ACTE III, BCÈNB L
Juif. (Enrt Shylock.) Eh bien ! Shylock, quelles nouvellefl parmi les marchands?
SHYLOCK. — Vous avBz BU, et personne ne le sait, personne ne le sait si bien que vous, comment ma fille a pris la fuite.
sâlarino. — Gela est sûr. Pour ma part, je connais le tailleur qui a fait les ailes avec lesquelles elle s est envolée.
SALANio. — Et Shylock, pour sa part , sait que l'oiseau avstit toutes ses plumes, et qull est alors dans la nature des oiseaux de quitter leur nid.
SHYLOCK. — Elle sera damnée pour cela.
SALARINO. — Oh! sans doute; si c'est le diable qui la juge. SHYLOCK. — ^Ma chair et mon sang se révolter I SALANIO. — ^Fi donc, vieux cadavre I comment, ils se révoltent à ton âge ?
SHYLOCK. — Je dis que ma fille est ma chair et mon sang.
SALARINO. — Il y a plus de difTérence entre ta chair et la sienne, qu'entre le jais et Tivoire ; plus entre ton sang et le sien, qu'entre du vin rouge et du vin du Rhin. Mais, dites-nous, avez-vous ouï dire qu'Antonio ait fait quelques pertes sur mer?
SHYLOCK. — J'ai encore là une mauvaise affaire , un banqueroutier, un prodigue, qui ose à peine se montrer sur le Rialto ; un mendiant, qui vous venait faire l'agréable sur la place. Qu'il prenne garde à sqq billet. Il avait
coutinne de m'appeler usurier Qu'il prenne garde à
son billet. Il avait coutume de prêter de l'argent par
charité chrétienne Qu'il prenne garde à son billet.
SALARINO. — Mais je suis bien sur que, s'il mancjuait à ses engagements, tu ne prendrais pas sa chair; à quoi te servirai^elle ?
SHYLOCK. — A amorcer des poissons. Elle nourrira ma vengeance, si eUe ne nourrit rien de mieux. Il m'a humihé ; il m'a fait tort d'im demi-million ; il a ri de mes pertes ; il s'est moqué de mon gain ; il a insulté ma nation; il a fait manquer mes marchés; il a refroidi mes amis, échauffé mes ennemis, et pour quelle raison ?
Parce que je suis un Juif. Un Juif n'a-t-il pas des yeux? un Juif n'a-t-il pas des mains, des organes, des proportions, des sens, des affections, des passions? ne se nourrit-il pas des mêmes aliments? n'est-il pas blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes remèdes, réchauffé par le même été et glacé par le même hiver qu'un chrétien? si vous nous piquez, ne saignons-nous pas? si vous nous chatouillez, ne rionsnous pas? si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas? et si vous nous outragez, ne nous vengerons-nous pas? si nous sommes semblables à vous dans tout le reste, nous vous ressemblerons aussi en ce point. Si im Juif outrage un chrétien, quelle est la modération de celui-ci? La vengeance. Si un chrétien outrage un Juif, comment doit-il le supporter, d'après l'exemple du chrétien? En se vengeant. Je mettrai en pratique les scélératesses que vous m'apprenez ; et il y aura malheur si je ne surpasse pas mes maîtres.
(Entre un valet.)
LE VALET d'Antonio, — Messieurs, mou maître Antonio est chez lui, et désire vous parler à tous deux.
SALARiNO. — ^Nous Pavous cherché de tous côtés.
SALANio. — En voici un autre de la tribu. On n'en trouverait pas un troisième de la même secte, à moins que le diable en personne ne se fît Juif.
(Salanio et Salarino sortent.) (Entre Tubal.)
SHYLOCK.— Eh bien! Tubal, quelles nouvelles de Gênes? As-tu trouvé ma fille?
TUBAL. — ^J'ai, en beaucoup d'endroits, entendu parler d'elle ,' mais je n'ai pu la trouver.
SHYLOCK. — Quoi I quoi I — Voyez, voyez, voyez un diamant qui m'a coûté deux mille ducats à Francfort, que voilà parti. Jamais notre nation ne fut maudite comme à
présent Je ne Tai jamais éprouvé, comme je l'éprouve
aujourd'hui. Deux mille ducats, dans cette affaire, et d'autres précieux bijoux I.... Je voudrais voir ma fille morte à mes pieds et les diamants à ses oreilles. Que n'estelle ensevelie à mes pieds, et les ducats dans sa bière I