‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 264 sur 301 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

yeux, et ta sotte manière de laisser tomber la lèvre infériem*e, m'en sont une bonne garantie. Si donc tu es mon fils, voilà le point. Pourquoi, étant mon fils, te fais-tu ainsi montrer au doigt ?Le brillant soleil des cieux * doitil faire l'école buissonnière, et aller se nourrir de mûres sauvages ? Ce n'est pas là une question à faire. Un fils d'Angleterre doit-il devenir un filou, un coupeur de bourses? Voilà la question. — Il y a une chose, Henri, - dont tu as souvent entendu parler, et que beaucoup de gens de notre pays connaissent sous le nom de poix ; cette poix , suivant le rapport des anciens auteurs, est une chose qui se lie : il en est de même de la compagnie que tu fréquentes. Car, Henri, dans ce moment je ne parle pas dans le vin, mais dans les pleurs ; ni dans la joie, mais dans la colère ; ni en paroles seulement, mais par . mes gémissements ; et cependant tu as un homme de bien que j^ai souvent remarqué dans ta compagnie, mais je ne sais pas son nom.

HENRI. — Quelle sorte d'homme est-ce, sous le bon plaisir de Votre Majesté ?

FALSTAFF. — C'cst un homme de bonne mine, ma foi, et de corpulence, qui a Tair gai, l'œil gracieux et un port des plus nobles. Je crois qu'il peut avoir quelque cinquante ans, ou, par Notre-Dame, tirant vers soixante.... Je me le rappelle maintenant ; son nom est FalstafT. Si cet homme était un débauché, il me tromperait bien, car, Henri, je vois la vertu dans ses yeux. Si donc l'arbre peut se connaître par le fruit, comme le fruit par l'arbre, alors je le déclare hautement, il y a de la vertu dans ce Falstaff; conserve-le et bannis tout le reste. Or, dis-moi à présent, méchant vaurien, dis-moi, qu'es-tu devenu depuis un mois?

• HENRI.— Est-ce là parler en roi? — Prends ma place ; je vais faire le rôle de mon père.

FALSTAFF.— Quoi! me déposséder? — Si tu le fais la

^ The hlessed sun ofheaven.

Il y a probablement là un jeu de mots entre sun (soleil) et son (fils).

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moitié auissi grayement, au6si majesttieuseixient, en paroles et en matière, pends-moi par les talons comme un lapin écorché.

HENRI. — A la bonne heure : je me mets là.

FALSTAPF.— Et moi îci. Jugex, messieurs.

HENRI .-^Oh çà ! Henri, d'où venez-vous ?

FALSTAFi^. — Mon uotlo seigneur, d'Eâfetcheap.

HENRi.Les plaintes que j'entends faire de toi sont biéli graves.

FALSTAFi-.-^Ventrebleu I seigneur, elles sbtit fattii^sés. — Oh! je vous eh ferai voir long pour un jeune prince.

HENRI.— Quoi ! tu jures, enfant pervers? A dater de ce jour, ne lève jamais les yeux sur moi ; je te retire avec colère mes bonnes grâces. Il y a un démon qui te haute sous la figure d'un gros vieux corps d'homme , ime espèce de tonneau est ton compagnon. Pourquoi fads-tuta société de ce magasin d'humeurs, de ce coffre à mangeaille, de cette créature animale, de cette loupe d'hydropisie, de cette énorme tonne de vin d'Espagne, de cette valise de tripes, de ce bœuf gras* rôti le pudding dans le ventre, de ce doyen du vice, de cette iniquité en cheveux gris, de ce|pére pendard, de cette vieille frivolité? A quoi est-il bon ? à goûter le vin d'Espagne et à le boire. Que le voit-on faire avec grâce fet propreté ? rien autre chose que couper un chapon et le manger. Quelle science a-t-il ? pas d'autre que la ruse. En quoi rusé ? en coquinerie seulement. En quoi coquin? en tout. En quoi honnête ? en rien.

FALSTAFF. — Je voudraisquo Votre Altessfe n'allât pas plus vite que je ne peux la suivre. Que veut-elle dire en ceci?

HENRI. — Ge scélérat abominèUble, corrupteur, de jeunesse, ce Falstaff, ce vieux satan à barbe grise.

FALSTAFF. — Seigueur, je connais Thoimne.

HENRI.— Je le sais bien que tu le oonnaië.

*■ ManrUngtree oœ» Manningtree^ dans le comté d'£ssex,est célèbre par la richesse de ses pâturages. Il y avait, à ce qu'il pafaii, des occasions où le bœuf de Manningtree jouait le tôle de notre bœuf gras.

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