ACtE TT, SCÈNE ÎI
FALSTAFF. — Mais dis-uioi une chose, je t'en prie. La femme de Ford et la femme de Page se sont-elles fait confidence de leur amour pour moi?
QuiCKLY. — Ce serait vraiment une belle plaisanterie ! Elles n'ont pas si peu de bon sens, j'espère : le beau tour, ma foi ! Mais madame Page souhaiterait que vous lui cédassiez à quelque prix que ce soit votre petit page. Son mari est singulièrement entiché du petit page ; et, pour dire vrai, monsieur Page est un honnête mari : il n'y a pas une femme à Windsor qui mène une vie plus heureuse que madame Page ! Elle fait ce qu'elle veut, dit ce qu'elle veut, reçoit tout, paye tout, se couche quand il lui plait ; tout se fait comme elle veut : mais elle le mérite vraiment ; car, s'il y a une aimable femme à Windsor, c'est bien elle. Il faut que vous lui envoyiez votre page ; je n'y sais point de remède.
FALSTATF. — Eh bien, je le lui enverrai.
QUICKLY. — Faites donc. Vous voyez bien qu'il pourra aller et venir entre vous deux ; et, à tout événement, donnez- vous un mot d ordre, afin de pouvoir connaître les sentiments l'un de l'autre, sans que le jeune garçon ait besoin d'y rien comprendre ; car il n'est pas bon que des enfants aient le mal devant les yeux. Les vieilles gens, comme on dit, ont de la discrétion ; ils connaissent le monde.
FALSTAFF. — Adieu;fais mes compliments à toutes deux. Voici ma bourse, et je reste encore ton débiteur. — Petit, va avec cette femme. — Ces nouvelles me tournent la tête.
(Sortent Quickly et Robin.)
piSTOL. — Cette coquine-là est une messagère de Cupidon: forçons de voiles, donnons-lui la chasse; préparez-vous au combat ; feu ! J'en fais ma prise, ou que l'Océan les engloutisse tous.
(Pistol sort.)
FALSTAFF.— Tu fais douc de ces tours, vieux Falstaff ? Suis ton chemin» — Je tirerai parti de ton vieux corps, plus que je n'ai encore fait. Ainsi elles courent après toi ; et après avoir dépensé tant d'argent, tu vas en gagner.
Je te remercie, bon vieux corps. Laissons dire à l'envie qu'il est construit grossièrement; s'il Test agréablement, qu'importe ?
(Entre Bardolph.)
BARDOLPH. — Sir John, il y a là en bas un monsieur Brook qui désire vous parler et faire connaissance avec vous, et il a envoyé à Votre Seigneurie du vin d'Espagne pour le coup du matin.
FALSTAPF. — Brook est son nom?
BARDOLPH.— Oui, chevalier.
FALSTAFF. — Qu'il moute. De pareils brocs sont bien venus chez moi, lorsqu'il en coule une pareille liqueur. — Ah ! ah ! mistriss Ford et mistriss Page, je vous tiens toutes deux. Allons. Via!
(Bardolph sort.) (Rentrent Bardolph avec Ford déguisé.)
FORD. — Dieu vous garde, monsieur.
FALSTAFF. — Et VOUS aussi, mousieur. Souhaitez-vous me parler?
FORD. — Excusez, si j'ose m'introduire ainsi chez vous sans cérémonie.
FALSTAFF. — Vous étcs le bieuvenu. Que désirez-vous? Laisse-nous, garçon.
(Bardolph sort.)
FORD. — Monsieur, vous voyez un homme qui a dépensé beaucoup d'argent. Je m'appelle Brook.
FALSTAFF. — ChcT monsicur Brook, je désire faire avec vous plus ample connaissance.
FORD. — Mon bon sir John, je recherche la vôtre : non que mon dessein soit de vous être à charge ; car vous saurez que je me crois plus que vous en situation de prêter de Targent : c'est ce qui m'a en quelque sorte encoui^agé à m'introduire d'une manière si peu convenable ; car on dit que, quand l'argent va devant, toutes les portes s'ouvrent.
FALSTAFF. — L'argent est un bon soldat, il pousse en avant.
FORD. — Vraiment oui, j'ai ici un sac d'argent qui me gêne. Si vous voulez m'aider à le porter, sir John, pre-