ACTE lU, SCÈNE I. 48ë
geoires, d'ua griffon aux ailes rognées, d'un corbeau dans la mue, d'un lion couchant, d'un chat dansant, et de tout ce ramas de folies qui me mettent hors de sens, je vous le dis de bonne foi. La nuit dernière il m'a tenu au moins neuf heures entières à faire Ténumération de§ noms des diables qu'il a pour laquais. Je lui disais : Hom^ et fort bien, continuez; mais je n'en ai pas écouté un mot. Oh ! il est aussi ennuyeux qu'un cheval éreinté, ou une femme qui gronde ; pis qu'une maison où il fume. — Oui, j'aimerais mieux vivre de fromage et d'ail, dans un mouhn bien loin, que de faire bonne chère dans quelque maison de plaisance que ce fût de toute la chrétienté, s'il fallait l'avoir là à me parler.
MORTiMER. — Croyez-moi, c'est un digne gentilhomme, extrêmement instruit, et qui possède de singuliers secrets; vaillant comme un lion, merveilleusement affable, et aussi généreux que les mines de l'Inde. Voulez-vous que je vous dise, cousin? il fait le plus grand cas de votre caractère, et il fait même violence à sa nature pour fléchir lorsque vous contrariez ses idées ; oui, je vous le proteste. Je vous garantis qu'il n'est pas d'homme sous le ciel qui eût pu le provoquer comme vous avez fait, sans s'exposer au châtiment et au danger. Mais ne recpmmencez pas souvent, je vous en supplie.
woHGESTER. — Eu Vérité, milord, vous vous obstinez beaucoup trop à la contradiction ; depuis que vous êtes arrivé, vous en avez assez fait pour pousser sa patience à bout. Il faut absolument, milord, que vous appreniez à vous corriger de ce défaut. Quelquefois il annonce de la grandeur, du courage, du feu, et voilà le plus grand éloge qu'on en puisse faire. Mais souvent il décèle une opiniâtreté furieuse, un défaut d'éducation, un manque d'empire sur soi-même, de l'orgueil, de la hauteur, de la présomption et du dédain ; et le moindre de ces vices, dès qu'un gentilhomme en est possédé, lui fait perdre les cœurs, et laisse derrière soi une souillure qui ternit l'éclat de ses autres qualités, et leur dérobe les louanges qu'elles méritent.
HOTSPUR.— Fort bien, me voici à l'école I Que vos
bonnes manières vous fassent prospérer !-Je vois venir nos femmes, faisons nos adieux.
(Rentrent Glendower avec ladj Moriimer, et lad j Percy.)
MORTiMEB. — Voilà ce qul me dépite et m'impatiente à mourir. Ma femme ne sait pas dire un mot d'anglais, ni moi un mot de gallois.
GLENDOWER. — Ma fille pleure, elle ne veut point se séparer de vous ; elle veut aussi se faire soldat et aller à la guerre.
MORTiMER.— Mon bou père, dites-lui qu'elle et ma tante Percy nous suivront de près sous votre escorte.
(Glendower parle à sa fille en gallois, et elle lui répond dans le même langage.)
GLENDOWER. — ^Ello so désespère. C est ime petite créature entêtée et volontaire, sur qui la persuasion ne peut rien.
(Lady Mortimer parle a son époux en gallois.)
MORTiMER. — J'entends tes regards : pour ce joli gallois qui lombe de ces yeux gonflés de larmes, j'y suis parfaitement habile ; et si la honte ne me retenait pas, je te répondrais dans le même langage. {Lady Mortimer parh,) Oui. je comprends tes baisers et toi les miens, et c'est un dialogue tout en sentiment. —Mais je te promets, ma bienaimée, de ne pas perdre un instant jusqu'à ce que j'aie appris ta langue ; car dans ta bouche le gallois a autant de douceur que les airs les mieux composés chantés par une belle reine, sous im berceau d'été, avec les plus ravissantes modulations et l'accompagnement de son luth.
GLENDOWER.— Si VOUS VOUS attendrissez, elle perdra la raison.
(Lady Mortimer parle encore.)
MORTiBiER. — Oh I je suis parfaitement ignorant de ceci.
GLENDOWER. — Elle VOUS iuvite à vous coucher sur les joncs voluptueux, et à reposer votre tête chérie sur ses genoux ; elle vous chantera l'air que vous aimez, et fera régner sur vos paupières le dieu du sommeil qui charmera vos sens par un doux assouijissement, et vous fera passer de la veille au sommeil par un aussi doux changement que celui qui sépare le jour de la nuit, une