ACTE II, SCÈNE IV. Ail
PALSTAFP. — Mais de dire que je connais plus de mal en lui qu'en moi-même, ce serait dire plus que je ne sais. Qu'il soit vieux (et je l'en plains bieii), seâ fcheveux blancs en font foi ; mais qu'il soit (sauf votre révérence) im suborneur de filles, c'est ce que je nie absolument. Si le vin d'Espagne sucré est une offense, Dieu veuille avoir pitié des pécheurs ! Si c'est un crime d'être vieux et gai, je connais plus d'un vieux cabaretier de damné. Si pour être gras Ton est haïssable, alors les vaches maigres de Pharaon sont dignes d'être aimées. Non, mon bon seigneur, bannis Peto, bannis Bardolph, baimis Poins; mais pour l'aimable Jack Falstaff, le bon Jack Palstaff, l'honnête Jack Falstaff, le vaillant Jack Falstaff, et d'autant plus vaillant qu'il est le vieux Jack Falstaff, ne le bannis point de la société de ton Henri, non, ne le bannis point de la société de ton Henri. Si tu bannis le gros Jack, autant bannir le reste de l'univers.
HENRI. — Je le bannis ; je le veux.
(On frappe. Sortent l'hôtesse. François et Bardolph.) (Bardolph rentre en courant.)
BARDOLPH.— Oh ! milord, milord, le shérif est à la porte avec la plus monstrueuse garde...
FALSTAFF. — Va-t'ou , drôle ! — Achevez la pièce ; j'ai bien des choses à dire en faveur de ce Falstaff.
(L'hôtesse rentre précipitamment.)
l'hotessf.— 0 Jésus I mon prince, mon prince I
FALSTAFF. — ^AUons, allous, le diable monté à cheval sur un chalumeau? De quoi s'agit-il ?
l'hotesse. — Le shérif et toute la garde sont à la porte ; ils viennent pour faire la visite de la maison. Les laisserai-je entrer?
FALSTAFF. — Euteuds-tu, Hal? Ne prends donc pas une bonne pièce d'or pour une fausse. Tu es foncièrement fou, sans qu'il y paraisse.
HENRI. — Et toi, naturellement poltron, sans instinct.
FALSTAFF. — Je reuic votre major ^— Si vous voulez
t 1 deny your major.
Jeu de mots entre major ^ majeur, et mayor^ le principal officier de toute Corporation, dont le shérif n'est que le second.
renier aussi le shérif, soit, sinon laissez-le entrer. Si je ne fais pas autant qu'un autre homme à la charrette, la peste soit de mon éducation; et j'espère bien aussi, au moyen de la corde, être aussi vite étranglé qu'un autre.
HENRI. — Va te cacher derrière la tapisserie, — Vous autres, montez là-haut. A présent, mes maîtres, im visage honnête et une bonne conscience.
FALSTAFF.— J'ai VU le temps que j'avais l'un et l'autre; mais ce temps-là est passé : c'est pourquoi je vais me cacher.
(Tous sortent excepté Henri et Poins.)
HENRI.— Faites entrer le shérif. {Entrent le shérif et un voiturier.) Eh bien, monsieur le shérif, que me voulezvous?
LE SHÉRIF. — D'abord, monseigneur, veuillez me pardonner. La clameur publique et toutes les apparences accusent quelques hommes qui sont dans cette maison.
HENRI. — Quels hommes?
LE SHÉRIF. — Il y en a un bien connu, mon gracieux seigneur, un homme gros et gras.
LE voiTURiER. — Oli ! gras comme beurre.
HENRI. — L'homme que vous désignez, je vous assure, n'est point ici ; car, moi qui vous parle, je lui ai donné une commission à faire à l'heure qu'il est. Mais , shérif, je te donne ma parole que d'ici à demain l'heure du dîner, je l'enverrai pour te répondre, à toi ou à qui il appartiendra, sur tout ce dont il pourra être accusé. Ainsi, permettez que je vous prie à présent de vous retirer.
LE SHÉRIF. — C'est ce que je vais faire, mon prince. Voilà deux honnêtes gens qui dans ce vol ont perdu trois cents marcs.
HENRI. — Gela peut être. S'il a volé ces hommes-là, il en sera responsable. Ainsi, adieu.
LE SHÉRIF. — Bonsoir, mon noble seigneur.
HENRI. — Je crois que c'est bonjour, n'est-ce pas?
LE SHÉRIF. — En effet, mon prince, je crois qu'il peut être deux heures du matin.
(Le shérif et Le voituriers'en vont.}