‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 35 sur 301 · ACTE III, 6CÈNS II. M · texte numérisé non relu

ACTE III, 6CÈNS II. M

PORTiA. — A la torture , Bassanio? Avouez donc quelle trahison est mêlée à votre amour?

BASSiANO. — Aucune, si ce n'est Thorrible trahison de la défiance qui me fait redouter Tinstànt de jouir de mon amour. La neige et le feu pourraient plutôt s'unir et vivre ensemble que la trahison et mon amour.

PORTIA. — Oui; mais je crains que vous ne parliez comme un homme à la torture, dont la violence lui fait dire toutes sortes de choses.

BASSANIO. — Promettez-moi la vie , et je confesse la vérité. ^

PORTIA. — ^Eh bien ! confessez et vivez.

BASSANIO. — Confesser et aimer eût renfermé tout mon aveu. Heureux tourments, lorsque celui qui fait mon supplice me suggère des réponses pour ma délivrance ! Mais laissez-moi essayer ma fortune et les coffres.

PORTIA.— Allez donc. Je suis enfermée dans l'un d'eux ; si vous m'aimez, vous me trouverez. Nérissa, et vous tous, faites place.— Que la musique joue tandis qu'il fera son choix. — Alors, s'il choisit mal, il finira comme le cygne qui s'é^^anouit au milieu des chants. Et afin que la comparaison soit plus parfaite, mes yeux formeront le ruisseau, et un lit de mort liquide pour lui. Il se peut que son choix soit heureux; et alors, à quoi servira la musique? A quoi? Elle sera comme la fanfare qui se fait entendre, tandis que des sujets fidèles rendent hommage à leur monarque nouvellement couronné. — Elle sera, comme ces doux sons qui, aux premiers rayons du matin, s'insinuent dans l'oreille du fiancé encore enseveli dans les songes, et l'appellent à Thyménée. — Le voilà qui s'avance avec autant de dignité, mais avec bien plus d'amour que le jeune Alcide, lorsqu'il venait affranchir Troie gémissante du tribut d'une vierge payé au monstre de la mer. Je suis là, prête à subir le sacrifice ; toutes les autres sont les épouses troyennes, qui, les yeux troublés par les larmes, s'avancent hors des murs pour voir l'issue de l'entreprise. Va, Hercule ; si tu vis, je vis. Je vois le combat avec bien plus de terreur que toi, qui portes les coups.

(Air chanté, tandis que Bassanio examine les coffres, et semble se livrer à ses réflexions.)

Dis-moi, où siège l'illusion.

Est-ce dans le cœur, ou dans la tête?

Comment nait-elle? comment se nourrit-elle? Réponds, réponds.

L'illusion s'engendre dans les yeux.

Elle se nourrit de regards, et Tillusion meurt

Dans le berceau qu'elle habite.

Sonnons, sonnons tous la cloche de mort de l'illusion.

Je vais commencer. Ding doog, vole.

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