ACTE III, SCÈNE L
Point de nouvelles ! et de plus Je ne sais combien d'argent dépensé pour la faire chercher I Quoi ! perte sur perte ! Tant d'emporté par le voleur I et tant de dépensé pour chercher le voleur I et point de satisfaction, point de vengeance I II n'arrive point de malheur, qu'il ne me tombe sur le dos : il n'est point d'autres soupirs que ceux queje pousse, d'autres larmes que celles que je verse.
TUBAL. — D'autres que vous ont aussi du malheur. Antonio, à ce que j'ai appris à Gènes....
SHYLOCK.— Quoi, quoi, quoi? Un malheur, un malheur ?
TUBAL.— A perdu un de ses vaisseaux venant de Tripoli.
SHYLOCK. — ^Dieusoit loué! Dieu soit loué! Est-il bien vrai? est-il bien vrai?
TUBAL. — J'ai parlé à des matelots échappés du naufrage.
SHYLOCK. — Je te remercie, cher Tubal. Bonne nouvelle! bonne nouvelle ! Ha! ha! — Où cela? à Gènes? ' TUBAL. — On m'a dit un soir à Gènes que votre fille y avait dépensé quatre-vingts ducats.
SHYLOCK. — Tu m'enfonces un poignard ! je ne reverrai jamais mon or. Quatre-vingts ducats dans un seul endroit ! quatre-vingts ducats !
TUBAL. — Je suis arrivé à Venise avec différents créanciers d'Antonio , lesquels affirment qu'il n'y a d*autre parti pour lui que de faire banqueroute,
SHYLOCK. — J'en suis ravi. Je le ferai souffrir. Je le torturerai. J'en suis ravi.
TUBAL. — ^L'un d'eux m'a montré une bague qu'il avait eue de votre fille pour un singe.
SHYLOCK. — La malheureuse ! Tu me mets à la torture, Tubal; c'était ma turquoise. Je l'eus deLéah, étant encore garçon. Je ne l'aurais pas donnée pour un désert plein de singes.
TUBAL.— Mais Antonio est certainement ruiné.
SHYLOCK. — Oh! oui, cela est sûr; cela est sûr, va voir le commissaire: préviens-le quinze jours d'avance. S'il manque, j'aurai son cœur. S'il était une fois hors de Venise, je ferais tel négoce que je voudrais. Cours, cours,
Tubal, et viess me rejoindre à notre synagogue. Va, bon Tubal... A notre synagogue, Tubal.
(Ils sortent.)