ACTE I, SCÈNE L
pas prêté à Alix Short cake, à la fête de Ja Toussaint dernière, quinze jours avant la Saint-Michel?
SHALLOW. — Venez, mon cousin; avancez, mon cousin. Nous vous attendons. J'ai à vous dire ceci, mon cousin. Il y a, comme qui dirait une proposition, une sorte de proposition faite d'une manière éloignée par sir Hugh, que voilà. Me comprenez-vous?
SLENDER. — Oui, oui ; VOUS me trouverez raisonnable : si la chose Test, je ferai ce que demande la raison.
SHALLOW. — Oui, mais songez à me comprendre.
SLENDER. — C'est ce que je fais, monsieur.
EVANS.— Prêtez l'oreille à ses avertissements, monsieur Slender. Je vous expliquerai la chose, si vous êtes capable de cela.
SLENDER.— Non, jo voux agir comme mon cousin Shallowme le dira. Je vous prie, excusez-moi: il est juge de paix du canton, quoique je ne sois qu'un simple particulier.
EVANS. — Mais ce n'est pas là la question : la question est concernant votre mariage.
SHALLOw^. — Oui, c'est là le point, mon cher.
EVANS. — Vous marier *, c'est là le point, et avec mistriss Anne Page.
SLENDER. — Eh bien! s'il en est ainsi, je veux bien l'épouser, sous toutes conditions raisonnables.
EVANS. — Mais pouvez-vous aimer cette femme? Apprenez-nous cela de votre bouche ou de vos lèvres; car divers philosophes soutiennent que les lèvres sont une portion de la bouche : en conséquence, parlez clair et net. Êtes-vous porté de bonne volonté pour cette fille?
SHALLOW.— Cousin Abraham Slender, pourrez-vous Taimer?
SLENDER. — Je Tespère, monsieur; j'agirai comme il convient à un homme qui veut agir par raison.
EVANS. — Ehl non. Par les bienheureuses âmes d'en
* Marry is it. Évans joue ici sur le mot marryf qui signifie marier et vraiment.
haut, vous devez répondre de ce qui est possible. Pouvez-vous tourner vos désirs vers elle.
SHALLOW. — C'est ce qu'il faut nous dire : si elle a une bonne dot, voulez- vous Tépouser?
SLENDER.— Je ferais bien plus encore à votre recommandation, mon cousin, toute raison gardée.
SHALLOW.— Eh ! non. Concevez-moi donc, comprenezmoi, cher cousin; ce que je fais, c'est pour vous faire plaisir: vous sentez-vous capable d'aimer cette jeune
mie?
SLENDER. — Je Pépouserai, monsieur, à votre recommandation. Si l'amour n'est pas grand au commencement, le ciel pourra bien le faire décroître sur ime plus longue connaissance, quand nous serons mariés et que nous aurons plus d'occasions de nous connaître l'un l'autre. J'espère que la familiarité engendrera le mépris. Mais, si vous me dites, épousez-la, je Tépouserai ; c'est à quoi je suis très-dissolu, et très-dissolument.
EVANS. — C'est répondre très-sagement, excepté la faute qui est dans le mot dissolu ; dans notre sens, c'est résolu qu'il veut dire. Son intention est bonne.
SHALLOW.— Oui, je crois que mon neveu avait bonne intention.
SLENDER. — Oui, OU jo veux biou être pendu, là !
(Rentre Anne Page.)
SHALLOW. — Voici la belle mistriss Anne. Je voudrais rajeunir pour l'amour de vous, mistriss Anne.
ANNE. — Le dîner est sur la table; mon père désire l'honneur de votre compagnie.
SHALLOW. — Je suis à lui, belle mistriss Anne.
EVANS.— La volonté de Dieu soit bénie ! Je ne veux pas être absent au bénédicité.
(Sortent Shallow et Evans.)
ANNE.— Vous plaît-il d'entrer, monsieur?
SLENDER. — Non, jo VOUS Tomercie, en vérité, de bon cœur : je suis fort bien.
ANNE. — Le dîner vous attend, monsieur.
SLENDER. — Je ne suis point un affamé : en vérité je vous remercie. (A Simple.) Allez, mon ami; car, après