‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 83 sur 301 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

nez le tout ou la moitié pour me soulager du fardeau.

FALSTAFF. — Je uc sais pas, monsieur, à quel titre je puis mériter d'être votre porteur.

FORD. — Je vous le dirai, monsieur, si vous avez la bon té de m'écouter.

FALSTAFF. — Parlez, cher monsieur Brook; je serai enchanté de vous rendre service.

FORD. — ^J'entends dire que vous êtes un homme lettré, n^onsieur. — Je serai court, et vous m*êtes connu depuis longtemps, quoique malgré mon désir je n'aie jamais trouvé Toccasion de me faire connaître de vous. Ce que je vais vous découvrir m'oblige d'exposer au jour mes propres imperfections : mais, mon bon sir John, en jetant un œil sur mes faiblesses quand vous m entendrez les découvrir, tournez l'autre sur le registre des vôtres; alors j'échapperai peut-être plus facilement au reproche, car personne ne sait mieux que vous combien il est naturel de pécher comme je le fais.

FALSTAFF.— Très-bien. Poursuivez.

FORD. — Il y a dans cette ville une dame dont le mari se nomme Ford.

FALSTAFF. — Bien, monsieur.

FORD. — ^Je l'aime depuis longtemps, et j*ai, je vous le jure, beaucoup dépensé pour elle. Je la suivais avec toute l'assiduité de l'amour, saisissant tous les moyens de la rencontrer, ménageant avec soin la plus petite occasion seulement de l'apercevoir. Non content des présente que j'achetais sans cesse pour elle, j'ai donné beaucoup autour d'elle pour savoir quels seraient les dons qui lui plairaient. Bref, je l'ai poursuivie comme l'amour me poursuivait, c'est-à-dire d'une aile vigilante. Mais quelque récompense que j'aie pu mériter, soit par mes intentions, soit par mes efforts, je n'en ai reçu assurément aucune, à moins que l'expérience ne soit un trésor; celui-là je Tai acquis à grands frais, ce qui m'a instruit à dire que :

L'amour, comme notre ombre, fuit L'amour réel qui le poursuit;

Poursuivant toujours qui le fuit, Et fuyant qui le poursuit.

FALSTAFF. — N' a vez- VOUS jamais tiré d'elle de promesse !

de vous satisfaire? !

FORD.— Jamais. |

FALSTAFF. — L'avez-vous sollicitée à cet effet?

FORD. — Jamais. i

FALSTAFF. — ^De quelle nature était donc votre amour?

FORD.— n ressemblait à une belle maison bâtie sur le terrain d'un autre. Ainsi, pour m'étre trompé de place, |

j'ai perdu mon édifice.

FALSTAFF.— Mais à quel propos me faites- vous cette confidence? '

FORD. — Quand je vous l'aurai appris, vous saurez tout, sir John. On dit que, bien qu'elle paraisse si sévère envers moi, en quelques autres occasions elle pousse si loin la gaieté, qu'on en tire des conséquences fâcheuses pour elle. Voici donc, sir John, le fond de mon projet. Vous êtes un homme de qualité, parlant admirablement bien, admis dans les grandes sociétés, recommandable !

par votre place et par votre personne, généralement cité pour vos exploits guerriers, vos manières de cour et vos profondes connaissances.

FALSTAFF.r— Ah ! mousieur....

FORD. — Vous pouvez m'en croire, et d'ailleurs vous le savez bien. Voilà de l'argent; dépensez, dépensez-le; dépensez plus, dépensez tout ce que je possède ; et prêtez-moi seulement, en échange, autant de votre temps qu'il en faut pour faire jouer les batteries de l'amour contre la vertu de la femme de ce Ford ; employez toutes vos ruses de galanterie ; forcez-la de se rendre à vous. Si quelqu'un peut la vaincre, c'est vous plus que tout autre.

FALSTAFF. — Convieudrait-il à l'ardeur de votre passion que je gagnasse ce que vous voudriez posséder? Il me semble que vous choisissez des remèdes bien étranges.

FORD. — Ohl concevez mon but. Elle s'appuie avec tant d'assurance sur la soUditô de 9a vertu, que la folie de

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