‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 38 sur 301 · ACTE III, 8CENE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, 8CENE IL

qu'elle ne puisse apprendre encore, mais heureuse pardessus tout de soumettre son esprit docile à votre direction, comme à son seigneur, son maître et son roi ; moimême et tout ce qui m'appartient est maintenant à vous, est devenu votre bien. Tout à l'heure j'étais la maîtresse de cette belle maison, de mes domestiques, et reine de moi-même. Maintenant cette maison, ces domestiques et moi-même, nous sommes à vous, à vous, mon seignefùr. Je vous les donne avec cette bague. Lorsque vous vous en séparerez ou que vous la perdrez, ou que vous la donnerez, ce sera le présage de la ruine de votre amour. Il ne me restera plus que le droit de me plaindre de vous.

BAssANio. — Madame, vous i^'avez ôtô le pouvoir de vous répondre. Mon saog seul vous parie dans mes veines : et toutes les puissances de mon être s'agitent confusément comme, après un discours noblement prononcé par un prince chéri, se confondent dans le mm*-, mure de la multitude charmée tous ces sons qui, mêlés ensemble, produisent un chaos où rien ne se distingue plus que la joie qui s'exprime sans s'exprimer. Quand cette bague sera séparée de ce doigt, que la vie se sépare de ce cœur ! Vous pourrez dire alors sans craifate de vous tromper : Bassanio est mort.

NÉRissA.— Mon seigneur et madame, c'est à présent notre tour à nous, qui sommes demeurés spectateurs et qui avons vu s'accomplir nos désirs, de crier : Bonheur parfait, bonheur parfait, mon seigneur et madame I

GRATiANO. — Seigneur Bassanio, et vous, belle dame, je vous souhaite tout le bonheur que vous pouvez désirer; car je suis sûr que vous n^en souhaitez aucun aux dépens du mien. Mais lorsque Vos Seigneuries solenniseront le traité qui doit les engager, permettez-moi, je vous prie, de me marier aussi.

BASSANIO. — ^De tout mon cœur. Tu peux chercher une femme.

' GRATIANO. — Je remercie Votre Seigneurie ; vous m'en

' avez donné une. Mes yeux, seigneur, sont aussi prompts

que les vôtres. Vous avez vu la maîtresse, moi j*ai vu la

suivante. Vous avez aimé, j'ai aimé, car je ne suis pas plus disposé que vous, seigneur, à traîner les choses en longueur. Votre sort était dans ces coffres, le mien s'y trouve attaché par l'événement ; car à force de faire ma cour jusqu'à me mettre en nage, de protester de mon amour jusqu'à m'en être desséché le gosier, je suis parvenu à tenir enfin , si une promesse peut se tenir, la parole de cette belle, qu'elle m'accorderait son amour si vous aviez le bonheur de conquérir sa maîtresse.

PORTIA. — Esfr-il vrai, Nérissa?

NÉRissA. — Oui, madame, si c'est votre bon plaisir.

BAssANio. — Et vous, Gratiauo, êtes-vous de bonne foi ?

GRATiANO. — Oui, seigueur, je le jure.

BASSANIO. — Nos noces seront fort embellies par les vôtres.

GRÀTiANO. — Parions avec vous dix mille ducats 4 qui fera le premier garçon.

NÉRISSA. — Quoi ! et vous mettez bas l'enjeu ?

GRATIANO.— Non ; on ne gagne pas à ce jeu-là quand on met bas l'enjeu. — Mais qui vient ici? Lorenzoet son infidèle? Quoi! et le Vénitien Salanio, mon vieil ami ? ' .

(Entrent Lorenzo, Jessica et Salanio.)

BASSANIO. — Lorenzo et Salanio, soyez ici les bienvenus : si toutefois une possession aussi nouvelle que la mienne me donne le droit de vous y recevoir. Avec votre permission, ma chère Portia, je dis à mes amis, à mes compatriotes qu'ils sont les bienvenus.

PORTIA. — Et je le dis aussi, seigneur; ils sont les trèsbienvenus.

LORENZO. — J'en remercie Votre Seigneurie. Pour moi, seigneur, mon dessein n'était pas de venir vous voir ici ; mais j'ai rencontré Salanio en chemin ; il m'a tant prié de l'accompagner, que je n'ai pu dire non.

SALANIO.— Gela est vrai, seigneur, et j'avais mes raisons. (Il donne une lettre à Bassanio.) Le seigneur Antonio se recommande à votre souvenir.

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