ACTE m, SCÈNE III
ajouté quej'avàis entendu Votre Grâce le dire plus d'une fois. Et, milord, il parle de vous coname un naal embouché qu'il est} il a dit qu'il vous cinglerait de coups.
HENRI.— Comment? il n'a pas dit cela.
l'hotesse. — Je n'ai ni foi, ni vérité, et je ne suis pas femme s'il ne Ta pas dit.
FALSTAFF.— Il n'y a pas plus de foi en toi que dans un pnineau cuit S pas plus de vérité que dans un renard en peinture; et quant à ta qualité de femme, Marianne la pucelle * serait auprès de toi propre à faire la femme d'un alderman. Va, chose, va.
l'hotesse.— Quelle chose? dis, quelle chose?
FALSTAFF.— Quelle chose I Mais une chose sur laquelle on peut 4ire grand merci '.
l'hôtesse. — Je ne suis pas une chose sur laquelle on puisse dire grand merci, je suis bien aise de te le dire; je suis la femme d'un honnête homme, et, sauf la chevalerie, tu es un drôle de m'appeler comme cela.
FALSTAFF. — Et toi, sauf la qualité de femme, tu es un animal brute de dire autrement.
l'hotesse. — Dis donc, quel animal, drôle, dis donc?
FALSTAFF. — Qucl animal? Pardieu ! une loutre.
HENRI. — Une loutre, sir Jean? pourquoi une loutre?
FALSTAFF. — Pourquoi? parce qu'elle n'est ni chair ni poisson ; on ne sait comment ni par où la prendre.
1 Un plat de pruneaux cuits était le mets d'usage, et presque l'enseigne d'un mauvais lieu.
* Maid Marian. Ce fut, selon les anciennes ballades, le nom que prit Mathilde, fille de lord Fitzwater, pour suivre dans" les bois son amant, le comte d'Huntington qui, proscrit et poursjiivi, s'y était réfugié, et 7 vécut longtemps de brigandage sous le nom de Robin Hood. Maid Mariim était le personnage obligé d'une danse de bateleurs qui s'exécutait particulièrement le l" mai. Elle y était représentée par un homme habillé en femme ; c'est sur cette circonstance que porte la plaisanterie deFalstaff.
s A thing to thank Go don.
Une chose dont il faut remercier Dieu, c'est-à-dire, selon nos locutions, une chose qui nous vient de Dieu et grâce, sans qu'il en coûte rien; et aussi une chose qui sert à remercier Dieu dessus, La plaisanterie ne se pouvait rendre qu'à peu près.
l'hôtesse. — Tu es un menteur quand tu dis cela ; tu sais bien, et il n^y a pas un homme au monde qui ne sache bien par où me prendre, entends-tu, drôle?
HENRI. — Tu as raison, hôtesse, et c'est là une insigne calomnie.
l'hotesse.—I1 en fait autant de vous, monseigneur ; il disait Tautre jour que vous lui deviez mille guinées.
HENRI.— Comment, coquin, est-ce que je te dois mille guinées?
FALSTAFP. — ^Mille guinées? Hal, un million. L'amitié vaut un million, et tu me dois ton amitié.
l'hotesse. — Il a fait plus, monseigneur; il vous a traité de drôle, et il a dit qu'il vous cinglerait de coups.
FALSTAFF. — L'ai-jc dit, Bardolph ?
BARDOLPH. — En vérité, sir Jean, vous l'avez dit.
FALSTAFF. — Oui , s'il disait que ma bague était de cuivre.
HENRI.— Je dis qu'elle est de cuivre; oses-tu tenir ta parole à présent?
FALSTAFF. — ^Mou Dicu ! Hal, tu sais bien que comme homme je n'ai pas peur de toi ; mais comme prince, je te crains autant que je craindrais le rugissement du lionceau.
HENRI. — Et pourquoi pas comme le lion même?
FALSTAFF. — G'est loroi en personne qu'on doit craindre comme le lion. Et crois-tu, en conscience, que je te craigne comme je craindrais ton père? Ma foi, si cela est vrai, je veux que ma ceinture casse.
HENRI. — Oh ! si cela arrivait, comme ton ventre tomberait sur tes genoux ! Mais, maraud, il n'y a pas dans ta maudite panse la moindre place pour la foi, la vérité, l'honneur; elle n'est remplie que de tripes et de boyaux. Accuser une honnête femme d'avoir vidé tes poches ! Mais toi, fils de catin, impudent, boursouflé coquin, s'il y a autre chose dans tes poches que des cartes de cabaret, des mémento de mauvais lieux, et la valeur d'un malheureux sou de sucre candi pour t'allonger l'haleine ; et s'il te peut revenir autre chose à empocher que des injures, je suis un misérable : et cependant, monsieur