas deux fieffés poltrons, il n'y a pas de justice dans le monde. Non, il n'y a pas plus de cœur dans ce Poins que dans un canard sauvage.

HENRI, accourant sur ewrr.— -Votre argent !

POINS.— Scélérats !

(Tandis qu'ils sont à partager, le prince et Poins fondent sur eux. Falstaff^ après un coup ou deux, se sauve ainsi que tous les autres, laissant tout leur butin derrière eux.)

HENRI. — Nous n'avons pas eu grand'peine àTavoii*. Allons , gai , à cheval ; les voleurs sont dispersés et si saisis de frayeur, qu'ils n'osent pas même se rapprocher Tun de l'autre : chacun prend son camarade pour un officier de justice. Allons, partons, cher Ned. FalstafT sue à mourir, et en marchant il engraisse ce mauvais sol. Si cela n'était pas si plaisant, j'aurais pitié de lui.

POINS. — Comme il hurlait, le coquin.

(Ils sortent.)

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