‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 81 sur 301 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

QuiCKLY. — J'en puis jurer, comme Tétait ma mère quand je suis venue au monde.

FALSTAFF. — J'en crois ton serment. Que me veux-tu?

QUICKLY. — Pourrai-je accorder à Votre Seigneurie un mot ou deux?

FALSTAFF. — Dcux mille, ma belle, et je t'accorderai audience.

QUICKLY. — Il y a, monsieur, une mistriss Ford. —Je vous prie, venez un peu plus de ce côté. — Moi, je demeure avec le docteur Gains.

FALSTAFF. — Bon, poursuis ; mistrfss Ford, dites-vous?

QUICKLY. — Votre Seigneurie dit la vérité. Je prie Votre Seigneurie, un peu plus de ce côté.

FALSTAFF. — Je te réponds que personne n'entend. — Ce sont là mes gens, ce sont là mes gens.

QUICKLY. — Sont-ce vos gens ? Que Dieu les bénisse et en fasse ses serviteurs I

FALSTAFF. — Bou : mistriss Ford I — Quelles nouvelles de sa part?

QUICKLY. — Vraiment, monsieur, c'est une bonne créature ! Jésus I Jésus ! \'otre Seigneurie est un peu folâtre : c'est bien; je prie Dieu qu'il vous pardonne, et à nous tous!

FALSTAFF. — Mistrfss Ford...— Eh bien I Mistriss Ford...

QUICKLY. — Tenez, voici le court et le long de l'affaire^ Vous l'avez mise en train de telle sorte, que c'est- une chose surprenante. Le plus huppé de tous les courtisans qu'il y a quand la cour est à Windsor n'aurait jamais pu la mettre en train comme cela ; et cependant nous avons eu céans des chevaliers et des lords, et des gentilshommes avec leurs carrosses. Oui, je vous le garantis, carrosses après carrosses, lettres sur lettres, présents sur présents, et qui sentaient si bon ! c'était tout musc, et, je vous en réponds, tout frétillants d'or et de soie, et avec des termes si élégants et des vins sucrés des meilleurs et des plus fins : il y avait, je vous assure, de quoi gagner le cœur de quelque femme que ce fût. Eh bien, je vous réponds qu'ils n'obtinrent pas d'elle un seul coup d œil. Moi-même on m'a donné, ce matin, vingt angelots ;

mais je défie tous les angelots, et de toutes les couleurs, comme on dit, de réussir autrement que par les voies honnêtes. — Et je vous assure que le plus fier d'eux tous n'en a pas pu obtenir seulement de goûter au même verre. Pourtant il y avait des comtes ; bien plus, des gardes du roi *. Eh bien, je vous réponds que pour elle c'est tout un.

FALSTAFF. — Mais que me dit-elle, à moi? Abrégez. Au fait, mon cher Mercure femelle.

QuiCKLY. — Vraiment elle a reçu votre lettre, dont elle vous remercie mille fois, et elle vous donne notification que son mari sera absent entre dix et onze.

FALSTAFF. — Dix Ct OUZC?

QUICKLY. — Oui, d'honpeur : alors vous pourrez venir, et voir, dit-elle, le portrait que vous savez. — Monsieur Ford, son mari, sera dehors. Hélas ! cette douce femme passe bien mal son temps avec lui : cet homme est une vraie jalousie. La pauvre créature, elle mène ime triste vie avec lui !

FALSTAFF. — Dix et ouzc ! Femme, dites-lui bien des choses de ma part. Je n'y manquerai pas.

QUICKLY. — Bon, c'est bien dit. Mais j'ai encore une autre commission pour Votre Seigeurie. Madame Page vous fait bien ses compliments de tout son cœur ; et je vous le dirai à l'oreille, c'est une femme modeste et trèsvertueuse; une dame, voyez- vous, qui ne vous manquera pas plus à sa prière du soir et du matin qu'aucune autre de Windsor, sans dire de mal des autres. Elle m'a chargé de dire à Votre SeigDeurie que son mari s'absente rarement du logis ; mais elle espère qu'elle pourra trouver un moment. Jamais je n'ai vu femme raffoler d'un homme à ce point. Sûrement vous avez un charme. Avouez, là, de bonne foi.

FALSTAFF. — Nou, je t'assuro. SauÇ l'attraction de mes avantages personnels, je n'ai point d'autres charmes.

QUICKLY. — Votre cœur en soit béni !

» Pensioners. Les pensionnaires étaient des jeunes gens des premières familles d'Angleterre, qui formaient au roi une espèce d« garde*

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