‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 262 sur 301 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

soient donnés. Eh bien ! nous divertirons-nous bien ce soir? Ferons-nous une comédie impromptu?

HENRT. — Va comme il est dit : le sujet sera, sauve qui peut.

FALSTAFF. — Ah ! ne parfousplus docola, Hal, par amitié pour moi.

(Entre l'hôtesse.)

l'hotesse. — Milord le prince.

HENRI. — Eh bien, milady l'hôtesse, qu'as-tu à me dire?

l'hôtesse. — Vraiment, milord, il y a à la porte un noble de la cour qui demande à vous parler ; il dit qu'il vient de la part de votre père.

HENRI. — Donnez-lui ce qu'il faut pour en faire un homme royal, et renvoyez-le à ma. mère *.

FALSTAFF. — QucUe cspèce d'homme est-ce?

l'hotesse. — C'est un vieillard.

FALSTAFF. — Quc fait la gravité d'un vieillard hors de son lit à minuit ? Irai -je lui donner sa réponse ?

HENRI.— Oh ! oui, je t'en prie ; va, Jack.

FALSTAFF. — Eh bien, ma foi, je m'en vais lui donner son paquet.

(Il sort.)

HENRI. — Ohçà ! mes braves, par Notre-Dame, vous vous êtes bien battus ; et vous aussi, Peto, et vous aussi, Bardolph. Vous êtes aussi des lions, vous vous êtes sauvés par instinct ; vous ne voudriez pas mettre la main sur le prince légitime. Oh ! non, fi donc !

BARDOLPH. — Ma foi, jc me suis sauvé, moi, quand j'ai vu les autres se sauver.

HENRI— Oh çà! dites-moi à présent, sans plaisanterie, comment se fait-il que l'épée de Falstaff soit si ébréchée?

pjETO. — Pardieu, il Ta ébréchée avec son poignard, et a

1 La royale valait 10 schellings ; la noble^ 6 schellings 8 deniers. Royal et real se prononçant à peu près de môme, Henri veut qu'on ajoute au noble ce qu'il faut pour en faire un royal ou real man (un homme réel), et qu'on l'envoie h sa mère.

442 HENRI ly.

dit que sur son honneur il n Y avait plus de bonne foi en Angleterre, s'il ne parvenait pas à vous p^*8uader que cela s'élait fait dans le combat ; et il nous a engagés à faire comme lui.

BARDOLPH.^-Oui, commc encore de nous frotter le nez avec de Therbe tranchante, pour le faire saigner et en barbouiller nos habits , et jurer que c'était du sang d'honnêtes gens. Je puis bien dire que j'ai fait ce que je n'avais pas fait depuis sept ans ; car je rougis d'entendre parler seulement de ses monstrueuses inventions. HENRI. — Ohl misérable, tu dérobas un verre de vin d'Espagne il y a dix -huit ans et tu fus pris sur le fait, et depuis ce temps-là tu as toujours rougi ex tempore. Tu avais pour toi le fer et la flamme, et cependant tu t'es sauvé ! Dis-moi quel était ton instinct pour cela ?

BARDOLPH.— Milord, voyez-vous ces météores? apercevez-vous ces feux?

HENRI. — Oui.

BARDOLPH. — Que croycz-vous que cela annonce? HENRI. — Un foie chaud et une froide bourse. BARDOLPH. — Rage et fureur , milord , à le bien prendre. HENRI. — Non, si on te prend bien, la corde. (Rentre Falstaff.) Voilà notre maigre Jack qui revient ; voilà notre squelette décharné. Eh bien, ma douce créature rembourrée de coton, combien y a-t-il que tu n'as vu ton genou ?

FALSTAFF.— Mon gcnou ? A ton âge, Henri, je n'avais pas la taille aussi grosse que la serre d'un aigle. Je me serais glissé dans la bague d'un alderman. Ah I ne me parlez pas de vivre dans les soupirs et les chagrins ; cela vous gonfle un homme comme un ballon.— Il y a de maudites nouvelles par le monde : sir Jean Bracy venait ici de la part de votre père ; il faut que vous vous rendiez à la cour dès le matin. Ce maudit fou du Nord, Percy^ et cet autre Gallois qui a donné la bastonnade à Amaimon et a fait cocu Lucifer, qui a forcé le diable de se jurer son vassal sur la croix d'une pique galloise, comment le nommez-vous ? poiNS. — Oh ! Glendower.

Page 1