‹ uvres complètes de TabarinChapitre 15 sur 123 · Chapitre II · texte numérisé non relu

Chapitre II

'Eust esté une inconsideration trop grande et une faute qui eust autant encouru de blasme que de détriment, si , en parlant de l'ancien estoc et origine de Tabarin , je ne venois par mesme moyen à traitter et esplucher quelque parcelle de l'ancienneté de son chappeau , qui est la première

Préface. 19

pièce et l'ornement1 de sa boutique, d'autant plus recommandable que contre les coups du temps et de la fortune il s'est tousjours conservé et maintenu en son entier. Je n'ignore pas , à la vérité, que plusieurs n'ayent exercé leurs plumes et leurs esprits en la description de ce chappeau ; mais je sçay bien que la recherche que j'en fais sera d'autant plus authorisée qu'elle est fondée sur des graves et antiques autheurs , et d'autant mieux recueillie qu'elle est d'une haute origine; s'il est vray que les choses qui se rencontrent rarement se voyent avec plus de véhémence et d'impatience.

Ce chappeau est bien une des pièces la plus mystérieuse qui se soit veue de long-temps, pour estre descendu des hommes les plus illustres et renommez de la terre. Les philosophes disent que la matière , qui est le premier principe de la génération des choses naturelles, ne se retrouve jamais sans forme ; et , bien que ce soit une pure puissance qui induise tantost une forme , tantost une autre, et que par ces changemens et altérations elle semble estre despouillée d'accident, si est-ce que jamais elle ne reste seule , ou indépendante d'aucunes formes.

Le contraire se remarque en ce noble chappeau , qui est une vraye matière première , indifferens ad omnes formas: car, bien qu'à la vérité il ne soit tout à fait destitué de la forme essentielle, si est-ce que la multitude des formes qui le vont informant le rend quasi comme sans forme, n'ayant rien plus constant que l'inconstance ; et

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