‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 85 sur 301 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Dans le parc de Windsor.

Entrent CAIUS bt RUGBY.

CAros.---Jack Rugby !

RUGBY. —Monsieur ?

CAIUS. — Quelle heure est-il, Jack?

RUGBY.— Il est plus que Theure, monsieur, à laquelle sir Hugh avait promis de venir.

CAïus.— Palsambleu! il a sauvé son âme en ne venant pas. Il a bien prié dans sa Bible puisqu'il ne vient pas. Palsambleu ! Jack Rugby, il est mort s'il vient.

RUGBY. — Il est prudent, monsieur; il savait que Votre Seigneurie le tuerait, s'il venait.

CAIUS. — Palsambleu ! un hareng n'est pas si bien mort qu'il le sera, quand je Taurai tué. Rugby, prenez votre rapière : je Veux vous dire comment je le tuerai.

RUGBY. — Hélas I je ne sais pas tirer des armes, monsieur.

CAIUS. — Faquin ! prenez votre rapière.

RUGBY. — Restez coi : voici du monde.

(Entrent l'hôte, Shallow, Slender et Page.)

l'hôte.— Dieu te soit en aide, gros docteur!

SHALLOW. — Dieu vous garde , monsieur le docteur Caius !

PAGE. — Vous voilà, mon bon monsieur le docteur I

SLENDER. — Je vous donne le bonjour, monsieur.

CAïus. — Pour quelle raison êtes -vous venus ici un, deux, trois, quatre?

l'hôte. — Pour te voir te battre, te voir parer, riposter, te voir ici, te voir là, te voir pousser tes bottes d'estoc, de taille, puis ta seconde, ta flanconnade. Est-il mort, mon Éthiopien? est-il mort, mon Franciscç? Que dit mon Esculape, mon Galien, mon cœur de sureau? Est-il mort, gros flairant? Est-il mort?

CAïus. — Palsambleul c'est un poltron que ce prêtre, s'il en est un dans le monde ; il n'ose pas montrer sonnez.

l'hôte. — Tu es un roi castillan, mon urinai, un Hector de Grèce, mon garçon !

CAïus.— Je vous prie, soyez tous témoins que je Tai attendu seul, cinq ou six, deux, trois heures, et qu'il ne vient pas.

SHALLow. — C'est qu'il se montre le plus sage, messire docteur. Il est le médecin des âmes, et vous le ,médecin des corps : si vous alliez combattre tous deux, vous agiriez contre l'esprit de vos professions. N'est-il pas vrai, monsieur Page?

PAGE.— Monsieur Shallow, vous avez été vous-même un fiimeux bretteur, quoique vous soyez maintenant un homme de paix,

SHALLOW.— Mille-z-yeux, monsieur Page, tout vieux que je suis aujourd'hui, et officier de paix, je ne puis voir une épée nue que les doigts ne me démangent. Nous avons beau devenir juges et docteurs, et ecclésiastiques, monsieur Page, il nous reste toujours quelque arrière-goût de notre jeunesse. Nous sommes Jes enfants des femmes, monsieur Page.

PAGE. — C'est une vérité, monsieur Shallow.

SHALLOW. — Cela se retrouve toujours, monsieur Page. Monsieur le docteur Caius, je viens pour vous ramener chez vous : je suis juge de paix. Vous vous êtes montré un sage médecin; et monsieur Evans s'est montré un sage et paisible ecclésiastique. Il faut que je vous ramène, et que vous m'accompagniez, monsieur le docteur.

l'hôte, s' avançant gravement, — Sous le bon plaisir de la justice.... Un mot d'avis, monsieur de Papier-maché K

CAIUS. — Papier mâché ! Que veut dire ce mot?

l'hôte.— Papier mâché, dans notre langue, veut dire, bravoure, mon gros.

<3Aius. — Palsambleul j'ai plus de papier mâché dans

* Muck watet. On n'est pas bien d'accord sur le sens de cette espressibn-; maie il est cl<iir, par la suite du dialogue, que c'est un terme de mépris. On a cru pouvoir repdre en français par papier mâché.

Page 1