‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 263 sur 301 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

fAf^AFF.— rOui, Owen, Owen ; c'est lui-même et son gendre Mortimer, ^t te vieux Northum)>erlaud, jet cet Écossais, le plus le^te de tou^ les Ecossais, Dougtoci, qui monte au galop de son cheval une montagne en ligne perpendiculaire,

HEWRi.— Celui qui en courant à toute bride tue un moineau au vol d'un coup de pistolet.

FALSTAFF^-T-Précisément, vous Taveii touché.

HENRI.— Mieu^ qu'il n'^ j^ipaifi touché le moineau.

'FÀLSTAFF. — Tenez, ce drôle-là a du sang dans les veines, il ne se sauvera pas.

HEKR^ — Et quel autre drôle es-tu donc, toi, de le louer si fort pour savoir bien courir ?

FALSTAFF. — A cheval, coucpu -, mais à pied, il ne bougera jamais d^un seul pas.

HENRI. — Si fait, Jack, par instinct.

FALSTAFF.— Ah ! j'en conviens, par instinct. Eh bien, il est donc là aussi avec un certain Mordake, et encore un millier de bonnets bleus. Worcester s'est sauvé secrètement cette nuit. La barbe de ton père a blanchi de toutes ces nouvelles-là. On peut acheter des terres à présent à aussi bon marché que du maquereau moisi.

HENRI. — Ainsi donc, si le mois de juin est chaud, et que cette bouffée de guerre se prolonge, il est probable que nous aurons les filles ^ comme les clous de fer à cheval, au cent.

FALSTAFF. — Par la messe ! mon garçon, tu dis vrai; il y a apparence que le commerce ira bien pour nous de ce côté-là 1 Mais dis-moi donc, Hal, n'as-tu pas horriblement peur? A toi qui es l'héritier présomptif, aurait-on pu te trouver dans le monde trois autres ennemis de la sorte de ce démon de Douglas, ce salpêtre de Percy, et ce satan de Glendower ? N'as-tu pas horriblement peur? N'^£-tu pas le frisson dans le sang ?

HENRI.— Pas un brin, sur ma foi. Il me faudrait pour cela un peu de ton instinct.

FALSTAFF. — Oh I tu soras horriblement grondé demain,

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quand tu te présenteras devant ton père. Allons, par amitié pour moi, prépare une réponse.

HENRI. — ^Voyons, mets-toi à la place de mon père, et examine-moi sur les particularités de ma vie.

FALSTAFF.— Veux-tu? Volontiors. Cette chaise sera mon trône, ce poignard mon sceptre, et ce coussin ma couronne.

HENRI. — On prendrait ton trône poiu* un escabeau, ton sceptre d'or pour un poignard de plomb , et ta précieuse et riche couronne pour, la triste tonsure d'une tête chauve.

FALSTAFF. — C'est bicu ; mais pour peu qu'il te reste une étincelle de la grâce, tu vas être ému. — Donnez-moi un verre de vin d'Espagne, afin que cela me fasse paraître les yeux rouges, et qu'on puisse croire que j'ai pleuré ; car il faut que je parle en homme transporté de douleur, et je veux le faire sur le ton du roi Gambyse.

HENRI. — ^Fort bien ! Voilà ma révérence.

FALSTAFF. — Et voici mou discours. — Écartez- vous, seigneurs.

l'hotesse. — ^Voilà une excellente scène, en vérité !

FALSTAFF, à Z'/id^ewe.— Nc pleurez pas, charmante reine ; car c'est en vain que coulent vos larmes.

l'hotesse. — Oh ! voyez donc ce père, comme il soutient bien son rôle !

FALSTAFF. — Pour l'amour de Dieu , lords , emmenez ma triste épouse, car les pleurs obstruent les écluses de ses yeux.

l'hotesse. — Oh! à merveille I II fait aussi bien qu'aucune de ces canailles d'acteurs que j'aie jamais vus.

FALSTAFF. — Palx Jà, bonue dame Pinte ; paix, chauffecervelle. — Henri, je m'étonne non-seulement de la manière dont tu passes ton temps, mais encore de la compagnie que tu fréquentes ; car bien que la camomille pousse d'autant plus vite qu'elle est plus foulée aux pieds, cependant la jeunesse est d'autant plus vite usée que plus on la gaspille. Je te ciiis mon fils en partie sur la parole de ta mère, et en partie d'après ma propre opinion ; mais surtout un maudit trait que tu as dans les

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