‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 29 sur 301 · ACTE II, SG£N£ IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SG£N£ IX

Tespoir de mon cœur. De Tor, de Targent et du vil

plomb !

Qui me choisit doit donner et risquer tout ce qu'il a.

Vous aurez une' plus belle apparence, avant que je donne ou risque quelque chose. Que dit le coffre d^or? Ah I voyons.

Qui me choisit recevra ce que beaucoup d*hommes désirent,

Beaucoup d'hommes désirent beaucoup...; Cela peut s'entendre de la sotte multitude qui détermine son choix sur l'apparence, n'apercevant rien au delà de ce que son œil charmé lui présente ; qui ne perce pas jusque dans l'intérieur, mais comme le martinet , qui construit son nid sur les murs extérieurs, exposé aux injures de Tair, à la portée et dans le chemin même des accidents. Je*ne choisirai point ce que tant de gens désirent ; je ne veux pas marcher avec les esprits vulgaires et me ranger parmi la foule ignorante. Je viens à toi, riche sanctuaire d'argent. Répète-moi encore Tinscription que tu portes.

Qui' me choisit recevra tout ce qu'il mérite.

C'est bien dit ; car qui peut chercher à duper la fortune et s'élever honorablement sans l'empreinte du mérite? Que personne ne prétende se revêtir d'honneurs dont il est indigne.... Oh ! plût au ciel que les biens, les charges, les dignités, ne se détournassent jamais dans des voies injustes, et que le pur honneur ne pût jamais s'acquérir que par le mérite de celui qui en est revêtu. Que de gens qui sont nus seraient couverts ! que d'autres qui commandent seraient commandés! que de grains de bassesse à séparer de la vraie semence de l'honneur I que l'on retrouverait d'honneur caché sous le chaume et sous les ruines du temps, et auquel on devrait rendre son premier éclat ! Mais choisissons.

Qui me choisit recevra tout ce qu'il mérite.

Je prendrai ce que je mérite. Donnez-moi la clef de celui-ci, et découvrez mon sort sur-le-champ.

PORTIA. — ^Vous y avez mis trop de temps pour ce que vous trouverez ici.

LE PRINCE. — Qu'est-ce? la figure d'un idiot, qui cligne deTœil et me présente un papier? Je veux le lire. Que tu es différent de Portia I Que tu es différent de ce que j'espérais, et de ce que je méritais I

Qui me prend recevra tout ce qu'il mérite.

N'ai-je donc mérité rien de mieux que la tête d'un sot? Est-ce là ce que je vaux? Est-ce là tout ce que je mérite?

PORTIA. — Offenser et juger sont deux emplois différents et de nature opposée.

LE PRINCE. — Lisons :

Le feu a éprouvé sept fois ce métal ;

Sept fois éprouvé est le jugement

Qui n'a jamais mal dhoisi.

Il est des gens qui n'embrassent que des ombres ; Ceux-là n'ont que l'ombre du bonheur !

Je sais qu'il y a des sots sur la terre,

Vêtus d'argent, comme je le suis; Épousez quelle femme vous voudrez, Votre tête sera toujours la mienne.

Ainsi partez, seigneur, vous êtes congédié.

Plus je tarderai dans ces lieux, plus j'y ferai la figure d'un sot. Je suis venu apporter mes vœux avec une tête de sot, et je m'en retourne avec deux. Adieu donc, dame, je remplirai mon serment de supporter patiemment mon malheur.

(Sortent le prince d'Aragon et sa suite.)

• PORTIA. — ^Le moucheron s'est brûlé à la lumière. Oh ! ces sots réfléchis I Quand ils choisissent , ils sont tout juste assez sages pour se perdre à force de raisonnements.

NÉRissA. — Le vieux proverbe n'a pas tort : la potence et le choix d'une femme sont une affaire de hasard. PORTIA. — Allons, ferme le rideau, Nérissa. .

(Entre un valet.)

LE VALET. — Où est madame?

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