SCÈNE II
A Belmont.— Une pièce dans la maison de Portia.
Entrent ^OKTIA, BASSANIO, GRATIANO, NÉRISSA, et
pltbsiemrs personnages de leur suite ; les coffres sont découverts .
PORTIA. — ^Tardez un peu, je vous prie. Attendez un jour ou deux, avant de vous hasarder; car si vous choisissez mal, je suis privée de votre compagnie; ainsi attendez donc quelque temps. Quelque chose (mais ce n'est pas de l'amour) me dit que je ne voudrais pas vous perdre ; et vous savez que ce ne sont pas là les conseils de la haine. Mais, de peur que vous ne pénétriez pas bien ma pensée (et cependant une fille n'a d'autre langue que la pensée), je voudrais vous retenir ici pendant un ou deux mois avant de vous voir risquer le choix d'où je dépends. — Je pourrais vous apprendre les moyens de bien choisir. Mais alors je serais parjure, et je ne le serai jamais; alors vous pouvez vous tromper... et cependant, si cela arrive, vous me ferez souhaiter im péché: je regretterai de n'avoir pas été parjure. Malheur à vos yeux ! ils se sont emparés de moi et m'ont partagée en deux : une moitié de moi-même est à vous ; Tautre moitié est à vous... à moi voulais-je dire. Mais si elle est à moi, elle est à vous. Ainsi je suis à vous tout entière; oh ! siècle pervers qui met des obstacles entre les propriétaires et leurs possessions, en sorte que, bien qu'à vous, je ne suis pas à vous ! Qu'il en soit donc ainsi et que la fortune aille en enfer pour ce fait, et non pas moi 1 Je parle trop, mais c'eèt pour peser sur le temps, le filer, le traîner en longueur, et retarder l'instant de votre choix.
BASSANio.— Laissez-moi choisir; car vivre en l'état où je suis c'est être à la torture.